gruyeresuisse

20/09/2019

Mahtola Wittmer : le distinct et de l'oscillant.

Wittmer.jpg"Caravan 3/2019 ; Mahtola Wittmer", Aargauer Kunsthaus, Aarau du 1er septembre au 27 octobre 2019.

Après avoir fêté son 10e anniversaire, la série d’expositions de jeunes artistes suisses se poursuit. CARAVAN offre au public l’occasion de faire des rencontres surprenantes dans les murs de l’Aargauer Kunsthaus. Entre autre avec une des artistes suisses les plus originales : Mahtola Wittmer.

Wittmer 3.jpgDotée d'une curiosité, d'une activité intellectuelle et d'une énergie hors du commun, libre dans sa tête donc dans ses choix la créatrice le cherche jamais des passages en force. Sa stratégie est plus subtile et par une sorte de discrétion, d'humour, de persuasion incisives contre tous types de trucages souvent commis au nom de l'art.

Wittmer 2.jpgSachant que celui-ci engage dans un plus juste regard, sa façon d'aborder les images se distinguent des mots d'ordre basiques et fragmentaires. La créatrice crée divers types de rappels pour souligner que le monde crève à la fois du manque d'amour, d'humour, d'attention. Chacune de ses approche joue à la fois du distinct et de l'oscillant. Implicitement existe un renversement du pouvoir masculin abusif et la superficialité des représentations dites de charme. A ce titre Mahtola Wittmer est une artiste engagée mais non de manière idéoliquement étriquée par des interventions qui n'ont rien de passives et gardent le mérite d'être toujours constructive.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2019

Josephine Sacabo et les guérisseuses

Sacabo.jpgArtiste engagée Josephine Sacabo sait aussi se laisser aller vers des visions poétiques en rien amères. Le corps de la femme (et parfois des fleurs) devient la source d'une vision sophistiquée et délicieusement surannée là où l'éclairage en demi teinte crée une lumière enveloppante. Elle mène vers une profondeur qui semble rester close et irreprésentable. Pourtant il y a le miracle des prises qui l'ouvre jusqu'à la chair dans ce qui tient d'une chambre des illusions du voyeur puisque l'intimité du secret est préservée.

Sacabo 3.jpgLa photographe crée sa propre «Recherche du temps perdu». Surgit la promesse d'un autre horizon à la fois plastique et existentiel. Les images offrent un temps pour la mémoire un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer celles qui sont réduites à l’état de fantômes

 

 

Sacabo 2.jpgChaque photo est moins un faire part qu’un faire corps au sein d’une révolte contre l’oubli et l'incompréhension. La photographe exhume un petit traité de sagesse et de beauté presque hors temps sans ostentation et de manière elliptique. Chaque épreuve trouble le regard par une sorte de minimalisme où des délices suaves surgissent d'étranges fleurs nées d’une source d’inspiration ici discrètement militante. C’est une manière de lutter contre le temps et de forcer l’imagination du spectateur à imaginer autrement voire "mieux".

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Josephine Sacabo, "Moments of beings, A Gallery for Fine Arts", La Nouvelle Orleans, Chartes St., du 3 octobre 2019 au 4 jenvier 2020, "Structures of reverie", Luna Press, 2019, 60 p..

16/09/2019

Emma Summerton contre toute attente

Summerton.pngEmma Summerton, "Landed", Christophe Guye Gallery, Zurich, jusqu'en fin septembre 2019.

La galerie Guye présente la première exposition solo des clichés d'art de la jeune photographe de mode australienne Emma Summerton. Laissant pour l'occasion le léché et l'impeccabilité froide, elle s'ouvre ici à la fantaisie et au décalage pour donner à ses femmes étendues un aspect hors-champ aussi ludique qu'astucieux et moins léger qu'il n'y paraît.

 

Simmerton 2.pngLes codes inclusifs d'une photographie programmée qui réduit la femme à un fétiche ou une usine à fantasmes sont remplacés par ceux que l'artiste crée à la recherche moins de belles images frelatées qu'à celles qui conviennent à un tel propos sans enfumage mais ironique.

 

Simmerton 3.pngChaque prise démystifie certains ajustements au profit de ceux qui ne sont pas attendus. Ils sont là pour introduire du leurre dans le leurre, les assises sont débôitées là où le corps féminin rentre dans l'image et en sort de manière intempestive. Il devient un indice créateur d’ouverture par l’audace et le résistance de l'écriture photographique. Elle ne fait plus de la femme un simple support mais un manifeste de l’anticonformisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret