gruyeresuisse

18/02/2019

Memymom : presque tout sur ma mère

Mennimon.jpgMemymom est le nom utilisé par le couple mère et fille Marilène Coolens (1953) et Lisa De Boeck (1985) depuis 2004. Tout a commencé dans les années 90 lorsque la mère prenait des photos de sa fille et lui faisait jouer des contes de fées pour stimuler son imagination. Comme si ce n'était - du moins à cette époque - que seul l'enfance fait des êtres de parfaits acteurs parce que nul n'est encore quelqu'un de précis.

Mennimon 2.jpgLe résultat (concluant) fut de nombreuses archives de photos analogiques rassemblées plus tard sous le titre ‘'The Umbilical Vein’". A mesure que la fillette grandissait les rôles changèrent. Lisa devient à la fois photographe et réalisatrice et Marilène modèle et actrice. Si bien qu'un rapport d'équivalence et d'échange a progressivement pris forme là où de l'innocence les oeuvres glissent à la sensualité.

Mennimon 3.jpgAu jeu spontané a fait place d'autres explorations : le "me and my mom" sans devenir un "tout sur ma mère" et au sein d'un projet conceptuel, passe maintenant à l'ère du digital. Le monde y navigue entre le rêve et le fantasme : les émotions de la mère et de la fille restent présentes même si le jeu et le dialogue évolue. Demeure la préexistence d'un double regard - la vie est saisie par un double point de vue. Les deux femmes le savent bien : leur morale est la recherche, la quête, l'exercice d'une sélection d'un certain mode de regard qui n'appartienne qu'à leur univers

 

J-P Gavard-Perret

 

Memymon, "Solo Show", Maison de la Photographie, Lille du 5 Mars ou 4 avril 2019.Livre :  Memymom, "Ludion", 2019.

26/01/2019

Garance Hayat et les tyrans

Hayat bon.jpgCertains textes conduisent hors de tout confort. Ils ne résistent pas au bruit du monde mais le font hurler. C'est le cas de celui de Garance Hayat. La voix est des plus nette dans ce "témoignage fictif" où tout balance entre le réel et l'imaginaire les plus oppressants. Awa y répond à l'injonction de l'auteure : "Comme chaque année de janvier à avril, je ne dors plus. Je fais des cauchemars (...) La dernière fois que j’ai foulé la terre de mon pays, j’étais debout devant une fosse gigantesque."

Hayat.jpgUn voyage au pays de l'enfer au sein d'un "océan de corps agonisants" focalise l'attention. Celles et ceux qui lisent acquièrent immédiatement un sens de communauté avec Awa. Et l'auteure devient mémorialiste de l'existence de son propre miroir. Sans s'échapper du cercle de l'intime elle produit une vision choc là où exista jadis une terre mère nourricière, un berceau de la civilisation.

Hayat 3.jpgLe ruban lumineux des mots simples mais parfois insoutenable  appelle à une restructuration. Ceux-là ne se veulent pas consolation de la pensée : ils ouvrent une boîte de Pandore. En proposant la réflexion en lieu et place d’une réponse toute prête l'auteure affronte une histoire et sa vision. Les mots échappent par la crevasse des nouveaux génocides sous le soleil de tristes tropiques face à l'indifférence du monde qui ne veut ni écouter ni regarder.

Jean-Paul Gavard-Perret

Garence Hayat, "Jamais loin des barbares", Derrière la Salle de Bains, Maison Dagoit, Rouen, 2019, 6 E..

 

21/01/2019

Le vide et le plein : Dominique Wildermann

wildermann bon.jpgLa série "Nobody knows" et "Anna" crée une ouverture ou un abyme sur une psyché (fantasmée ?) à travers une narration où la femme est multiple et une, présente et disparue. Le tout dans la mise en scène d’une hantise : celle que crée l'ancienne locataire de l'appartement où vit désormais la photographe. Dominique Wildermann entreprend la portrait de cette inconnue.

Wildermann 4.jpgElle interprète le personnage d’Anna jeune en mêlant sa présence avec celle d’un modèle de trente ans son aînée. La différence d’âge crée un étrange chant entre rêve et dérive, attente et présence. Le tout dans une beauté où le corps dit âgé révèle un charme particulier. Dominique Wildermann pose sur lui un regard amoureux. La femme et son modèle partagent une proximité : fument, prennent un bain ou se maquillent ensemble. Chaque scène est superbe.

Wildermann 2.jpgLes ombres ne paraphent pas les choses. Un résurrection par effet de double a lieu. L'artiste est elle-même avec cet autre dont elle sent la présence. Son esprit oscille dans les images qui mêlent les temps. Le corps se retourne sur un autre corps. Une mémoire visuelle récolte ce qui ne s'est pas forcément passé comme Dominique Wildermann le raconte. Mais elle est portée vers ce corps plus âgé et érotisé dont elle recueille des fruits d'amour. Celle qui n'est plus là d'une certaine manière n'a pas bougé en ce qui vient et ne peut se nommer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Wildermann , "Anna" et "Nobody knows", ENSSIB, Villeurbanne et Galerie Domus, Université Claude Bernard Villeurbanne, du 22 janvier au 25 février 2019.

11:51 Publié dans Femmes, Fiction | Lien permanent | Commentaires (0)