gruyeresuisse

04/09/2021

Claudia & Julia Müller : accords et désaccords

Julia.jpgClaudia et Julia Müller extraient et reproduisent partiellement à la main des images issues de leurs archives dans de grandes peintures murales. Ce processus leur permet de mettre en avant des éléments. Ils peuvent au premier abord sembler cachés mais  révèlent des comportements humains.
 
Julia Bon.jpgLes deux soeurs  ne sont pas forcément d'accord sur tout. Mais elles croisent des manières analogiques et digitales de création ainsi que d’effacement d’image entre délayage manuel et gommage Photoshop. Parmi ces peintures murales du non-visible, contrastent des silhouettes et détails dessinés en contours nets. Ces fragments émergent comme des passages marquants ou des personnes inoubliables,
 
Julia 2.jpgLa cour intérieure et l’espace d’exposition sont occupés par de grandes sculptures-lampes. Leurs formes organiques s’apparentent à des silhouettes humaines et des lampions.  Cohabitent de la sorte deux installations, une à l’extérieur et l’autre à l’intérieur, l’une abstraite et l’autre plus figurative. Dans leur dialogue, elles illustrent le processus de création à quatre mains. Il entraîne entre les soeurs accords et désaccords. Dans leurs allers-retours elles ne trouvent pas forcément un compromis unanime, mais cela n'entrave un rien la création de plusieurs voies possibles. Au contraire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Claudia et Julia Müller, "Une brève histoire de baskets sales" Centre Culturel Suisse, Paris, du 17 septembre au 14 novembre 2021.

10/08/2021

Léo Barthe : chien de vie

JBarthe.jpgacques Abeille (aka Léo Barthe)  propose une fiction aussi obscène que littéraire comme il en a le secret. Il prouve que les "choses" les plus osées peuvent se dire avec élégance. L'auteur ne se perd pas dans une pornographie de bas étiage. Mieux il propose une leçon de tolérance et de liberté qui est toujours - écrit l'auteur - une "provocation".
 
Tout devient carne à val. C'est une saison arrachée au gris, noir sur blanc. Dans des bijoux qui sont ceux d'une "famille"  pour le moins imprévue. Les sens prennent un chemin dangereux et en toute errance au nom des caprices qui s'empilent dans la boîte crânienne. Mais pas que.  Car lorsque le couple héros du livre se voit offrir la garde d'un chien par un duo d'amis, le toutou se montre très affectueux et quittera avec peine les jupes de sa maîtresse provisoire. Elle-même éprouve à son égard des sensations qu’elle a oubliées depuis longtemps. Si bien qu' une relation se noue mais doit se distendre lorsque les amis reviennent.  Tout prend fin avec le départ définitif des propriétaires du chien,  mais l'héroïne aura enfin compris ce qui lui permet d'atteindre l’extase et l’épanouissement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Leo Barthe, "L'animal de compagnie", La Musardine, Paris, 2020, 16 E..

05/08/2021

Patricia Erbelding : l'aile dans le vif du poème

Eberling.jpgDans ce beau livre Patricia Erbelding continue de porter une attention soutenue aux concepts de transformation et de métamorphose. En collaboration avec le poète Joël Bastard et dans la poursuite de ce qu'elle avait réalisé dans  “Vues des anges”, exposition inspirée d’un poème de Rainer Maria Rilke et “Lost Paradise” en référence au poème de Milton, elle crée un  jeu de peintures dans les tonalités blanches noires et ciel. La sphère bleue de la mélancolie impose sa présence. Elle est soulignée par les poèmes de Bastard. Existe tout un art de la présence comme de la métaphore. 
 
Eber.jpgSa peinture est ici à livre ouvert en développant le thème du lien qu’établit l’artiste entre la peinture et l’écriture. De tels signes sensibles explorent des échos de la peinture  rupestre dans l’art contemporain avec les "murmurations" de Bastard. Se retrouve là clairement un lien avec les premiers travaux de gravure de l'artiste en un procédé lent et rigoureux caractéristique de l'oeuvre. Et ce dans l'incarnation de l'essence oiseau en une emphase mystique toujours discrète. Elle s'exprime par légers coups d'aile comme s'il s'agissait là de la seule manière de sauvegarder sinon "le" au moins "du" réel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Patricia Erbelding et Joël Bastard, "Lettre d'un oiseau", Collection Mémoires, Eric Coisel, Paris.