gruyeresuisse

22/12/2019

Mélanie Leblanc : effet du prince (charmant)

Leblanc.jpgMélanie Leblanc écrit le poème des attentes : « Je sais que tu es tout près – presque je vole – j'ai peine à respirer – ne restent que quelques pas – là derrière cette porte – je vais te trouver – j'essaie de reprendre mon souffle – en vain – voilà que j'ose – je gratte à peine – j'entends ton pas qui approche – suspends mon souffle. » Preuve que chercher à être reste plus important qu'être.

 

 

 

Leblanc 2.jpgL'énergie est attente et latence. Plus même. C'est la recherche de quelque chose de pur et de premier qui effacerait certaines pages du passé. C'est. Ce qui dépouille pour oser la nudité devant un regard d'homme. Bref Mélanie Leblanc descend dans le silence des femmes. Leur blancheur touche les mots presque impossibles, ceux d'avant.

Leblanc 3.jpgC'est son calendrier d'immédiateté. C'est. L'approche du nous qui dépasse. Il crée un savoir des images "avenir" dans la langue. C'est la préséance de l'Aleph, du A de l'amour et de son paradis. Peut-être avant l'enfer car nul ne sait de quoi est fait le charnel obsédant. C'est le récit impossible de ce qui peut arriver. La femme est attente. De ce qui n'existe pas encore. Ou trop.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mélanie Leblanc, "Presque je vole", Editions de la Salle de Bains, Rouen, 2019, 5 E..

17/12/2019

Alice Winocour : embarquement presque immédiat

Winocour.pngCe film d'espace - qui se déroule sur terre dans des centres d'entrainement aux voyages spaciaux de Cologne et de Baïkonour -, en dépit de son caractère possiblement de quasi science-fiction  reste avant tout et paradoxalement un film féministe. Pour preuve la femme culpabilise de quitter son enfant. Les hommes pas.

 

Winocour 2.pngEt Eva Green réussit parfaitement l'incarnation de l'héroïne. Le film reste aussi précis que lyrique. Sous couvert de reportage sur cette femme en mission, la fiction illustre - et bien plus - ce qu'est que le métier de vivre lorsqu'il s'agit de s'arracher - à la terre, comme à la mère.

Winocour 3.jpgImpressionniste par son regard, la réalisatrice Alice Winocour sait créer une émotion latente et subtile. Si bien que ce film surprend autant par son côté document que  sur la méditation qu'il donne au sujet du sens des actes entrepris par celles et ceux qui s'y engagent. Et c'est une réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Proxima d'Alice Winocour

04/12/2019

Sarah Haug : Fly Rabbits, Fly

Haug.jpgSarah Haug sait transformer sa rage en fantaisies. Héritière de Sally Mann, proche de l'esprit de travail d'une autre Sallly (Cruikshank) à sa manière elle aime tester les possibilités des images : dessiner ce qu'elle nommait "des trucs débiles" lui a permis de dilater des idées et d'inventer un univers.

 

Haug 3.jpgIl permet de triompher du réel par une mise en abîme en des histoires imaginaires dont les lapins deviennent les princes prétentieux, malfaisants ou simplement amoureux dans un esprit cartoon, punk, pop-art coloré. Elle préfère rire du monde par ses transferts plutôt que de se lamenter de ce qu'il devient.

 

Haug 2.jpgExiste dans ses fables une suite de voyages mentaux où l'esprit part en une vacance mais où il peut tout autant se regarder. De telles images. montrent - en douce et en drôlerie - qui nous sommes et ce qui nous entoure dans une purge ludique. Elle devient une cure de brouilles, de compromis ou de partages là où allumer une cigarette n'est jamais interdit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

https://flyrabbits.com/