gruyeresuisse

03/04/2019

Contre-attaques de Catherine Bolle

Bolle.jpgCatherine Bolle, "+ - Zéro", Galerie Oblique, du 12 avril au 17 mai 2019.
 
Catherine Bolle poursuit dans son oeuvre une révolution poétique du langage plastique. C'est aussi une évolution formelle où les règles volent en éclat. Mais chez elle la déconstruction va de pair avec des apothéoses originales. Des blocs de vision se recomposent là où le "+- zéro" devient une sorte de clins d'œil.
 
Bolle 3.jpgLe regard du spectateur n'embrasse pas une "scène" restituée par diffraction. Catherine Bolle crée en conséquence une perspective "matérialiste" mais dans un esprit nietzschéen là où des forces antagonistes s'affrontent et où existent néanmoins de lointaines ascendances cosmiques entre fusions et dissonances d'un geste créateur toujours insolent mais sans provocation. Il s'agit "juste" de subvertir les images du "spectacle" pictural.
 
Bolle 2.pngExiste dans toute l'oeuvre une forme de "théorie critique" induite par le "faire" contre toute simple négation et  par affrontements et coupes franches dans un goût de la recherche et de l'étude que Catherine Bolle ne cesse de pratiquer. Tout regard  ne peut que rester en admiration face à un travail d'une telle diversité et ampleur qui embrasse aussi bien l'architecture que le dessin le plus "humble.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Miles Aldrige : mènagères de moins de 50 ans

Aldrige.pngLes scénographies glacées et ironiques du photographe anglais Miles Aldrige immobilise la femme au sein d’une quotidien ou de l’exceptionnel sans la moindre sollicitude et sans agressivité. Il y a là une série de sur et sous voltage, dans laquelle en dépit des apparences la femme n'a rien d'une oie blanche.

 

Aldrige 2.pngElle vaque au sein d'attente vague. Son corps sexy apparaît dans une incarnation aussi proche que distanciée, sévère que drôle. Celles qui n’ont pas de nom se montrent sans se donner. Le tout dans une certaine indifférence. La femme ne semble plus à l’intérieur d’elle-même. Se devine la lumière-nuit d'une sexualité  sans doute frustrée. Seuls les yeux s’écarquillent. Reste une étendue continentale structurée en véritables scènes. Quelqu’un parle en elle - non à sa place, ni dedans, ni dehors, ni même en travers - mais entre elle et elle en un vide existentiel.

 Aldrige 3.png

Miles Aldrige s’invite, se place devant la femme. Elle l’accepte, prend vaguement acte de sa présence. En joue peut-être. Et son photographe saisit ce qui «normalement» ne peut être ni vu, ni pensé d'un astre d’inquiétude. La femme n’est plus l’être animée qui ose parler. Mais sa vision illusoire porte ailleurs que dans le mensonge. La mise en scène compte. Elle abrite celle qui se terre. Un silence résonne en une théâtralisation particulière. Pour l’image la plus nue. Et non l’image de la nudité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Miles Aldridge, "Screenprints, Polaroids and Drawings, Christophe Guye Galerie.

02/04/2019

Patricia Terrapon Leguizamon : revision des poncifs

Terrapon.pngPatricia Terrapon Leguizamon, "Préliminaires", Villa Dutoit, Genève, jusqu'au 30 mars 2019. 

Il n’y a plus accroc dans la soierie des corps que Patricia Terrapon suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de son travail pour "Prélimaires" et que souligne avec un érotisme puissant le poème de Barbara Polla.

Et si jadis des ogres tirèrent par les pieds les femmes et voulurent malaxer leur terre pure pour y planter leur tente, il ne s'agit plus pour eux de parader devant la grotte espérée en habit d'officiant. L’artiste et la poétesse remplacent les orgues à prières des mâles dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre.

Terrapon 3.jpgDes ogres l'artiste ne redoute plus le tonnerre. Elle est sortie d'un théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds. Elle surprend les mâles par tout ce qu'elle offre et bravant l’interdit le plus terrible : être un corps jouissant qui n'est plus au service de l'autre mais de soi-même en un partage volcanique où abondance de "biens" ne nuit pas. Au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret