gruyeresuisse

22/12/2019

Mélanie Leblanc : effet du prince (charmant)

Leblanc.jpgMélanie Leblanc écrit le poème des attentes : « Je sais que tu es tout près – presque je vole – j'ai peine à respirer – ne restent que quelques pas – là derrière cette porte – je vais te trouver – j'essaie de reprendre mon souffle – en vain – voilà que j'ose – je gratte à peine – j'entends ton pas qui approche – suspends mon souffle. » Preuve que chercher à être reste plus important qu'être.

 

 

 

Leblanc 2.jpgL'énergie est attente et latence. Plus même. C'est la recherche de quelque chose de pur et de premier qui effacerait certaines pages du passé. C'est. Ce qui dépouille pour oser la nudité devant un regard d'homme. Bref Mélanie Leblanc descend dans le silence des femmes. Leur blancheur touche les mots presque impossibles, ceux d'avant.

Leblanc 3.jpgC'est son calendrier d'immédiateté. C'est. L'approche du nous qui dépasse. Il crée un savoir des images "avenir" dans la langue. C'est la préséance de l'Aleph, du A de l'amour et de son paradis. Peut-être avant l'enfer car nul ne sait de quoi est fait le charnel obsédant. C'est le récit impossible de ce qui peut arriver. La femme est attente. De ce qui n'existe pas encore. Ou trop.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mélanie Leblanc, "Presque je vole", Editions de la Salle de Bains, Rouen, 2019, 5 E..

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

20/12/2019

Katia Gehrung : voies et voix des silencieuses

Katia 2.jpgLe monde de Katia Gehrung saisit par ses déphasages empreints d'humour et de gravité. L'intelligence est toujours au rendez-vous dans ce qui veut paraître des "exercices d'imbécilité" (Novarina). Et ce n’est pas un hasard si Vénus sort de l’eau ou se plante au milieu de route à ses risques et périls. Néanmoins les voyeurs courent les même danger là où l'artiste forge sa propre symbolique et sa lutte. Elle est à la fois toutes les femmes et la nageuse d’une confrontation où le monde ne connaît que le féminin et ses mémoires silencieuses que la créatrice réanime.

Katia.jpgCette quête reste un combat. Les narrations et leurs actrices en impriment l’impulsion là où le propre «je» de l'artiste piste celle qui il est pour un devenir germinatif au sein de propositions qui restent des insurrections. Katia Gehrung évoque la femme sans faire de sermons. Et elle multiplie les apparitions intempestives pour faire sortir du silence celles qui ont servi de torchon ou de repos du guerrier. Le féminin avance là où le gouffre de l’être se transforme en une maison aux mythes et empreintes aussi archaïques qu’utopiques. L'artiste ose une forme d’ «incompossible», le passage à la conscience comme au désir qui lisse jusqu’au creux du ventre où se fatigue la salive d’une langue récoltée.

Katia 3.jpgIl n'existe dans de telles mises en scène ni haine ou amertume. Juste la puissance de la poésie surréaliste comme alternative aux statuts-quo. Le féminin imprime des vagues dont Katia Gehrung prolonge les ondes et l'écume loin de tout caractère impressionniste ou expressionniste. L'artiste ne crée pas "sur" les femmes, ce sont elles qui semblent inventer l'image - même si l'officiante est bien au commande. C'est pourquoi la représentation réaliste - perdant pied - avance vers ce qui se voudrait énigme mais peut modifier les leçons de l’histoire écrite jusque là par les mâles. C'est une manière de réinventer l'occident.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.