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12/01/2014

Aline Fournier : fragrances incisives et ouatées

 

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Peu à peu la Valaisanne Aline Fournier construit son propre langage aussi bien par le portrait, le paysage ou la photographie commerciale. Dans le premier, portée par le regard d’une femme sur une autre la photographie, le portrait a priori "érotique" possède un côté plus délicat que transgressif. Le repli du fantasme permet des narrations sculpturales dans leurs lignes et  volumes. De  Martigny, l’artiste propose une vision où s’impose ce qu’elle nomme « une perte sensorielle » revendiquée comme telle au profit de scènes visuelles où la scénographie et la préparation prennent une part importante.  L’érotisme reste  innocent et simple. Il ne cultive pas l’ambiguïté. Une forme de tendresse bienveillante s’impose. Elle est synonyme ni de combat, ni d’insécurité. Le jeu entre la photographe et son modèle se crée en libre intelligence. Celle-ci permet l’appel de l’esprit à travers le corps et élimine un abandon de surface et joué.  Le portrait de nu accède donc à une autre valeur que la simple exhibition. Et même lorsque l’artiste propose des prises aux lignes qui surprennent elles transcendent toujours  la simple mécanique gymnique. Un secret demeure caché là où pourtant Aline Fournier invente une réelle communication entre le modèle, le regardeur et elle-même sans la moindre provocation douteuse. Si ce n’est celui d’une dérive plus douce qu’appuyée, caressante qu’impétueuse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

31/12/2013

Laurence Courto : Creux et Emergences

 

 

 

 

 

 

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Laurence Courto, InterArtmania, Lausanne,  janvier 2014.

 

 

 

 

 

 

 

Fondée en la seule « substance » de son langage et de sa manière l’œuvre de Laurence Courto repose sur une discipline d’existence et de création. Elle  saisit le multiple et l’Un dans un mouvement aussi rupestre et primitif que postmoderne. S’abandonnant au geste de la main et du corps l’artiste ne retient du monde que l’élan à la recherche de la simplicité. L’œuvre surgit autant de l’intellect de l’artiste que de la pulsion de son corps. Celle-ci est traduite par le geste où tout commence à la fois hors et dans le contrôle.

 

Ménageant une marge pour l’espace l’artiste par ses attaques crée divers types de courbes et de lignes. Emane un univers des profondeurs  mais il est tout autant cosmogonique. Le monde des apparences se trouve métamorphosé.  S’y éprouve un souffle et son élan venu du fond des temps comme du fond de la conscience (et de l’inconscient). La fonction première de cette manifestation picturale reste la recherche d’une émotion impalpable semblable à l’œuvre elle-même   : vivante, non fixée, mouvante, sublimement "inachevée".

 

Emerge de l'organisation de chaque toile une sauvagerie soudaine de la matière et des graffiti reprise en mains pour un affrontement avec le signe humain. Alliances - plutôt qu'identifications - tiennent l'espace ouvert dans un accord volontairement imparfait, une instabilité féconde venus autant de la méditation que de l'acte créateur qu’elle prépare. Entre attente et jaillissement, l'artiste crée une dispersion de parcelles sauvages, d'amorces dans la poussée et l'attirance. Elles ramènent à un principe de vie que les Egyptiens nommaient Ka.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


 



 

09:07 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2013

Les beaux draps d’Anna Jouy

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 Anna Jouy, « Agrès Acrobates », editions P.i. sage intérieur, Dijon, 8 E., 2013

Voir aussi :

  www.jouyanna.ch

 

 

 

De Fribourg, Anna Louy amasseuse de tonnerres et d’éclairs propose ses lignes de fuites dont l’éloignement fait le jeu de la proximité. Par bouffées d’ironie et sans la moindre condescendance pour elle-même elle propose des saignées rieuses et douloureuses pimentées de frasques et de la « sagesse » qu’apprend le dur désir d’exister. Ses coups de foudre parfois illuminent, parfois terrassent.  La poétesse n’en fait pas pour autant un fromage. Gaie et lucide elle défait les filasses des émotions qui s’enchevêtrent dans les siphons des jours. Le temps passe. Anna Jouy en sauve l’apparence sachant qu’il vaut mieux faire envie que pitié au moment où  elle estime (à tord) avoir dépassé le cap de bonne espérance.



 

Avant qu’il soit trop tard rappelons-lui que l'incohérence du cadastre de son "chemin faisant" peut encore s’inverser. Derrière les figures « animâles » il arrive qu’une autre moins bestiale surgisse. Un train peut en cacher un autre sans risque de danger : au jeu de l’amour un bon numéro est toujours possible.  Souhaitons-le à celle dont l’écriture enivre. Plutôt que de passer à l’encaustique ses miasmes et « foirades » elle les tourne en dérision. L'écriture sidère de charmes virulents. Les mots sont crus mais ailés car justes. Ils désenclavent de l'étreinte du vide et  diffusent en la hantise de l'air un tremblement de vie. Pour la remercier rappelons à celle qui se croît dans de beaux draps (en toile de Jouy bien sûr) qu’après le crépuscule et une bonne nuit de sommeil l’aurore existe. Afin de la faire patienter nous donnerons à l’insomniaque rêveuse un bon somnifère et lui rappellerons  que sa poésie rapproche de la lumière. Elle déchire l’abécédaire des sorts qu'elle croit connaître, permet de ne plus louer ses erreurs parfaites et laisse espérer quelques printemps supplémentaires.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret