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03/05/2020

Une galeriste par elle-même : Elisabeth Picot-Le Roy

Picot 3.pngPuiser sa certitude semble le fait du hasard. Mais reprenant son existence Elisabeth Picot-Leroy comprend que celui-ci a bon dos même si rien ne laissait prévoir sa trajectoire de galeriste. Il y eut une enfance heureuse à la campagne, une solide formation d’économiste. Mais peu à peu tout en exerçant  le métier de conseil en management d’entreprise, cette femme d'envergure, d'écoute  et de passion ouvre sa galerie pendant les vacances alors qu'à l'origine rien ne la dirigeait vers ce nouvreau métier. 

Picot 2.jpgDepuis plus de 15 ans elle présente  à Morgat en presqu’île de Crozon des artistes figuratifs qui répondent à sa grande sensibilité. Ils sont tous d'envergure mais en devenir : d'où la nécessité de les défendre. Parallèlement et pour aider de futurs galeristes ou agent d’artistes, Elisabeth Picot-Le Roy a conçu un stage "Créer une galerie - Promouvoir des artistes", dispense aussi du conseil sur mesure et  intervient comme formatrice à Ateliers d’Art de France.

Picot.jpgSon livre précis, allègre et attachant présente un parcours atypique bien loin des considérations purement spéculatives du marché de l’art. Le récit - riche en témoignages et anecdotes - est empreint d'une sensibilité où se dessinent des racines profondes et une avancée pas toujours facile mais passionnante. L'auteur permet de la suivre en son réseau de mémoire dont la signification cachée se dévoile peu à peu. Le poids du temps s’en trouve paradoxalement allégé et une forme d'amour règle la trajectoire d'une femme qui a trouvé son horizon devant comme dans sa galerie. Elle lui permet de voir des lignes. Il  y en a partout des lignes : l'océan en est une et les tableaux qu'elle défend plusieurs. Elle les suit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Elisabeth Picot-Le Roy, "… et je suis devenue galeriste" (Histoire de la galerie Nuage bleu à Morgat", Editions Le livre d'art, Paris et Montreux, 148 p., 19 E., 2020.

30/04/2020

Elle écrite - mais pas que : Perrine Le Querrec

Le Querrec.jpgTrouvant les mots justes et sans le moins du monde barguigner Perrine Le Querrec ramène à la surface et la profondeur d'un espace de plaisir et de désir. C'est le corps qui écrit et tout tremble. Michaux (sans compter bien sûr les érotiques) ont posé la question de cette stupeur et de ce tremblement, mais la poétesse ouvre le passage au poids de la chair et aux gestes "pour le faire" : "Ainsi l’abandon ce don / La nature inarticulée, ta vérité dressée contre ma vérité / la tanière de tes pieds / terre aux extrémités" écrit-elle.

Le Querrec 3.jpgCe que certains nommeraient (à tord) l'amour vénal est attaché au lieu lui-même : une forêt qui n'est plus seulement des songes. Y entrer c'est courir le risque d'être déshabillé par le fouet des branches afin - et en "exhibitionnistes" - de se livrer à la viorne des désirs au sein de  la double face de la défaillance. Soudain, Elle et Il sont à sa poursuite au centre du trouble et en une clairière adéquate. Avec d'un côté : l'irréductible destruction du centre, de l'autre : le trop de corps qui n'est jamais assez. Férocement en lui. Férocement en elle. Entre poussée et ivresse.

 

Le Querrec 2.jpgLe corps est donc totalement engagé dans l'acte d'écrire. Ce qui permet de répondre à la question de Barthes : l'on pense toujours parole mais d'où vient-elle ? Ici elle est prise aux lacets de l'appel du "je" en elle par le "tu" de l'amant - et réciproquement. Dans ce "journal intime" écrit dit l'auteure "en plein air" pour  graver" les troncs de l’univers" afin que "Les milliers lisent notre histoire", peu à peu le coït passe du tellurique au céleste. D'où la question : "L’amour est-il éternité ?" Perrine Le Querrec offre la plus belle des réponses : "Grimpe-moi / Ton corps d’étoiles / épaules bleues de ciel derrière ton dos (...) La forêt passe entre mes jambes l’épi de ton sexe / tes yeux scarabées / roulent sur moi les crêtes de ta hanche". Que demander de plus ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Perrine Le Querrec, La bête, son corps de forêt, Editions Les Inaperçus, Nantes, 48 p., 2020

25/04/2020

Remède à la mélancolie : Jean-Marc Scanreigh

Scanreigh 4.pngJean-Marc Scanreigh sait retenir des morceaux de corps et les dégager de leurs enveloppes de pauvres errants statiques plantés dans le paysage. Il offre au regardeur le pouvoir de remonter le temps vers des mythes inconnus en creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Scanreigh 2.pngL'espace - fécond et déchiqueté - est fendu de "crucifiés" ou d'animaux de nouvelles espèces. Ils n’ont peut-être rien à dire mais encore beaucoup à montrer. Il s’agit une fois de plus de penser l’être non en "omission" mais en  actions (parfois subies)  dans les palettes colorées et complexes et des lignes où tout s'agite selon de nouvelles façons de s’envoyer en l’air.

Scanareigh.jpgEst-ce le signal pour renoncer à la terre pour retrouver le ciel ? Pas forcément car l'oeuvre peut se lire de bien d'autres façons. De telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs «fruits» ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent.

Scanreigh 3.pngLes personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage dans les caprices du temps là où les hautes eaux semblent baliser l’espace. Pour leur échapper  il semblerait propice de sortir les épuisettes et aller pêcher la crevette. Mais Scanreigh préfère le tir de foire. Rocambolesques ses images font leurs tours de piste en des cirques improbables..

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Marc Scanreigh, "Frontière Noire" (avec Sylvain Cavaillès), Editions Mémoire Active, 2020, 15 E., "L'avaleur avalé" (avec Armand Dupuy), Editions Le Réalgar, 2020, 14 E. "Petites pièces en sous-sol", Librairie Pierre Barvo Gala, Paris, exposition du 14 au 24 mai 2020;