gruyeresuisse

10/12/2020

Entre Lyon et les pays de Savoie : Philippe Mugnier attentif biographe

Mugnier.jpgDe son grand-père, le Haut-Savoyard Philippe Mugnier ignora longtemps jusqu'au prénom. On le nommait "Le Lyonnais" tant dans la région de Taninges et des Gets il paraissait fringant. Son élégant costume trois pièces, sa montre à gousset en imposaient et signalaient une condition bourgeoise plus que montagnarde.

Munier 2.pngLa chambre de l'aïeul disparu (en 1907) fut pour l'enfant un refuge. Il y cohabitait avec tous ses "fantômes mis sous cadre", si bien que ce grand-père devint un "tuteur déroutant", une présence bien plus qu'une absence. Il fit son héros de celui qui roula sa bosse par villes et montagnes. Il en retrace l'existence au moment où la ferme du fantôme doit disparaître.

Munier 3.jpgSon livre en devient le miroir (illustré) et ramène aux origines de l'écriture du petit-fils et à ses émotions d'enfant puis d'adulte conséquent. Au sein d'une histoire économique, politique et sociale, entre réussites et errances, l'auteur recrée une de ces "vies minuscules" (Pierre Michon) qui font l'histoire. Et celle du "Lyonnais" devient ici une existence (presque) imaginaire et une méditation sur le temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Mugnier, "L'homme au balcon", 272 p., 39,90 E., 2020. Commande : voir Facebook de l'auteur.

29/11/2020

Les lumières du désir de Marie Odile Lambert-Gertenbach

Gerten.jpg"Pas à pas nulle part" : cette formule de Beckett pourrait sembler coller aux peintures de Marie Odile Lambert-Gertenbach. En effet le monde paraît se dissoudre par la puissance d'une telle coloriste. Néanmoins ce mot n'est pas le "bon". Car de fait les couleurs structurent l'émotion au moment où "l'abstraction" propose une nouvelle donne.

Gerten 2.jpgPas de préliminaires à de telles entrées en matière et en lumière. Sinon les préludes apportés par tout le back-ground de la créatrice. Mais pour chaque toile rien n'est donné à priori : l'artiste avance dans la peinture pour savoir ce qu'elle donne. Tout est attente là où la disparition fait la place à une question majeure : la lumière a-t-elle une forme ? Marie Odile Lambert-Gertenbach cherche à y répondre à travers ces expérimentations. Surgissent les moirures de mémoire. Elles plongent dans l'inconscient au moment où jusqu'à l'art de la célébration de l'éros passe par les couleurs et où l'abstraction se dégage d'une simple "cosa mentale".

Gerten 3.jpgAux dessins de troncs phalliques  répond dans la peinture d'une telle plasticienne un plaisir céleste, féminin. De telles audaces pénètrent jusque dans les soubassements de l’image en une praxis qui s’accompagne d’une réflexion philosophique sur la finalité dont un tel art se fait le creuset. Existe en conséquence dans de tels projets une tension entre une pensée de la structure et de l’image, de son espace et la pensée métaphysique. Entre aussi une sensualité pure, phénoménologique, et un devenir de nature entéléchique. Méditation et création agissent de concert, avec une concertation aussi réfléchie qu'instinctive. Ce travail reste un voyage, un trajet. Il ne se parcourt qu’en vertu des chemins et trajectoires intérieurs qui le composent et en constituent le "paysage"

Jean-Paul Gavard-Perret

26/11/2020

Rémi Mogenet entre l'épique et le lyrisme intime

Mogenet.jpgRémi Mogenet est clair quant à son ambition poétique : "porter par les rythmes traditionnels les images puisées au fond de soi, afin qu'elles s'objectivent et deviennent mythologie." Il le prouve dans son imposant volume et son mixage d'épisodes épiques et d'autres au lyrisme plus intime. Mais se retrouvent aussi des contes à la manière médiévale, des sonnets, des poèmes inspirés par l'Oulipo, d'autres par le Surréalisme, des ballades à la mode de Villon et Charles d'Orléans, des poèmes en vers libres plus évanescents et plus modernes et enfin des chants de la nature.

Mogenet 2.pngL'auteur précise que beaucoup de ces textes et leurs franchissement de montagnes ont été écrits lors des réunions de l'association genevoise des Poètes de la Cité, qu'il a longtemps présidée. Ces rencontres fixent des thèmes ou des formes : l'auteur y a répondu à sa manière tout en respectant les règles imposées. S'y retrouve l'influence de ses poètes préférés qui fondèrent son style et -ajoute-t-il "peut-être mes idées" : Lovecraft ou Clark Ashton Smith.

Reste que l'ensemble demeure moins disparate qu'on pourrait le penser : la sensibilité profonde de Mogenet est omni-présente dans une poésie constellée de symboles et d'images qui ne peuvent se ramener à des concepts abstraits ni simplement et à l'inverse à des jalons de la vie terrestre. La manifestation de l'imaginaire d'une vie spirituelle reste ici en amont du monde physique, et leur éclat en vient là où,  pour finir, "le mot sacré demeure interdit".

Jean-Paul Gavard-Perrer

Rémi Mogenet, "Chants et Conjurations", préface de Jean-Noël Cuénod, Editions L'Oeil du Sphinx, 2020, 167 p., 10 E..