gruyeresuisse

05/06/2019

Les anti chambres de Nives Widauer

NWildauer.jpgives Widauer, "Antichambre", Centre Culturel Suisse de Paris, juin 2019.

La Suissesse Nives Widauer pour sa première exposition en France présente des dessins, tableaux et des installations multimédias. Tout est pour elle un moyen de revisiter les standards de représentation depuis les débuts de l'histoire de l'art mais aussi de raviver certains objets ou symboles oubliés.

Widauer 3.jpgExiste un champ de méditations à travers chacune des diverses séries. Avec les aquarelles de "Possibilities" l'artiste se dégage de l'image stéréotypée de la femme poupée. Apparaissent des spectres contorsionnés et des silhouettes revêtues de petits vêtements faits main loin des standards de la mode. La série "Seven Human Things" réinterprète et transgresse les célèbres foulards Hermès soudain reliés aux sept pêchés capitaux.

Widauer 2.jpgAvec les vidéos présentées à Paris la plasticienne multiplie des superpositions d’images. Elles marquent entre autres des croisements entre le temps d’une vie humaine individuelle. Tout est ici drôle, impeccable et lié à l’idée de substitution selon laquelle un cheval de bois ne ressemble pas à un vrai cheval, il n’en est pas l’image, ce qui n’enlève rien à sa puissance hippique. C'est pourquoi ici, et comme pour un enfant, chaque objet présent devient une réalité telle qu’il se substitue à tout objet d'origine. Ce transfert est ici d'une rare facture.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2019

Les introspections aimantées de Robert Seguineau

Seguineau.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Robert Seguineau en a multiplé les prises pour aller du classicisme convenu à une liberté d'interprétation en passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste la plus prégnante. Une de ses plus belles oeuvres reste sans doute sa médaille au sein de laquelle d'un côté se découvre une oreille, de l'autre une bouche afin de rappeler de manière la plus simple la problématique humaine et la communication.

 

Seguineau 2.jpgEt c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle pièce. Plus généralement l'oeuvre devient pour lui un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit du Tao. Chaque réalisation devient un visage non seulement de l'être mais du monde.

 

 

 

Seguineau 3.jpgLa sculpture se fait mémoire, se fait trace de ce que l'impression vécue mais aussi l'expérience humaine laissent en elle. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations "orphelines" proches du silence où la vie demeure présente même si se perçoivent des gouffres sous l'apparence. Contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne un profil particulier au temps dont le disque devient un sorte de modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/04/2019

Urs Lüthi "chouchou" de la collection Antoine de Galbert

ALuthi.jpgprès avoir fermé la "Maison Rouge", Antoine de Galbert revient sur ses terres originaires : à savoir Grenoble. Il y devint galeriste avant de se consacrer uniquement à sa collection privée  d'art. C'est une des plus singulières d'Europe. A cotés des peintures, dessins, installations, art primitif, objets religieux et populaires, De Galbert a collectionné de nombreux photographes. De Man Ray à Dieter Appelt, de Jürgen Klauke, Mikhael Subotzky à Gilbert et George ou Mari Katayama. Mais dans ce large panorama Urs Lüthi possède une place particulière - et à juste titre.

Luthi 3.jpgLe Suisse a transformé l'art du portrait. Renonçant au "beau" marmoréen il traduit une vérité particulière d'incoporation là où le sujet est vampirisé par le regard de l'artiste qui le sort des habituelles poses afin d'en proposer un naturalisme particulier par le noir et blanc et les poses fractales. Les techniques de prise mais aussi de tirage gardent une part spécifique dans l’aventure plastique du photographe de Lucerne.

 

 

Luthi 2.jpgAux effets de lumière s’ajoute une qualité particulière du grain. L'audace est omni-présente dans des prises qui forcent le regard. Elles deviennent « sourdes » au simple fantasme et à l'effet miroir là où le terme de langage reprend tout son sens. Les bras souvent fermés sont surmontés de visages aux aspérités contondantes, faussement désinvoltes et énigmatiques. Les portraits s'éloignent du gracieux et de toute idéalisation factice pour une insurrection particulière de la chair.

Jean-Paul Gavard-Perret

Souvenirs de voyage – La collection Antoine de Galbert, Musée de Grenoble, du 27 avril au 28 juillet 2019.