gruyeresuisse

15/06/2019

Les lapins levés de Claudia Comte

 

Comte.pngClaudia Comte, "Bunnies and ZigZag", Galerie Joy de Rouvre, Genève du 16 mai au 29 juin 2019;

 

 

 

Comte 2.jpgLa jeune Lausannoise Claudia Comte s'intéresse à la mémoire des matériaux et de ce qu'ils cachent parfois après plusieurs milliers d'années. Elle tire du marbre immergé ou du bois flotté ou fossilisé des formes que parfois elle scanne ou reprend en trois D. afin de leur donner une nouvelle vie. Par l'imaginaire de la créatrice elles deviennent des formes premières de notre monde au moment où il subit des agressions encore jamais connues jusque là.

Comte 3.jpgSon approche est aussi minimaliste que ludique afin de proposer d'étranges totems sans tabou à la fois par la sculpture, la peinture ou des installations multimédias. Le langage des choses trouve là une nouvelle grammaire. Les lapins levés ont de belles oreilles. Mais Claudia Comte refuse les débordements intempestifs. Ils ne seraient que des fuites ou des facilités, bref des défauts de langage. En ce sens existent des noces blanches plus que des messes noires en un jeu dans le zig et le zag. Il n'a néanmoins rien de factice ou de frelaté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2019

Andrea Heller : l'objet et son fantasme

Heller.jpgAndrea Heller, Kunsthaus Centre d'art Pasquart, Biel-Bienne, du 7 juillet au 8 septembre 2019.

 

Les oeuvres d'Andrea Heller font éclater les images du réel par un détournement particulier : sans tourner le dos à toute représentativité, l'artiste y introduit des éléments perturbateurs abstractifs jusqu'à produire un fantastique jeu d'attraction et de répulsion. Tout se joue en cette charnière de la gestation des formes et des couleurs. L'immense mérite de l'artiste consiste à faire que la moitié nocturne des images soit mise en évidence au milieu du scintillement de "choséifications" qui changent de nature.

Heller bon 3.jpgLa sculpture devient plus une affaire de vision que de technique - ce qui ne veut pas dire que Andrea Heller s'en moque - bien au contraire. Il s'agit plus d'ouvrir un virtuel qui dévore la représentation afin d'en faire jaillir sa part d'ombre, cette part qui nous recouvre aveuglément tant nous sommes dedans, prisonniers de ses leurres.

Heller Bon bo,.jpgL'imaginaire fonctionne donc vers l'épuisement de l'ombre en une sorte de dynamisme contre notre enfermement. Dans un univers délétère et factice l'image introduit ainsi du chaos dans le chaos : c'est donc comme un vaccin contre les fantômes de la civilisation. Jaillit un ailleurs qui n'est pas pure vue de l'esprit, il est provocation de la réalité par et contre elle pour une métamorphose. L'oeuvre ne renvoie plus à une perception, à une pensée ou à une rêverie qu'elle se contenterait de ramasser, de fixer au sens photographique du terme.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/06/2019

Harold Chlewicki : éclats de lune

Chewi 2.jpgPour son exposition estivale Eva Hober a décidé de célèbrer "la pulsion sensuelle, la chaleur suave, un baiser volé, un lever de soleil précoce.". Il y a là de multiples abandons lascifs, des voluptés au goût de fraise en sorbet, de l'eau de mer qui ruisselle encore sur des nuques.

Chewi 3.jpgTout un rituel sensuel suit son cours dans des cabines de bains, des plages ou des dance-floors. Les amant(e)s d'un jour ou d'une nuit se brûlent au feu du plaisir. La femme est désirée et désirante. Elle consent à la caresse, sa lenteur ou sa force. Chlewicki en dresse les flux, les échos, le partage. Ses prises des éprises glissent sur la peau. Les jambes se dénudent là où l’image montre l’ange et l’animal

Chewi.jpgExistent des empreintes de mains au bout des traces. Le corps supporte plus ou moins l'attente, des seuils se franchissent. Mais la question demeure : quel secret dedans ? Existe encore et en suspens le sens du moindre, de l'inachevé mais déjà des glissements, des vertiges. L’épaisseur de la chair est un bloc où vivre trouve parfois sa liberté dans un pubis gribouillé de gris.

Jean-Paul Gavard-Perret

Harold Chlewicki, "Caressez-moi fort", Galerie Eva Hober, Paris 8ème,  du juin au 26 juillet 2019.