gruyeresuisse

27/03/2020

Alain Clément ou la passion de la peinture

Clément 3.jpgPar ses peintures et oeuvres sur papier Alain Clément  - présent autant en Suisse qu'en France - crée des espaces giboyeux. Ils reposent sur des formes abstraites et des couleurs primaires. Proche, jadis, de « Support-Surfaces » et après une période formaliste il a mis au point des créations colorées, énergisantes fondées sur la simplicité, la pulsion du geste et sur la saturation plus ou moins importante de la toile ou du papier.

 

Clément.jpgDe grandes lignes ou surfaces colorées zèbrent et structurent l'espace de manière singulière et multiple. Par ailleurs, si le peintre va et vient entre peinture et sculpture la gravure lui permet de progresser dans ses recherches liées à l'espace et le travail des formes et de lignes.  La couleur y devient volume dans sa dimension graphique. Elle trame segmente l'espace, le nie, le force, le creuse au delà des simples préoccupations formalistes  pour accorder à la peinture un pouvoir expressif polysémique.

 

Morgana.pngLe destin de la création plastique est de redevenir ce qu'il est : la peinture n'a de sens par ce qu'elle accomplit  pour peu qu'elle ne s'égare  plus en des facultés auxiliaires de représentation et se penche uniquement sur son "miracle" (Nietzsche) pictural. Alain Clément va vers cette clarté et cette cohérence. L'imagination n'est  jamais émoussée. Au contraire. Exit l'obscur, les lignes emportent la surface en vagues. Elles s'y enfoncent comme un coin aigu mais aussi pour des danses qui ne sont pas sans émouvoir. Se produit quelque chose de joyeux et de bouillonnant là où la passion de peindre est constante dans sa volonté de déplacer ou d'exagérer ce qu'une image peut "faire" et provoquer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

25/03/2020

Noblesse du ratage : Sandra Bechtel

Bechtel.jpgPour évoquer la vie grise il faut la noblesse de l'auteure. Est-elle pour autant déclassée ? Peut être. Mais comme disait Duras "elle a la noblesse de la banalité" (Duras) de celle chez qui peuvent se reconnaître les perdants magnifiques - artistes ou non. A savoir celles et ceux qui ne savent pas prendre les haches de leur pinceaux et autres brosses ou l'outil de leur intelligence par le manche pour faire du petit bois de l'autre.

Bectel 2.pngCertes "la vie d'artiste" est avant tout mise en exergue, avec ses us et coutumes, ses lois, ses "vents", et par exemple la "pratique de dégainer un agenda dans le coup " (pour l'être). Mais les petits faits dépassent le monde de l'art. Ils sont mis en récit avec humour corrosif et jamais gratuit. Le regard devient verbe et les mots pénètrent pour ficher bas le génie claudiquant et les tics verbeux et verbaux de ceux qui, parvenus, demandent aux autres de faire oeuvre de silence. Ils leur font croire que leur eau pure possède le goût de l'invisible mais les perdants sont déjà hors de leur vue.

Bactel 2.pngEcrire revient ici à raconter une histoire ou plutôt  son absence puisqu'elle est ratée. D'où la présence du texte avec beaucoup de blanc sur la page. Il y a là sous l'ironie une émotion. Car l'auteure écrit ses idées (justes) avec des mots pour dire, voire planifier les échecs et les dépressions lorsqu'on perd la connaissance non d'être mais de résister. Ce qui n'empêche pas Sandra Bechtel de regarder avec distance ironique les choses ordinaires, banales et les manies "up to date" comme on disait jadis ou "swag" comme on dit aujourd'hui (mais je n'en suis pas sûr).

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandra Bechtel, "L'art de rater dignement sa vie d’art[r]iste", Editions Lunatiques, Vitré, 2020, 70 p., 6 E..

24/03/2020

Leslie Smith III : pour le plaisir

Smit.jpgLes tableaux découpés de Leslie Smith III créent des émotions particulières par leurs formes et couleurs. Transparait l'héritage autant de Franck Stella et ses assemblages géométriques que d'Ellsworth Kelly ou Kenneth Noland et leurs épures. Mais chez lui l'abstraction reste beaucoup plus sensorielle car chargée de matière en tant que support et surface.

Smit 2.jpgL'artiste manoeuvre dans les deux et sa peinture en n'est que plus altière, joyeuse voire giboyeuses dans toute une série de rencontres . Les pièces pourtant sagement exposées interagissent les unes avec les autres. Si bien qu'une telle abstraction devient fertile et prend valeur de réalité ferme, vivace, colorée.

Smit 3.jpgC’est là un long travail de préparation, revision des principes et activations de nouvelles "carlingues" pour la peinture. S'y envolent les ailes du désir. Le tout dans une irrévérence éloquente à la thématique ludique mais léchée. Ce travail est une fête de l’esprit et des sens dans un mélange de romance et de dérision.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leslie Smith III, "Strangers", Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 14 mars au 11 avril 2020.