gruyeresuisse

28/12/2018

En instance de beauté - Rankin

Rankin 2.jpgLe projet "Portrait Positive", a été conçu par Stephen Bell afin de modifier la perception de la beauté et de sa "distinction" à travers une série d’images de 16 femmes présentant des marques de "laideur" au niveau du visage et du corps. Elles ont été photographiées - habillées par le Coutirier Steven Tai - par Rankin. Un livre rassemble les prises a été édité au profit de l'association caritative "Changing Faces" . Elle vient en aide à 1,3 million d’enfants, de jeunes et d’adultes au Royaume-Uni. Ils sont victime d'une maladie ou de stigmates qui les différencient de la "norme" en les excluant des représentations de la mode et des médias.

Rankin 3.jpgC'est pour Rankin une manière de prouver qu'il existe beauté et beauté. Et comme Rimbaud il pourrait affirmer "un soir j'ai assis la Beauté sur mes genoux" mais sans la trouver amère sous prétexte qu'elle est parfois une "injure" à ce que ce mot signifie communément. Le photographe offre ainsi une distinction à qui est habituellement remisé dans l'ordre de l'invisible parce que la femme (principalement) ne correspond plus à l'esthétique de la "normalité".

Rankin.jpgChaque prise est une variation singulière qui détoure les traits de l'habituelle distinction pour les remplacer par une autre. De telles prises touchent à une ambivalence significative qui déplace les seuils d'une prétendue admissibilité. C'est en quoi l'art est nécessaire : il détruit les images attendues dans leur beauté assurée pour les remplacer par d'autres qui osent la différence et mettent en valeur celles qui sont écartées et éloignées du cours homogène des représentations. Dans le cadre de chaque portrait une porte s'ouvre. Celles qui s'exposent enfin à la lumière des soptlights touchent de leurs traits à la fois distintifs et de distinction.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/12/2018

Présence factieuse du paysage - Marion Barat

Barat 2.jpg

 

En choisissant l'image "pauvre" qu'induit le polaroïd, Marion Barat évide une évidence au profit d'une autre : celle que J-L Nacy appelle "l'évidence du distinct, sa distinction même". Dès lors, en se frottant à la seule nature, donc au paysage, la créatrice évite tout écueil de décoration ou d'illustration.

 

 

Barat.jpgL'image touche à une présence d'un distinct créé par le regard de la photographe et la technique même de l'outil. Perdant en précision et en naturel, celui-ci offre une poésie qui n'appartient plus aux ficelles de la transmission du paysage. D'où une déliaison ou un délié par rapport à la réalité.

Barat 3.jpgSi bien que les oeuvres ne rendent pas la nature visible comme un objet. L'image offre sa totalité par la variation qu'elle opère sur la "chose" vue en décolorant sa surface-peau. Chaque prise est donc un déroutage en dévers des images léchées et scénarisées si fréquentes dans la photographie contemporaine. Par le polaroid l'image semble ici celle "des jours passés" mais - et c'est essentiel - Marion Barat n'y cherche jamais la moindre nostalgie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Barat, "Polaroids", Editions Corridor Eléphant, Paris, 2019. Prévente sur le site Corridor Elephant.

21/12/2018

uLes narrations érotiques de Dasha & Mari

Dasha & Mari.jpgVenues de l'Est, Dasha & Mari travaillent à Londres plus particulièrement dans le domaine de la mode. Mais chacune de leur photographie raconte une histoire voluptueuse. Les amours fugaces ou non se distillent sans distinction de genre. Bien des passages sont possibles même si les narrations demeurent en suspens.

 

Dasha & Mari 2.jpgLes corps gardent leur mystère, leurs désirs, leur attente. Ne restent souvent que le noir qui fascine et le blanc qui ne tue pas forcément. L’objectif de l’appareil ne saisit pas seulement des corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être. Demeurent la sensation qui perdure, l’énergie du mouvement - même s’il semble presque arrêté.

 

Dasha & Mari 3.jpgDans cette ménagerie de verre aux étreintes passagères les jumelles créent  un  monde empreint d'un sens de la cérémonie. Leurs belles de jour remontent du fond des nuits. Leurs corps se déplient en divers types «d’avancées». Il devient la présence silencieuse entre l’obscurité et la lumière, l'abandon et la retenue. L’unité de temps tient à l'instant de la prise. Le corps renaît de sa cendre neigeuse en ondes suspendues. Les oscillantes restent indestructibles dans le chaloupé d'une danse lascive.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15:07 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)