gruyeresuisse

20/07/2020

D'ombre et de lumière : Marie-Françoise Prost-Manillier

Manillier.pngLes photographies de Marie-Françoise Prost-Manillier créent  confidences et  indicrétions dans un étrange jeu de distance opéré par certains décalages et détails. Ils déplacent ce qui rend habituellement les signes de convergence et d'identification. Les personnages restent anonymes mais existe une percée qui engage vers d'autres dimensions. Des jambes peuvent devenir les piliers d'un temple, le som exhibe moins des plaies que des chevelires au besoin mouillées dans des flaques de lumière.

 

Manillier 2.pngDe tels "démembrements" à l'allure offensive crée un ordre là où la photographe balaye des zones que l'on prend - et bien à tord - pour amorphes. Tout s'entrechoque, s'affronte et se défie entre la lumière et l'ombre.  A travers la profondeur de ses champs photographiques et leurs découpages, la vie est saisie par surprise selon de subtiles modalités. Les cadrages intériorisent en quelque sorte les choses vues. S'y distingue un invisible là où une incandescence particulière voit le jour par le noir et blanc. L'existence est saisie entre fantasmagorie et réel. Ils semblent se superposer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Marie-Françoise Prost-Manillier, "L'ombre de nos pas, l’ombre de nos ombres", Galerie le 116art, Lyon, juin 2020.

10/07/2020

Édouard Taufenbach et Régis Campo vainqueur du PrixSwiss Life 2020

Siss 3.pngReprenant un titre de Bataille , Édouard Taufenbach et Régis Campo s'en éloignent aussitôt. Leur projet autour du vol de l’hirondelle est la narration d’un voyage venu d’un souvenir d’enfance classique: celui du chant de ces oiseaux dans le ciel et leur rassemblement sur les fils électriques avant leur grand départ pour l’Afrique, annonçant la fin de l’été. Ce projet répond parfaitement à l'ambition de la Fondation Swiss Life qui œuvre pour une société guidée par des valeurs d’accomplissement, de confiance, de proximité et de solidarité.

 

siss.pngA partir du sujet de l’hirondelle, Édouard Taufenbach et Régis Campo proposent la représentation sensible du passage du temps, du mouvement, et des échanges et circulations au sein d’un espace intercontinental. Le mouvement des hirondelles dans le ciel devient l'objetd'une rêverie propre à embrayer l'imaginaire. Les oiseaux semblent suivre une partition faite de ruptures, d’accélérations et de silences. Ils dessinent aussi des formes abstraites qui deviennent un mystérieux langage.

siss 2.pngA la jonction des usages artistiques et scientifiques des médiums photographique et musical, les deux créateurs avec autant de formalisme précis qu'une subjectivitéde narration donnent corps au désir de liberté avec le ciel pour perspective. Images et musique dans leur dialogue crée un exercice de voltige où la répétition de rythmes et de motifs. D’une case à l’autre, d’une mesure à l’autre, d’une hirondelle à l’autre, Le Bleu du Ciel évoque un génial mouvement de vitesse et de rupture pour un envoutement visuel et auditif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Édouard Taufenbach et Régis Campo, "Le Bleu du ciel", PrixSwiss Life 2020

30/06/2020

Chorégraphies plastiques et poétiques de Silvère Jarrosson

Jarrosson.jpgC'est comme si derrière la peau ou  la surface il y avait eu une masse dont Silvère Jarrosson ne retenait que le magma. Parler de sa peinture comme abstraite est une erreur de vue. Sinon pour signifier qu'elle semble s'opposer au figuratif mais tout reste  plus compliqué que cela. Son exploration possède d'autres ambitions et se nourrit de toutes sortes de phénomènes biologiques, physiques et oniriques, grâce auxquelles elle trace sa propre trajectoire.

 

Jarrosson 2.pngAprès un séjour à la Villa Médicis, ainsi qu'à la Collection Lambert en Avignon, l'artiste expose 30 nouvelles oeuvres. Ayant dû renoncer à la danse il trouve un autre moyen de s’exprimer par le corps mais à travers d'autres mouvements. Suite à une master de biologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris, Silvère Jarrosson situe délibérément  son oeuvre à la croisée de différentes disciplines artistiques, scientifiques, spirituelles et sensorielles. Jarrosson 3.pngLe travail sériel  permet de développer tout un système de formes convulsives. Certaines imposent des strates  où le cosmique rencontre le tellurique dans des ondoiements qui forment des cortèges de figures en mouvement. Ils tiennent d'une sorte de mentalisation avant que le geste  ne s'emballe là où la spontanéité connaît en prélude un temps de maturation.

 

 

Jarrosson 4.pngL'expérimentation picturale crée la voie de rythmes. Elle semble jouxter le chaos mais tout autant épouser le cosmique protéiforme. Ce qui pourrait sembler à certains confus et inerte reste le contraire : le dynamisme et l'ordre se dégagent de la rationnalité admise. On peut imaginer des mouvements telluriques, des allongements de couches, des suintements de matières en divers accords et désaccords. De la carcasse du réel il ne reste rien sinon une longue montée aux enfers, une descente au centre de la terre ou la plongée dans un univers qui nous dépasse. La danse ne fait que continuer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Silvère Jarrosson, "Genèses et gestes", Exposition, Vanities Gallery, Paris, juillet 2020). Livre, titre éponyme, Préface de Yoyo Maeght, Edition Marcel, 2020.