gruyeresuisse

11/03/2020

Sissi Farassat et Erwin Polanc : contours de la présence

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Les deux photographes se répondent là où au silence de l’effusion enfouie dans langage de muets désirs surgissent des équilibres fragiles. Transparaissent (ironiquement chez Farassat et plus gravement chez Polanc) la crainte, la blessure d'être mais aussi un espoir.

 

 

Farassat.jpgS’éveille aussi le choc de ruptures. Il s'agit d'arracher ou de retirer l’écharde du réel là où suinte le cri du creux de la chair et où s’étiole l’esquisse d’un impossible phrasé où la parole s’épuisait. Les images froissent certaines failles afin que, à la poussière des chutes, fasse place un chant encore entravé.

Polanc 2.jpgExistent des tournoiements, des retournements contre ce qui broie les femmes et plus généralement le monde. D’impudiques ripailles semblent soudain des possibilités. Si bien que les deux photographes cicatrisent des failles et créent d'infimes effractions afin que se scellent des chimères. Et ce, par ricochet contre des amputations et les turbulences morcellées d'anatomies en instance d’être. Elles pourraient ne plus s'égarer dans leurs écartèlements

Jean-Paul Gavard-Perret

Sissi Farassat / Erwin Polanc, Fotohof, Salzburg, du 10 avril au 6 Juin 2020. (Photos 1 et 3 Polanc, Photo 2 Farassat)

08/03/2020

Marina Faust : volontaires accidents de méthode

Faust 1.jpg«Marina Faust, "In Rare Cases, Local Hero with Pompadour», Galerie Xippas, Genève, jusqu’au 7 mars

Souvent sur un même fond où le vert domine, Marina Faust pose des éléments de papier préalablement abîmés et ce, pour sa programmatique : «Je déchire, je détruis et je reconstruis». Mais chez Xippas l'artiste ne propose pas des recollages mais des "mises en boîte"  de travaux repris et sortis ensuite sur imprimante.

Faust 3.jpgCelle qui commença par la photographie de reportage chez Magnum et dont les tirages furent exposés dans la prestigieuse galeie d'Agtathe Gaillard est partie ensuite dans la mode et a collaboré chez Martin Margiela. Le couturier était sensible aux déconstructions de l'artiste. Mais à nouveau elle changea bientôt de cap en abordant la vidéo, l'objet et un retour à la photos selon une règle particulière : «Les accidents règlent la méthode.»

Faust 2.pngAvec «In Rare Cases, Local Hero with Pompadour»  ( coiffure masculine gominée à la mode des pionniers du rock), elle travaille le portrait. Les figurations des visages sont incertaines voire volontairement douteuses. Presque à la Bacon, elles ne peuvent qu'intriguer sous leur apparemment délire. Celui d'une  oeuvre toujours en marche et en avance sur son temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/03/2020

Dana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan : poches de résistance

Polla.jpgDana Hoey, Guillaume De Sardes, Mimiko Türkkan, "Grace and Power - La Puissance et la Grâce", Galerie Analix Forever, Rue du Gothard 10, Chêne-Bourg, du 13 mars au 8 mai 2020.

Barbara Polla expose trois photographes : Dana Hoey (USA), Guillaume de Sardes (France) et Mimiko Türkkan (Turquie) pour lesquel la puissance et la grâce des femmes passent par des chemins aussi naturels que possiblement alternatifs. Résumons d'emblée : le mythe du féminin est présenté de manière inédite.

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Les "Elles" aux "je ne sais quoi" font preuvent de zèles de désir où se croisent l'éternel humain trop humain à l'"Unaccany energy" chère à Barbara Polla. Le déploiement du nu passe par des espaces imprévus du féminin et selon des formules actives voire activistes.

 

 

Polla 2.jpgDe telles oeuvres ne sont pas une leçon de choses mais plutôt un essai de choses intimes qui jouisent de la dé-mesure de l’approche des trois artistes. L’étreinte avec le corps devient de l’ordre d’une caresse, mais d'une caresse à distance. L’âme survient à l’instant où la chair possède la sensation de son existence ou plutôt de l’abime d'un corps aux prises à des formes de jubilation particulière propre plus à la nécessité qu'au hasard.

Jean-Paul Gavard-Perret