gruyeresuisse

28/03/2019

De l'ombre à la lumière : Michèle Katz

Katz 2.jpgDans chacune des oeuvres de Michele Katz une réfraction et effraction ont lieu. Leur saut précède le temps et l’anticipe en s'appuyant sur un passé souvent douloureux mais sensuel tout autant. L'artiste unit dans des masses colorées une figuration unique. Au frottement des "outils" sur la toile qu’est-ce qui se libère  sinon l’inaltérable arraché ?

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Dans le compact amas des corps jaillissent les myriades de formes, les courbes de l’anneau des survivances. On peut, la chute dans l’anneau. Ellipse et trajectoire inachevées. Absence, absence. Fontaine des clairvoyants. Les tourbillons de corps et de corpuscules retiennent la chute.

 

Katz 3.jpgPour la ressemblance qui grandit à mesure que Michèle Katz s'éloigne de la représentation. L'oeuvre peut l'absorber toujours plus afin de l'ouvrir au cœur du ravin et de la braise des sacrifiés. Sœur secrète des sans nom de l’Histoire, l'oeuvre fait retentir une foule là où paradoxalement la solitude règne et pèse dans les affaissements de terrain des toiles, dans la syncope immense des corps. L'artiste y inscrit toute la nuit et toute la lumière afin que l’art remplace les mots et devienne la phrase totale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michèle Katz, "Corps à corps", Expo Montmartre, 30 rue des Trois frères, Paris XVIIIème, du 17 au 31 mai 2019.

27/03/2019

Les morts vivent plus longtemps que nous : Céline Cerny et Line Marquis

Cerny.jpgCéline Cerny, Line Marquis, "On vous attend", coll. Pacific, art&fiction, Lausanne, 2019, 96 p., 27 CHF.

 

En quinze textes et des images Céline Cerny et Line Marquis reviennent à l'essentiel : la mort telle qu'elle apparaît dans les arts et la vie. Bref ce livre est l'histoire de "nos" disparus dont la voix perdure .  Mais quelle est leur place parmi nous ? Quel espace tracent-ils et quels liens offrent-ils ? "On vous attend" répond en donnant une nouvelle vie aux anges et aux fantômes qui nous hantent et nous collent aux basques.  Leurs passés empiétés et emiétés nous tissent.

 

Cerny 3.pngParce qu'ils nous attendent, leur redonner vie, à travers les mots et les images, c’est se consoler un peu par des appels. Ils nous apaisent et parfois et nous font rêver. Dante n'est jamais loin. Il fut le premier à nous colleter avec le néant et les misères. Céline Cerny et Line marquis créent sous son égide, sans préférer la modestie des sommets alpins à l'arrogance des terres basses et urbaines.En rien amnésiques elles ont prises sur les êtres et les choses.

 

Cerny 2.pngIl existe là tout un exercice de sauvetage et de connaissance qui est la porte de la connaissance dont on a perdu la clé. Les deux créatrices sont à sa recherche, en analystes et rêveuses, de cet examen des morts qui ne sont pas plus recalés qu'innaccessibles. Existe un sentiment de familiarité par la présence de la densité mystérieuse de leurs ombres toujours insuffisamment dépliées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

23/03/2019

Gabrielle Jarzynski : modifications

Jarzynski.jpgC'est parce que les histoires d'amour finissent mal en général qu'il faut faire avec. Quitter parfois la gare de Trouville pour retrouver Paris. Mais tout ne s'efface pas comme les paysages qui défilent dans l'Intercité 8479 : "Août venait de s’achever avec notre histoire pendant que je rêvais d’être une chienne attendant d’être assaillie par un mâle." La formule est violente manière de ne pas se laisser envahir de larmes.

Une nouvelle foi l'éros pas plus que les hirondelles ne font le printemps de l'automne.A force d'en laisser tomber au moment ou dehors la pluie " de la vapeur se condensait en fines gouttelettes sur un corps froid". Nul ne sait s'il s'agit du corps de la laissée pour compte ou la vitre du train. Avant d'apprendre qu'il s'agit de l'effet des larmes sur les lunettes de "Mathilde".

Jarzynski 2.jpgPlus question de grimper aux rideaux. Mais l'auteure - qui préfère les jeux des Madame Edwarda que la patience de le Pénélope grecque - ne proposerait-elle son anti-portrait ? C'est plus compliqué que cela. Changeant de lieu (d'un certain culte), la femme d'intérieur (du train) va pouvoir retrouver plus qu'un mince soleil de fin de saison même si celui de l'été a bel et bien disparu. L'objectif est de sortir d'un état de fait même si savoir où cela mène n'a rien d'acquis au sortir du train comme au sortir de nuits d'ivresse.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Jarzynsli, "Mathilde", estampes de Fil, Atelier Ohilippe Miénnée, Lanouée, 2019