gruyeresuisse

20/11/2018

Dewey Nicks : roue libre des froufrous

Nicks.jpgLe photographe américain Dewey Nicks a créé (pour des magazines de mode Vogue, Vanity Fair, etc) des photos énergisantes, libres, aux frontières de l'obscène mais sans les déborder. Son portfolio est riche des stars qui se sont prêtés à son jeu ; Cindy Crawford, Natalie Portman, Sofia Coppola, Patricia Arquette, Shalom Harlow et Cher entre autres.

 

 

Nicks 2.jpgRécemment il a sorti de ses archives (à savoir des boîtes à chaussures...) des centaines de polaroids qui étaient des préludes à ses travaux publicitaires ou de simples portraits de l'intime. Nicks y est donc plus libre que jamais. Il a choisi une centaine de ces oeuvres pour ce livre conçu avec son collaborateur et éditeur Ton Adler. Ces images parfois chimiquement ou techniquement imparfaites sont d'un naturel et d'une spontanéité rares.

Nicks 3.jpg

 

Il s'agit bien moins d'un mémoire du temps passé que d'un véritable "best of" du photographe. Les polaroids prouvent qu'il n'a jamais péché par excès de conformisme...Tout dans l’œuvre joue entre suspens et équilibre, renvoie le langage photographique à ses lisières. D’où la création d’une «archéologie» : l’énigme est reportée à une antériorité froufroutante. Elle confère une sorte d'innocence primitive au delà l'érotisme là où tout est rythme, jeu et fantaisie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Edité par T. Adler Books, Santa Barbara

19/11/2018

Melanie Manchot : celle qui ne l'est pas

 

Manchot 3.jpgLes photographies de Melanie Manchot possèdent une nature particulière. Non seulement par l'éclat sourd de ses formes et surtout de ses couleurs mais grâce à leurs murmures et leurs exigences. L’artiste  cultive l'intensité au sein de ses narrations sous forme  de caresses, d'évocations discrètes. Des êtres y apparaissent, lascifs ou presque, au milieu des objets. Mais la photographe sort le monde des brumes.  Cela prend le cœur ou et surtout les sens.

Manchot.jpgNéanmoins Mélanie Manchot cherche avant tout à capter l’insaisissable. Elle ne se veut pas créatrice de style mais de langage et vitalise certaines amours. La texture en est lisible dans tous ses possibles. L’émotion est sublimée sans lyrisme là où les injonctions de lumière laissent apparaître un univers ouvert par des formes insoupçonnées.

Manchot 2.jpgChaque portrait est une approche, une attente. En émerge une montée par amorce de l’ouvert. Melanie Manchot plonge dans le monde muet de l’injonction. Une interrogation demeure puisque se retrouve un monde de la présence et de la gestation au sein de divers lieux, de Moscou à Londres - mais ce ne sont là que deux des repères de la photographe. Elle sait qu’il ne faut pas chercher dans ses prises le rapprochement d'un "original" mais  trouver sa mutation.  Elle sait aussi que seule une "beauté"  de tous les jours doit nous l’indiquer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/11/2018

Bettina Rheims : gourmandes et autres pécheresses

Rheims.jpgBettina Rheims, Galerie Xippas, du 17 novembre 2018 au 12 janvier 2019.

 

Les femmes de Bettina Rheins ont une pulpe de fruit dans lequel on aimerait mordre. Mais telles que la photographe les saisit c’est elle qui se font louves. Mieux vaut donc réviser les désirs. Toutes possèdent une étrangeté qui se dessine dans leur langage muet et corporel au sein de narrations en dérive. Existe un trouble au sein d’un potentiel extatique mais qui dépasse toujours le voyeur.

Rheims 2.jpgChaque femme joue du charme, feint un geste de recevoir, les lèvres ouvertes pour mieux inspirer. Mais elles ne sont en rien de humbles amantes prêtes à l’enlacement et l’extase. Leur ingénuité est celle d’actrices expérimentées. Comme saisies sur le vif en dépit des poses, leurs photos figées au milieu d’un geste crée un suspens qui met le regardeur en quasi état neurovégétatif.

Rheims 3.jpgUne part de tels modèles semble mécanique : c’est un équilibre entre ne pas vouloir et vouloir mais méfions nous des pièges lorsque Bettina Rheims est à la manoeuvre. Elle étourdit les enigmes qu’elle fourbit. Et même lorsque ses héroïnes semblent nostalgiques c’est bien le regardeur qui  paraît avoir perdu quelque chose. Mais il ne sait ni quoi, ni quand, ni comment.

Jean-Paul Gavard-Perret