gruyeresuisse

08/08/2018

Suspensions : Claudie Dadu

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Vus de loin - tant le « trait » est fin - les dessins de Claudie Dadu semblent des cadres vides. Il est vrai que l’artiste travaille avec un « résidu » corporel : le cheveu. Ce qui fascine est la capacité de reconstruction graphique que la créatrice en « tire ».

 

 

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Certes, et par essence, le cheveu est souple mais encore faut-il le transformer en mouvements capables de donner à Duras, Sagan et autres femmes (entre autres les fameuses « salopes » qui luttèrent pour la légalité de l’avortement) une manière de faire l’éloge de celles qui contribuèrent à la grande libération du XXème siècle car pour la première fois de l’Histoire la femme reprenait ses droits sur son propre corps.

 

 

Dadu 2.jpgCette économie de moyen crée une grâce poétique et graphique rare. Organique, la « ligne » incarne par elle-même le sens d’une telle recherche. S’y traduit - avec un détournement habile de la sensualité et de l’humour - l’aspect charnel d’un discours où le corps qui devient celui de l’art. Preuve que la création peut tenir à un cheveu selon une poésie intempestive où le réel prend pied sous l’écume des jours selon une forme d’utopie activiste. Elle permet à la dessinatrice de traiter ses louables obsessions avec détachement et par la bande.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudie Dadu, Litterature Mineure, Maison Dagoit 2018, 8 E..

05/08/2018

Patrick Lichfied : le corps en pente douce

Lichfield bon.jpgPatrick Lichfield montre ce qui reste lorsque le réel est dégagé de tout emmerdement et que l’obstacle du vide est franchi. Il « oblige » à entrer dans le vertige. Et quoi de mieux que l’aréole gonflée du sein de la passagère d’un taxi à New York ou les ailes artificielles d’un ange rattaché à un crochet et dont le corps repose sur le dos.

Lichfield 2.jpgLe photographe éloigne le sens désolant de la réalité en de telles pentes douces. Il prend le parti du rêve aux intensités pacificatrices. Tout est alors possible : la nudité évoque le désir : il n’est que caressé au sein d’une solitude sans tristesse. Tout reste « calme, luxe et volupté » (Baudelaire) entre les parenthèses enchantées du suspens de tout sinistre. La lumière n’est plus l’illusion de la nuit mais le vertige d’un monde dégagé de ses vicissitudes.

 

 

Lichfield.jpgLe réel n’est plus le mur où le voyeur se cogne. Sa porte s’ouvre vers la beauté qui fascine (sans le plaisir qui tue). Soudain le voyeur n’a plus à peser ses fantasmes au trébuchet de l’inquiétude, à l’ajustoir des tourments. Sa conscience vétilleuse s’efface par l’éclair d’une folie de voir dont le grain légende le monde. Et ce des premières lueurs de l’aube à celles du crépuscule. Lumière que lumière en quelque sorte par la sève des corps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lichfield, « Heatwave », The Little Black Gallery, Londres, Aout 2018.

04/08/2018

Angelika Chaplain dans la chaleur de l’été

Chaplain.jpgAngelika Chaplain est la photographe des canicules. Quel que soit le pays la chaleur est épuisante. Néanmoins les femmes la traversent non sans un certain plaisir. L’imagerie se veut parfaitement ludique là où tout semble concocter dans la chaleur de chaudrons à sorcières.

Chaplain 2.jpgDe telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs « fruits » ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent. Les personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage.

 

 

Chaplain 3.jpgLes caprices du temps et leurs hautes températures semblent baliser l’espace. Femmes et enfants s’y soumettent de manière intempestive sans que l’air qui se solidifie autour d’elles comme du béton. Pour échapper à la chaleur il semble propice de sortir les épuisettes et allez pêcher la crevette. En attendant les images font leur chemin. Tout cela s'articule sur des jets d’eau ou le brumisateur que propage un mât de cirque improbable.

Jean-Paul Gavard-Perret