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17/04/2019

Vivienne B : huis-clos (ou presque)

Vivienne B 3.jpg

Le nouveau projet photographique de Vivienne B met en exergue la force, l'élégance et la sensualité de la féminité. Cheveux fous, robes à plis, poses décalées sont là paradoxalement pour suggérer comment les femmes vivent et vibrent "non un amour idéalisé et inaccessible, mais un amour passionné, charnel et doux et délicat" écrit Vivienne B.

 

 

 

 

 

Vivienne B 2.jpgChaque modèle est isolé dans une dramaturgie précise de l'intimité et de la solitude au sein de séries en séquences. Existe là ce qu'elle nomma jadis "Le chant des oiseaux". Ceux-là s'offrent en des scénographies subtiles où l'érotisme demeure souvent en esquisse dans les dérives de la photographe coloriste pour laquelle le rouge d'une robe fait le jeu de la chair.

 

 

 

 

Vivienne B.jpgExiste une forme de simplicité par la sophistication comme par l'artifice et l'artefact. La feinte de transgression passe toujours par l’arabesque. Les femmes y sont plus rêveuses qu'espiègles. Elles se livrent à la photographe. Elle les met en confiance afin qu'elles puissent exprimer le mystère d'une farce mystique car l'amour de dieu n'est rien par comparaison à celui qui emporte vers un homme ou une femme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/04/2019

Yelena Yemchuk : transferts et stucs en stock

Betty.jpgAvec ses photographies et vidéos de l’artiste plasticienne ukrainienne Yelena Yemchuk crée une atmosphère à la David Lynch ou  Fellini . Comme eux elle repousse les limite du filmique. Les "simples" portraits contiennent une complexité de narration et de représentation. Par ses diverses séries l'artiste met en question ce que filmer et photographier implique au moment où les structures sociales et la condition humaine sont mises en porte à faux par des changement politiques.

Betty3.jpgDécoulant de l’éclatement de l’Union soviétique et des ouvertures démocratiques Yemchuk avec "Mabel, Betty & Bette" explore l’identité lorsque de telles modifications peuvent entraîner la perte de soi par celle des repères. Tournées dans son Ukraine natale, les images de Yemchuk sont incarnées par Anna Domashyna qui assure le rôle des trois personnages de fiction. Ils sont représentés dans ses photographies par des mannequins portant l’une des leurs trois perruques correspondantes et interprétant les différentes histoires inventées par l'artiste.

Betty 2.jpgEntre amnésie et rêve éveillé Yelena Yemchuk montre le brouillage, l'alarme et la confusion que créent les moments de fractures de régimes et le passage d'un monde à l'autre. La femme devient l'archétype d'un corps réel et symbolique sur lequel "tombent" les projections de soi et de la société. Le tout dans une performance statique impressionnante scénarisée par celle qui rameute un monde étrange de poupées et de spectres pour dire ce que passer d'un monde à l'autre veut dire en un jeu entre néo-réalisme et onirisme pur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yelena Yemchuck, "Mabel, Betty & Bette", Dallas Contemporary, du 13 avril au 18 août 2019.

15/04/2019

Russell James : le corps intrumental

Russel James.jpgEn étroite collaboration avec les mannequins, Russell James franchit les frontières de la photographie de nu. Ses travaux sont régulièrement publiés dans des magazines tels que Vogue, W, GQ. Photographe officiel de Victoria’s Secret, il fonde son esthétique sur une monumentation du corps de la femme à travers des jeux de lumière.

Russel James 3.jpgLes images transforment le perçu en une sorte de concept au sein d’une exigence sculpturale que permet les possibilités des mises en scène et leur dimensions spatiales. Les corps se dressent en murailles d'indices qui suggèrent l'évocation d'un indiscible inatteignable. La volupté voyage entre le montré et la caché. L'interstice devient la source d'un langage.

 

 

 

Russel James 2.jpgL’effigie sacralisée suggère l'Eros par des infractuosités lumineuses. Chaque prise est un arrêt, un verdict axé sur un corps capté pour la beauté de ses formes. Les prises ne cherchent pas à témoigner de blessures ou de joie. D'où cet aspect art pour l'art ou d'une grâce loin des pesanteurs. Les formes sont les indices d'intimité où la pensée manque de prise. Chaque modèle devient la battement sourd d’une porte dérobée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Russell James, "Angels and Icons", Camera Work, Berlin, mai 2019.