gruyeresuisse

17/12/2019

Alice Winocour : embarquement presque immédiat

Winocour.pngCe film d'espace - qui se déroule sur terre dans des centres d'entrainement aux voyages spaciaux de Cologne et de Baïkonour -, en dépit de son caractère possiblement de quasi science-fiction  reste avant tout et paradoxalement un film féministe. Pour preuve la femme culpabilise de quitter son enfant. Les hommes pas.

 

Winocour 2.pngEt Eva Green réussit parfaitement l'incarnation de l'héroïne. Le film reste aussi précis que lyrique. Sous couvert de reportage sur cette femme en mission, la fiction illustre - et bien plus - ce qu'est que le métier de vivre lorsqu'il s'agit de s'arracher - à la terre, comme à la mère.

Winocour 3.jpgImpressionniste par son regard, la réalisatrice Alice Winocour sait créer une émotion latente et subtile. Si bien que ce film surprend autant par son côté document que  sur la méditation qu'il donne au sujet du sens des actes entrepris par celles et ceux qui s'y engagent. Et c'est une réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Proxima d'Alice Winocour

04/12/2019

Sarah Haug : Fly Rabbits, Fly

Haug.jpgSarah Haug sait transformer sa rage en fantaisies. Héritière de Sally Mann, proche de l'esprit de travail d'une autre Sallly (Cruikshank) à sa manière elle aime tester les possibilités des images : dessiner ce qu'elle nommait "des trucs débiles" lui a permis de dilater des idées et d'inventer un univers.

 

Haug 3.jpgIl permet de triompher du réel par une mise en abîme en des histoires imaginaires dont les lapins deviennent les princes prétentieux, malfaisants ou simplement amoureux dans un esprit cartoon, punk, pop-art coloré. Elle préfère rire du monde par ses transferts plutôt que de se lamenter de ce qu'il devient.

 

Haug 2.jpgExiste dans ses fables une suite de voyages mentaux où l'esprit part en une vacance mais où il peut tout autant se regarder. De telles images. montrent - en douce et en drôlerie - qui nous sommes et ce qui nous entoure dans une purge ludique. Elle devient une cure de brouilles, de compromis ou de partages là où allumer une cigarette n'est jamais interdit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

https://flyrabbits.com/

 

 

25/11/2019

Jacques Saugy et Gérard Genoud : l'atelier des bricoleurs

Im.jpgJacques Saugy, Gérard Genoud, "Dis-voir", Till Schaap Edition, 116 p., 2019.

Les deux créateurs affectionnent les livres et les entreprises dialectiques. Mais plutot que d'asséner une théorie de l'image il propose l'histoire de la recontre de deux arts - la photographie de Jacques Saugy et la peinture de Gérard Genoud. Le volume retrace ce jeu ou plutôt cet échange avec temps forts mais aussi de repli. Les mots "croisés" des deux créateurs servent à partager un travail de rassemblement des forces disponibles afin que se déploie un champ inédit. Les peintures et les photographies d'abord isolées laissent la place aux hybrides qui avancent dans le rêve "d'une formule inédite". Les formules de "refonte des photographies" prennent divers type de superpositions eu égard aux enjeux de ce qui s'y passe et ce qui arrive.

 

Im 2.jpgLe projet était ciblé dès le départ même si son fléchage risquait d'être perdu dans l'abondance du matériel. Et peu à peu l'histoire naît (entre autres) par transferts de fichiers de l'ordinateur d'un créateur vers celui de l'autre et vice versa. Tout se construit dans le respect mutuel des travaux des deux officiants. Leur marche n'est jamais forcée : elle tient compte des accidents de parcours et cela permet des repentirs dont chacun des deux profitent. Le tout, et parce que la vie continue, à travers les expériences de l'existence. Elles nourrissent ce travail et leur montage/montrage là où le thème de l'enfance crée une thématique récurrente et sur plusieurs plans.

 

Genoud Bon.png

Les deux auteurs offrent un livre de gestation double d'un hymen plastique et textuel. Et ce non seulement parce qu'il est créé à quatre mains mais parce que l'oeuvre se double de sa genèse, de son mouvement et de son exégèse. Les textes sont importants car ils montrent les tenants et aboutissements du projet. Mais leurs commentaires restent parfois un "comment taire" eu égard à la limite de tout discours. Et la force des images font ce que les premiers ne peuvent dire. Elles repoussent l'horizon textuel pour laisser place à une poésie visuelle de l'altérité et du partage. Elle ouvre un espace à l'imaginaire du lecteur/regardeur témoin privilégié d'une telle aventure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret