gruyeresuisse

15/09/2018

Isabelle Sbrissa : remplir les trous avec la langue

sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa confirme de livre son importance dans le paysage poétique francophone. Ecrivant pour savoir ce qu’il y aura dans ses textes la Genevoise ne travaille pas que pour elle : elle nous apprend à apprendre et donne l’«unité ratière » que constitue l’humanité selon Lacan une manière de se retrouver dans des labyrinthes. Le tout avec une puissance évocatrice à plusieurs entrées. L’humour s’y marie à d’autres enjeux. Citons par exemple p. 96 : « C, qui me prête la pelle, dit qu’il comprend mon désir de creuser un trou : lui aussi voudrait se mettre tout nu, se glisser sous les feuilles et se transformer en mousse « jusqu’à ce que j’ai envie d’aller au cinéma » dit-il ».

sbrissa 2.jpgCe petit bonhomme en mousse et la fabrique du trou fait pencher forcément Isabelle Sbrissa vers Ponge. Néanmoins la terre de Ponge « c’est le Littré tandis que la mienne et noir, elle sent et j’en ai plein les doigts ». Dès lors d’un texte à l’autre c’est toujours le même ouvrage « creuse, creuse ma fille » doit se dire en substance la poétesse qui, telle Alice, elle tient un parapluie fermé. Car il s’agit moins de se protéger de la pluie que faire retentir - en appuyant sa canne sur le ciment - les ondes telluriques des trottoirs.

sbrissa 3.jpgLe discours poétique hystérise (très sobrement) tout penchant à l’analyse, il devient la main courante qui préfère fouir, éprouver, trier ou caresser que se tendre vers celle de Dieu. Si bien qu’il existe dans une telle poésie qui invente une nouvelle genèse. Tout se transforme dans « Lalangue », ses veines et méandres. Ils n’ont plus effet que de mener les gens par le bout du nez mais offre des affects en un voyage en si terre. Le langage s’enfonce dans l’obscur pour manifester autre chose que son insuffisance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Sbrissa, « Ici là voir ailleurs », coll. « disparate, Editions Nous, Caen, 2018, 152 p., 16 E.

10/09/2018

Paul Armand Gette n’est pas un égoïste

Hug.jpgPour tourner le dos à la violence et la vulgarité, Paul Armand Gette a réuni ses complices en sensualité plastique et poétique. Avec Dodeline Auger il partage le goût de certains coquillages, avec Tamina Beausoleil il se fit laveur du Portugal et Marie Breger lui fit partager des fentes telluriques. Pour Farrah Brule il se fit couturier en fil rouge et pour lui Enna Chaton devint Artémis. Avec Cristina Esseliebée il traversa des miroirs et Claudie Dadu lui tendit l’éventail des vapeurs. Cécile Hug offrit au toréador des oreilles et des intimités que Catherine James suggéra au mâlin. Pour lui Bianca Lee Vasquez se fit nymphe de la forêt amazonienne et Anne Sophie Maignant écrivit des pillow-books pour le poète et Camille Moravia des histoires qu’il prolongea au bord de la Baltique avec Tuula Närhinin.

Hug 2.jpgL’artiste en compagnie de ses grâces prouve combien l’intime suscite des images qui se répartissent sur plusieurs plans ou en grappes. Chacune est creusée d’un sillon ou une légende qui raconte par exemple qu’on trouva un jour échoué sur une plage une oreille. Ses osselets avaient roulé pour former une grève. Mais ce n’est là qu’un des mystères que Paul-Armand jette… Sans excès de visibilité outrancière le lancinant est présent, les contrastes chargés de leur relief, le granité d’un téton de texture. Un imaginaire aussi simple que fou se dégage de tout.

Jean-Paul Gavard-Perret
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Paul-Armand Gette ; « Intimentissima » Avec Godeleine Auger, Tamina Beausoleil, Marie Breger, Enna Chaton, Claudie Dadu, Cristina Essellebée, Farrah Brule, Cécile Hug, Catherine James, Bianca Lee Vasquez, Anne-Sophie Maignant, Annette Messager, Camille Moravia, Tuula Närhinen, Aline Part, Ghislaine Portalis, Léa Sotton, Elisabeth Verrat, Wenjue Zhang, Galerie de la Voute & Eter SDF du 21 septembre au 20 octobre 2018.

Photo 1 : P-A Gette et Cécile Hug.

 

08/09/2018

Thierry Smets : devine qui vient dîner ?

Smets 2.jpgThierry est bien plus intéressant que Jean-Philippe Smet(s) dit Hallyday. Il est aussi célèbre que le braillard puisqu’il est « mondialement connu dans son petit village de Boneffe (Belgique), la capitale de … de … heu … des champs de blé de sa région ». Agrégé en érotisme il accumule les prix photographiques « le grand prix du 69 » auto-remis à lui-même dans son salon, « la Palme d’or du Concours Brigitte Lahaie de la photographie érotique qui n’existe pas » et le « Grand Prix du public du Festival international de la photo de nu de sa rue en cul-de-sac ».

 

Smets.jpgIl fait donc autorité en manière de blagues et appartient d’emblée aux grands irréguliers de la photographie belge dont le marrant Marcel Marien fut le curseur voire le précurseur. Il pense publier de nombreux ouvrages dont “comment photographier en cachette votre belle-mère quand elle prend sa douche ?” dès qu’il aura convolé en juste noce ou juste en une noce de paille.

Smets 3.jpgMais qu’on ne s’y trompe pas ce Thymthym dont le tee bée, au lieu de jouer avec Milou à la baballe ou - et lorsque son oral est au plus bas - de s’étendre sur un clic-clac avec de belles femmes, préfère que le déclic de son appareil claque. La lumière filtre sur ses ondines aux chandelles dans le plus simple appareil. Les coussins se meurent, les draps s’évaporent. Restent les belles de cas d’X dont l’image défie les paupières. Pas besoin d’enlever leur serviette pour savoir si elles sont filles ou garçon. Le doute n’est pas permis. Dans le creux de leurs hanches coulent une rivière sans retour. Et dès qu’elles font un break, le photographe plutôt que danser le hip-hop, tire leur portait. Ce qui est bien mieux que de se jeter dans le vide lorsqu’elles regardent à la fenêtre.

Jean-Paul Gavard-Perret

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