gruyeresuisse

05/10/2016

La peinture est le poème qui creuse les images - Etel Adnan

AAAADnan.jpgEtel Adnan est née en 1925 à Beyrouth. Après des études à la Sorbonne et à Harvard, elle a enseigné la philosophie en Californie. Des livres sur la guerre civile libanaise comme "Apocalypse arabe" ou "Sitt Marie Rose" (devenu un classique de la littérature de guerre) l’ont placée comme une des voix les plus importantes du féminisme et de la lutte pour la paix. Son œuvre plastique se construit à partir des éléments basiques composés en une architecture puissante et première. Elle est exposée dans le monde entier. AAAaDnan2.jpgPar son inscription néo « cubiste » elle se situe loin du naturalisme comme du symbolisme. Au sein de l'éclatement des procédures picturales, des circuits de diverses possibilités se croisent. Etel Adnan a horreur des effets : à un express qui déraille elle préférera toujours une suite de pas dans le désert. Toute l’œuvre n’a pour but que de faire jaillir « la chose qui fait le lien avec tout le reste. C’est ce que nous appelons notre personne. Il y a un lien qui se fait involontairement, qui est là, c’est notre sensibilité, c’est notre identité… C’est une même personne dans des lieux différents. Tout art est une fenêtre ouverte sur un monde auquel lui seul a accès » écrit l’artiste.

Aaaadnan3.jpgSon œuvre rappelle aussi la puissance de l’amour : « Amoureux, on devient un oiseau : l’on tend le cou et entend un chant que l’on n’attendait pas. On est sans voix ». Néanmoins la créatrice sait que la plupart des êtres refusent de céder à la puissance d’un tel sentiment. C’est pourquoi son travail se fait un appel afin que les êtres osent ce risque et ne se contentent pas de croupir dans la médiocrité. C’est le seul « salut » terrestre. Il permet de supporter les ruptures dans la réalité. « Celles-ci créent des abîmes métaphysiques où la nature du temps se dévoile à nous » mais ce temps est pour la créatrice moins un état qu’une énergie. Elle doit lier les événements et les êtres dans une aspiration et le respect de la vie et non des idéologies célestes porteuses de nuages donc de pluies diluviennes. Etel Adnan préfère donner présence à la lumière du jour en découpant l’espace par signes, formes et couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etel Adnan, « A Tremendous Astronomer », 12 octobre – 19 novembre, Galerie Lelong, Paris.

30/09/2016

Space Odyssea de Nelly Haliti


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Haliti 2.pngHaliti 3.png

Haliti 4.pngNelly Haliti, « Jours : mois : années », installation vidéo., Centre Culturel Suisse de Paris jusqu’au 30 octobre 2016.

 

Pour son installation vidéo au C.C.S. Nelly Haliti fait chauffer ses machines : les images défilent, passent d’un écran à l’autre. Une histoire arrive, une autre s’efface, le tout en boucle. Surgit une suite de paysages bulgares silencieux, des mosaïques, du béton en miettes, une poétique de la ruine avec en surimpression sur le site de Buzludzha, un monument construit il y a 35 ans et abandonné. L’installation est créée à partir d’images tournées en 16 mm. Le format lui-même ramène à un temps révolu par le grain et sa lumière. Le format désormais compliqué et suranné nécessite un travail spécifique.

Se retrouve l'obsession de la jeune artiste pour la destruction, la transition et le montage sur fond de nappes sonores. Dans l'expression plastique des images émerge la formation picturale de l'artiste. La bulle du bâtiment bulgare rappelle d'autres figurations que l'artiste a déjà expérimentée à Genève. Le film lui-même devient un abri ouvert et fermé. Il sert de coque et d'écran, de sujet et d'objet à la vidéo. Manière de faire basculer le substrat « documentaire » en une poésie spatiale là où le bâtiment devient un vaisseau du même ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/09/2016

En revenant de l'expo : Ben à Maillol

 

Ben.png« Tout est art ? Ben au musée Maillol », du 14septembre 2016 au 15 janvier 2017.

 

 

 

Ben 2.pngBen a trouvé au Musée Maillol un lieu idéal même s’il a été privé du lot d’assiettes qu’il voulait laisser à la disposition des visiteurs afin qu’il puisse pratiquer de mini-performances à leur main. Si bien que l’exposition ne  contient « peut être pas le Ben libre que j’aurais voulu être » dit l’artiste. Mais qu’importe son « ego » trouve de quoi se repaître et l’artiste peut tenir son débat sur l’art et le pouvoir, l’argent et la gloire. Qu’importe si « les gens ne m’écoutent pas, ils veulent le pitre ». Mais celui-ci continue à faire bouger les lignes et les médias lui font écho : d’Europe 1 à France-Culture (que l’artiste n’hésite pas à fustiger sur l’antenne qui l’invite).

Ben 3.pngLe Franco-suisse prouve que tout reste possible à qui le veut et qu’importe si « trop de Ben tue Ben ». Preuve que Fluxus garde la vie dure. Dans l’exposition, Sixtine ressemble à la fée magique de Cendrillon. Elle tient à la main une baguette magique noire et un carrosse noir peut arriver pour emmener Ben où il doit aller. Et ce avant qu’il ne devienne un empereur ou le moine Citrouille qui s’angoisse toujours. Ben est là sous toutes ses formes : érotomane, ethnique, etc.. Et qu’importe si « personne ne mérite la gloire même pas Jésus ». Elle fait plaisir à l’artiste. Pour autant il n’en fait pas une choucroute. Il en profite pour se faire au passage non seulement « théoricien de l’égo, hâbleur, poète raté, chanteur de blues et pute » mais critique d’art. Pas n’importe lequel : « extra lucide » dit-il. Et il ne se trompe pas et montre qu’il a envie de vérité et rappelle qu’il s’agit toujours de trouver du nouveau. Suivons donc son conseil « Passez voir l’expo ».

Jean-Paul Gavard-Perret