gruyeresuisse

31/03/2020

Mariken Wessels : la transgression des sirènes

Wessels.jpgMariken Wessels avant de pratiquer les arts visuels, a étudié le théâtre à Amsterdam et après une carrière de dix ans, elle a poursuivi ses études en arts visuels. Sa première pratique se retrouve dans une série particulière par son format et son sujet. Le fait qu'elle soit crée par une femme n'est pas anodin : il est impossible de photographier de telles naïades par n'importe qui.

Wessels 3.jpgLe sujet en effet pourrait créer controverses et polémiques. La plasticienne shoote des femmes obèses qui s'ébrouent dans l'eau d'une piscine. Elle explore le mouvement des corps en excédents de poids et les aspects "animaliers" de la forme humaine. Elle y essore tout aspect voyeur ou érotique afin d'accorder au corps une autre existence. Il n'est pas jusqu'aux ventres à faire battre le coeur. Les baigneuses nues jaillissent au milieu d'étincelles aquatiques, elles se mélangent en harmonies douces pour un ballet de sirènes d'un nouveau genre mais qui n'ont rien d'incongrues.

Wessels 2.jpgLa plasticienne accorde une dimension poétique à de telles présences. Et celle qui a publié de nombreux livres dont "Taking Off. Henry mon voisin", qui a reçu le prix du "Meilleur design de livre du monde entier" à la Foire du livre de Leipzig et le prix du livre d’auteur aux Rencontres d’Arles (2016) montre comment l'image peut créer un monde de la transgression des limites en transformant la "monstruosité" considérée comme "invisible" en poésie secrète. La dilatation du corps non "normée" devient un chant des lignes et celui de la vie.  Par l’âme des yeux de l'artiste, le corps considéré comme imparfait trempe en une gloire céleste comme dans un bain chaud.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mariken Wessel, "Miss Cox (Nude – Arising from the Ground)", Fw éditeur, 2020

30/03/2020

Corinne Vionnet et le système des images

Vionnet bon.jpgPour chacune de ses créations et afin de donner à voir un monument ou un lieu, Corinne Vionnet visualise une somme innombrable de clichés afin d'en "épuiser" la forme : "Je collectionne plusieurs de ces images, de jour, de nuit, selon différentes saisons, différents cieux, etc.". Le choix de chaque lieu est fait selon des statistiques touristiques et les brochures de tourisme qui symbolisent une destination : Monument Valley pour l'Ouest américain, la Tour Eiffel pour Paris par exemple.

Vionnet.jpgNéanmoins ses "Photo Opportunities" deviennent une interprétation  et une pénétration subtiles en un travail par couches successives des clichés consultés et compilés. Lors de la fabrication de l'image surgit la fusion de tout ce corpus et jaillit la magie de telles transformations. Une organisation s'élabore. Pas n'importe laquelle : celle propre à donner un filtrage absolu et une forme de transparence. L'artiste de Vevey renvoie à notre mémoire collective, à l'influence de l'image standard sur notre regard et à une manière de souligner les raisons de notre déplacement touristique et le besoin de consommation paysagère.

Vionnet 3.jpgCorinne Vionnet d'une masse à la fois distincte et indistincte crée un effet de regard sur le regard par l'isolement de sa propre création. Comme elle l'a fait aussi avec sa série "Total Flag" sur le drapeau américain et ce à quoi il renvoie. Contre la massification la créatrice repense le monde et le totalitarisme des images. Elle sait bien ce qu'il en est puisque - avant de se consacrer à l'art - elle a étudié le marketing et a compris ce qu'un tel management engage sur le "mob" (la populace) où l'être humain peut disparaître au sein des repères où il se dissout.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/03/2020

Daniela Keiser : le chant des signes

Keiser 2.jpgLes oeuvres de Daniela Keiser font planer l'aigre et le doux,  le donné et l'acquis, l'immense et le petit. L’image - en ses angles de vues et ses sujets - crée des écheveaux et des protubérances. Le réel et ses objets sont saisis dans diverses remises en formes et étagements. Entre gouffres et variations, l'artiste prolonge ce que certains signaux qu'elles montrent induisent (paraboles, antennes) mais aussi le réel tel qu'il est et dont elle fait le rappel.

Keiser.jpgLes mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites, poudroiements, chatoiements, protubérances ou creux. L’artiste cultive au besoin les discontinuités, les éboulis. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe, à l'improbabilité d'un centre ou d'un fond dans le croisement de bien des lieux encadrés ou non. L’œuvre ne cesse d’étonner puisque la photographie répond en rien à ce qu’on attend. Il existe des couplages du fond et de la surface, des martingales du provisoire que l'artiste souligne en diverses situations et prises.

Keiser 3.jpgLydie Kaiser fait glisser dans les coulisses des images et des apparences dont elle souligne le frelaté. Nul besoin de glose, de codex ou de clés. L'artiste crée simplement des indications du monde premier et aussi technologique. Le tout par ellipses de plusieurs foyers en des hémorragies de formes et de montages de la transparence comme de l'ombre. Elle fait de en plus de son égo un angle plat. Son absence crée une ouverture encore plus grande afin d'excentrer tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée.

Jean-Paul Gavard-Perret