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01/04/2019

Erika Materson : innocence

materson 3.jpgErika Materson a trouvé dans les animaux "réanimés" par la taxidermie un des moyens de transformer le monde des images à travers et principalement sa fille en tant que modèle.  Par leur état de survivance - qui n'appartient ni tout à fait à la vie, ni tout à fait à la mort mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui mettent notre mémoire en mouvement - la photographe invente des contes fabuleux à l'opposé de ceux de David Hamilton.

Materson 2.jpgL'enfance dort ou vit ici avec des animaux en des atmosphères nocturnes mais ouverts. La main enfantine cherche le pelage des bêtes comme si le soyeux la protégeait du temps qui passe et des prédateurs humains. La présence d'une mère est là aussi pour la préserver.

 

 

Materson.jpgExiste une hantise paradoxale, une diaphanéïté, une douceur. L'animal devient une nouvelle version de la bonne suie de Mary Poppins. L'innocence demeure. Elle reste l'envers de ce que le passage du temps indique. Il s'agit de suggérer une caresse "blanche" et éprouver un contact de la même couleur. Le coeur pur de l'enfance résiste à l'âme troublée de la féminité en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Erika Materson, "Tangled up in beauty", Soho Gallery, 3 abril au 4 mai 2019.

 

11:41 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

31/03/2019

L'érotisme "abstrait" d'Isabelle Walberg

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Née à Oberstammheim la sculptrice Isabelle Waldberg (1911-1990) appartient à la mouvance de l’abstraction. Première femme directrice d’atelier de sculpture à l’E.N.S.B.A. de Paris, son travail possède une envergure internationae. Sa première exposition fut organisée par Peggy Guggenheim à New York en 1944.

 

 

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Intellectuelle elle fit partie du "Collège de sociologie" de Georges Bataille et au cercle des surréalistes exilés à New York pendant la Seconde Guerre mondiale. Son abstraction permet néanmoins de découvrir des êtres hybrides mi-humains, mi-végétaux et, plus tard, des autoportraits qui célèbrent la féminité par la représentation de l’intimité, selon une verticalité particulière. Elle donne à la corporéité et à l'érotisme féminin un visage original.

 

Walberg 2.jpgSes œuvres véhiculent diverses métaphores entre onirisme et réalité.Chaque sculpture est un contre-pied, un paradoxe. Les corps révèlent des saveurs inconnues en un gynécée où les figues ne tombent pas forcément des arbres entre des collines ou colonnes charnelles. L’affabulation ou le rêve érotique sont présents mais s'y inscrivent d'autres enchantements et ramifications là où l'artiste fixe des dérives pour en connaître les secrets et les faire partager au moment où elle devint le princesse des nuées du Deuxième Sexe soudain premier.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2019

Suzanne Kasser : lumière dans l'obscurité

Kasser.jpgKasser, "Boucle bouclée", Galerie Weiller, Paris VIème, du 16 avril au 10 mai 2019.

 

Suzanne Kasser dans son oeuvre minimale et profonde crée un double mouvement ou une "boucle bouclée". Elle montre la lumière qu'on voit dans l'obscurité mais tout autant l'obscurité qu'on voit dans la lumière. Pour le comprendre, le saisir il faut s'arrêter devant de telles oeuvres, suivre leur puzzles et mouvements ou plutôt s'y laisser prendre.

 

Kasser 2.jpgExiste un mouvement et le jeu des fuites et de "récits" (hors narration) simultanés et fuyants. La battue n'a pas de fin. Et si l'art est l'élévation de la pensée il échappe ici au symbole, à l'archétype, au méli-mélo psychique ou au speudo abîme inconscient.

 

Kasser 3.jpgLa sombre puissance du travail de la Lausannoise n'est pas le fruit d'un calcul et encore moins du rêve, du merveilleux ou de révélations occultes. Il est l'état de ce qui est "digne de la surface" comme écrit Sollers dans "L'éclaircie". Ce titre va parfaitement à l'oeuvre de Sylvie Kasser. Elle accomplit une révolution du langage plastique. Par ses "Illuminations" les règles volent en éclat dans une prospective qui mène à une apothéose en sourdine.

Jean-Paul Gavard-Perret