gruyeresuisse

26/09/2019

Les courants alternatifs de Kiki Smith

Smith bon.jpgPour son importante exposition à la Monnaie de Paris, Kiki Smith présente une série de travaux monumentaux ou plus petits à travers diverses matières. Ils lui permettent de dialoguer avec l'espace, le réel et les légendes de façon intempestive et ludique. Rien n'a plus lieu que ce lieu d'absurdité apparente où l'artiste multiplie ses propositions et où la femme tient souvent le premier rôle comme les animaux et en particulier les oiseaux.

Smith.pngDans sa mise en exergue de la féminité l'artiste propose parfois des bribes de paradis terrestre mais parfois des territoires bien plus hostiles. Le médusant répond au fascinant là où l’imaginaire renvoie à bien des égards la réalité à une fin de non-recevoir dans une quête de paradis terrestre sans pour autant que certains basculements dans «l’irréel» contredisent la pression sous lequel le monde ploie.

Smith 2.jpgEn dépit de sa pléthore de travaux Kiki Smith demeure plutôt ostracisée et marginalisée par une noria de censeurs. L'artiste - fille du scuplteur minimaliste américain Tony Smith et de la cantatrice allemande Jane Lawrence - transgresse tout édit de chasteté et ne cesse d’accorder à l’art - lorsque cela est nécessaire - les derniers outrages. Mais elle est aussi capable de retourner la lourdeur du monde. D’où une vision qui en isolant parfois le fond contextuel pour l'entrainer vers un ailleurs crée des courants alternatifs. Là où les oiseaux demeurent mais où l'homme peut rester un loup pour lui et surtout pour la femme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kiki Smith, Exposition, Monnaie de Paris, du 18 octobre 2019 au 9 février 2020.

19/09/2019

Le clafoutis anthropomorphique de Tatiana Samoïlova

Samoilova 2.pngAvec Tatiana Samoïlova le corps parfait des nymphes ne se touchera pas forcément : mais il se voit. Nul ne peut dire s’il existe ou pas. Mais il est issu de tous les archétypes du pays natal de l'artiste (la Russie). La créatrice par ses peintures, dessins et collages en réinventent le profil et ce qui pare, tatoue ou entoure de telles créatures. Elles insufflent un  courant d’air moins dans leur boîte crânienne ou leurs gorges profondes que sur le regard du voyeur.

Samoilova.jpgTatiana Samoïlova joue avec les signes qui dopent l’esprit par ses poupées plus pour les adultes que pour leurs enfants. Elle ne s'en prive pas. Des images jadis votives sont transformées en gouffre où les hommes peuvent aller puiser divers types de fantaisies érotiques ou non. Mais ce qui les envoûtait l'artiste s’en amuse et le brise partiellement.

Samoilova 3.pngSa création ouvre un espace qui n'a rien d'innocent. Des êtres dorment dans les corps offerts. Ils germent dans la vodka de l’esprit avant de devenir théâtre d’un grand guignol mystique. L'artiste n’explique pas, elle touille la pâte du corps de ses "poupées" avec un bric-à-brac pour créer un clafoutis anthropomorphique. Elle a ainsi toujours un coup, un cran d’avance. Que demander de plus ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Tatiana Samoïolova, "Le théâtre de la vie", Dessins et peintures, Galerie Alter-Alt, Grenoble, 26 septembre au 20 octobre 2019.

09/09/2019

Martin Fuster : foule sentimentale (ou presque)

fuster 2.jpgDes traits de Martin Fuster tout peut être attendu. Le sourire en premier. Mais dans les fantaisies d'un tel artiste rien n'est jamais gratuit et il n'est pas jusqu'aux diagonales du fou trahi sur un échiquier fracturé de tomber dans l'abîme. Et si le dessin montre l'être c'est en passant par les gouffres sans néanmoins que la moindre souffrance soit émise.

En de telles oeuvres les narrations intempestives, en absence de titres, laissent au regardeur le choix de les interpréter. Tout est ici de l'ordre et de la cassure mais demeure dressé dans une impeccabilité graphique. Fuster.jpgLes petits traits précis comblent autant les vides que le regard. Ce dernier s'abandonne aux ravissements de l'investigation que chaque dessin mérite.

Il y a du Mozart dans les petites pièces que Martin Fuster crée : son langage tranperce, ramasse, pénètre, glisse là où des êtres ronflent sans dormir ou dorment sans fermer les yeux. La foule parfois s'amasse. Mais personne ne parle à son voisin. De quoi rassurer Souchon ou donner les boules à Nougaro s'il était encore des nôtres. En tout état de cause plutôt que d'initier des marches au supplice, l'artiste hache le plaisir parfois en mâchant son crayon ou sa plume.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'oeuvre du jeune artiste reste encore méconnue, certains de ses dessins sont publiés dans la revue Folazil (Grenoble).