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02/05/2013

Avant son pain au sucre quotidien : l'interview de Catherine Kirchhoff

 

 

Entretien de Catherine Kirchhoff réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, 2 mai 2013

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Mon réveil matin

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Ils m'accompagnent 

A quoi avez-vous renoncé ?Rien, l'espoir fait vivre

 

D’où venez-vous ? Genève

Qu'avez-vous reçu en dot ? Mon éducation

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Le temps

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un petit pain au sucre

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? On me dit que mon style est reconnaissable 

Où travaillez vous et comment ? Dans mon atelier ou mon salon, toujours devant une fenêtre pour avoir la lumière du jour.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? C'est très varié, souvent j'écoute la radio. 

Quel est le livre que vous aimez relire ? « Les mangeurs d'étoiles » de Romain Gary

Quel film vous fait pleurer ? « Amour » de Michael Haneke

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Moi-même

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Personne

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Rome

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Aucun mais j'en admire plusieurs: Turner, Derain, Matisse, David Hockney, Keith Haring, Julian Opi, etc...

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Des surprises 

Que défendez-vous ? Le respect

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Suis pas sûre de comprendre

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?". Quelle générosité!

 

Fabienne Radi : que reste-t-il de nos amours ?

 

 

 

"Vingt-quatre images",  2013, 103 pages. Livre d'artiste édité avec le soutien du Fonds cantonal d'art contemporain de Genève) et du (Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève, 24 CHF / 20 euros. Disponible au Mamco et au Parnasse à Genève

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Fabienne Radi - analyste et créatrice d’images - pénètre dans « 24 images » sa propre intimité avec humour et par recours au cinéma.  La Genevoise se  réinvente à travers des assemblages d’objets ou de simples citations abruptes de ses films références  tels  Kill Bill, Twin Peaks, Les Demoiselles de Rochefort, Les dents de la mer, etc. Ces oeuvres cultes deviennent sa demeure chaque fois revisitée. Moyennant quoi elle enchâsse sa propre histoire dans la généalogie du cinéma. Cette relation se constitue en espace de tension entre « autoportrait » et indices « publiques ». De la sorte, elle pose et repose la question de savoir qui elle est, qui est le sujet du sujet.

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Ces interrogations  portent de fait sur les questions de l’image. En particulier comment elle induit en chacun le trouble. En inconnue dans la maison l’image  mord comme les dents de la mer ou celles d’un mère carnassière. « Vingt quatre image »  met en scène cette submersion et cette dévorations sans pour autant casser nos illusions « d’optique ».L’espace filmique est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'expérience de lieux hanté auxquels renvoient avec humour les installations ironiques d’objets montés en narrations  allusives.

 

Son livre lui-même acquiert la troublante souveraineté de la hantise. Il garde l'efficacité d'un lieu de mémoire revisité et distancié par l’humour L'histoire de « 24 secondes »  est donc l'histoire d'une accession à soi par l'intermédiaire de l'autre. De la multiplicité de films cités et à la fois montrés-cachés se dessine le portrait en creux d’une artiste et auteur capable toujours d’oser. Ce travail ouvre une nouvelle fois le mot « venue ». Mot dans lequel  il y de la vue et de la nudité (particulière). C’est le visible dans l’adieu des films du passé, l’adieu qui n’a d’yeux que dans le visible des salles obscures. N’en déplaise à Dieu.

 

 

Rappel : Fabienne Radi a publié aussi cette année « Ça prend. Art contemporain, cinéma et pop-culture », Editions du Mamco,  224 pages, 26 CHF.

 

 

J-Paul Gavard-Perrer

 

01/05/2013

Une étrange odeur de "seinteté"

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Véronique Willemin et Nathalie Dran , "Almanach de tous les Seints", livre relié sous moleskine noire et tranche dorée Editions Humus, Lausanne, 39 FS.

 

 

 

Qu’un livre sur les seins soit proposé par deux femmes ôte bien des équivoques. Même si à l’évidence tout voyeurisme ne sera pas absent. Comment pourrait-il en être autrement ? L’almanach offre un superbe registre d’images et de textes dont la courbe des poitrines reste la seule ligne d'horizon. La femme et l’idée même de la femme demeurent pourtant dans leur énigme. Les seins sont autant d’îles que d’injonctions silencieuses au bord de la lagune du temps comme au-dessus du ciel bouleversé. Sans doute à cause - et comme le  disait le poète -  leur mystère qui fascine et leur plaisir qui tue.

 

Véronique Willlemin et Nathalie Dran font entrer dans bien des échancrures pour avancer vers l’obscur et surtout la lumière d’éros. Elles épellent  la courbe-appât d’un territoire sacré avec une pléiade d’artistes, d’auteurs mais aussi avec leur propre écriture et  leur imaginaire. A travers lui à chaque jour sa poitrine. Dans sa fixité celle-ci indique un mouvement diaphane ou tellurique. Yeux fermés, yeux ouverts qu’importe : reste un suspens. Il est comme à  portée de mains. Parfois un soutien-gorge noir souligne sa blancheur. Parfois celle-ci se suffit à elle-même afin de mesurer une profondeur d’abîme.

 

Revisitant à leurs mains les Saints catholiques du Calendrier les deux auteurs proposent un bréviaire perpétuel. Agenda des beaux-arts, ce compagnon du quotidien devient une bible païenne pour tous celles et ceux qui croient moins à Dieu qu’à ses seins. Chaque journée a droit au sien - existant ou inventé. Elle s’agrémente aussi d’une pensée, d’une recette  ou d’une citation littéraire, ainsi que d’une image originale des plus belles gorges. Demeure enfin un espace vierge où inscrire quelques pensées roturières.

 

Toutes les illustrations sont inédites. Elles proviennent  des collections de la  Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques  de Lausanne et de celle de V. Willemin. Plus que le grivois les auteurs ont su  retenir  la légèreté et la délicatesse et parfois la dérision. Le corpus apprend que vivre près des seins c’est vivre plus près de cœur. Trop l’oublie. Chaque image lance face à ce « sein qu’on ne saurait voir » une féminine antienne. « Plonge, plonge, plonge dans le mystère qui est le mien, qui est le tien qui n'est que nous » semble dire chaque gorge profonde. Son exhibition (feinte ou non) prouve que tout chemisier vit au dépend de ce qu’il recouvre. Il n’est - comme le voyeur lui-même - qu’un accident de parcours. D’une page à l’autre il convient pourtant de l'abandonner pour se laisser entraîner au velouté de la trace. Chaque jour reste alors un jour faste. Le livre est donc à mettre en toutes les mains…

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