gruyeresuisse

01/01/2017

Quand souffle la lueur : Véronique Sablery


Sablery bon 2.jpgLes photos de Véronique Sablery avancent toujours sans tapage et avec divers plans de transparence, de diffraction et de dédoublements. Chaque série séduit par son « grain », sa lumière et ce que la photographe arrache au réel. Dans les séparations qu’elle impose apparaît désormais la griffure à la Cy Twombly pour intensifier la bosse de certaines « neiges ».

Sablery 4.jpgAux glissières rubicondes du monde l’artiste oppose ses chemins d’ivoire. La photographe élimine toute surcharge en accordant à l’image une verticalité qui la sort de l’amorphisme. Sablery.jpgIl s’agit d’introduire dans ces sortes de « colonnes » creuses aux pâleurs de nacre la conquête de la poésie sur le monde tel qu’il est.

Tout est sensitif mais comme distancié en des casemates corallines et des entrelacs. D’où le charme d’une porcelaine qui ouvre le regard à diverses saillies ou errances. Reste la fragilité quasi sonore de la proximité des trésors de grottes ou cœurs profonds aux translucidités sereines de saphir blanc ou rose. Sablery bon.jpg

 

Le geste de bienvenue reste néanmoins contredit par la tension de la biffure. Si bien que lorsque le regard semble «prendre pied » il est renvoyé vers le large.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/12/2016

Pascale Miller : avec le temps

 

Miller 2.pngPascale Miller sait capter la femme selon divers points de vue. Jaillit la sourde ou la lumineuse incandescence du corps et de la vie la plus fragile dans l’intensité du temps. La photographe le remonte parfois comme dans sa série « Le Souvenir de Lily » dont l’érotisme subtil est magnifiquement scénarisé. Mais parfois une simple silhouette prenant la route (ou la voie ferrée) dépasse le réel pour atteindre un univers poétique.

 

Miller 3.jpgDe chaque épreuve surgit un mouvement, un équilibre. Le corps devient autant une ombre, une tache blanche ou un fruit qui accordent au passage du temps et jusqu’à l’absence « en marche » une présence universelle et une pulsation de l’intime au sein d’éléments premiers.

Miller 4.pngL’existence ménage ses appuis sur le sol, monte d’un corps incertain voire caché en une écume d’ombre. Du réel Pascale Miller ose brader la ressemblance au profit d’une apparition de l’insaisissable. Par l’infime la présence est accru. Le corps « unique » apparaît dans une succession d’instants où le blanc surprend le noir comme celui-ci s’empare du premier. Il en va de même lorsque les couleurs font irruption. Dans les deux cas l’artiste déplace le centre de notre émotivité visuelle vers quelque chose de plus profond au sein d'un éternel retour, d'un éternel départ.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascale Miller, exposition à Corridor Elephant, Paris, décembre 2016 - janvier 2017.

18/12/2016

Thomas Huber et les femmes fontaines

Huber.jpgThomas Huber, « Extase », Centre Culturel Suisse de Paris, du 21 janvier au 2 avril 2017, livre « Trésor irrévérencieux », et « A l’horizon », Galerie Louis Carré, du 20 janvier au 25 février 2017.

Pour la première fois Thomas Huber propose une exposition entièrement réalisée in situ, composée de dessins, d’aquarelles et de grandes peintures murales. La configuration picturale ne se détourne ici jamais d’éros. Il en devient le fondement multiple et un pour une expansion du monde.

Huber 2.jpgRefusant de se soumettre à cette incoercible "absence de rapports" (Beckett) entre l’art et le corps. Eros se décline sous diverses métaphores qui ne méprisent pas toute tendance réaliste. L’éros est offert selon des traces libérées des contraintes spécifiques de la spatialité picturale admise. Mais la littéralité est remplacée par des dérives hallucinatoires et humoristiques. Les lieux communs sont détournés en divers écoulements où la surcharge baroque garde un rôle à jouer pour l’exaltation de la jouissance où la femme devient fontaine. De jouvence. Le regardeur a parfois l'impression de se situer non devant, mais dedans loin du chemin du retour à la vieille naïveté comme à l’illusion de vivre en pays conquis.

Jean-Paul Gavard-Perret