gruyeresuisse

23/05/2020

Tempêtes dans une rivière froide : Martin Eder

Eder.pngLa dernière série de Martin Eder "TranceLucense" est peuplée de créatures ailées, dragons enlacés et autres êtres mythiques. En référence à L’Apocalypse de Dürer, l'auteur crée toujours en état de rêve et de transe. Mais il précise : "Je n’ai pas l’impression d’être en transe, bien que je sache que je le suis. En hypnothérapie, les gens doivent parfois être mis hors de transe – mais ensuite glisser dans la suivante, qui est peut-être plus saine et plus productive. Personne ne peut être en transe. La vie est elle-même, la réalité est une transe."

 

Eder 4.jpgMartin Eder est un artiste multidisciplinaire et appartient à la liste de "EIGEN + ART" de Judy Lybke depuis le début et bénéficie d'une renommée internationale pour ses peintures. Mais il est aussi photographe et fait de la musique avec son groupe de Black Metal / Drone RUIN. Il pratique aussi des lectures de tarot et des séances d’hypnose. A coté de la peinture la photographie est très importante pour l'artiste et garde sa propre vie et ce depuis sa première série "Die Armen" (2008) où de jeunes femmes sont exposées dans un décor minimaliste sur assise en cuir ou devant rideau en velours.

Eder 3.jpgL'artiste fait beaucoup de photos de nu mais en même temps s'insurge contre sa vision classique et ambiguë : "À une époque de clics croissants sur les sites pornographiques, un nouveau puritanisme émergeait dans de nombreux coins du monde. Malgré l’accès facile au porno et à la nudité, la réalité de la nudité est devenue quelque chose à cacher et à ne pas voir." L'artiste a alors compris que la réalité était la partie la plus intéressante de la nudité. Il a donc publié des images non retouchées "avec des ecchymoses et des boutons. Peau grasse et saleté" devenus des signes d’honneur et de lutte pour la survie dans un monde surdimensionné.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

18/05/2020

Laurence Boissier au jour le jour

Boissier.jpgLaurence Boissier est une narratrice qui au besoin scénarise son quotidien pour mieux nous rappeler le nôtre. Ses "carnets de lecture" sur le site d'"art&fiction" nous rappellent avec humour combien certains raisonnements sont aussi spécieux qu'irréfutables. Leur concision philosophique - dans le cas de sa fille - est des plus abrupte : "Après". Si bien, ajoute la mère éplorée, que "le porte-à-faux existentiel est garanti avec toutes celles et tous ceux qui ne s’alignent pas sur cette logique.".

 

 

Boissier 2.jpgSes chroniques sont des petis bijoux. Laurence Boissier épingle ce qui nous parasite et sur lequel nous ne pouvons pas grand chose. Mais l'auteure en démine le stress en tentant de rire - sinon de tout - du moins de ce qui est possible. Histoire aussi de décoder non seulement la psychologie des adolescents mais celle des adultes dont le mari de l'auteure devient le parangon.

 

 

Boissier 3.pngSa mère n'est pas oubliée pour autant. Bonne fille Laurence Boissier lui fait du thé tandis qu'elle lit sur l'écran de sa liseuse aux caractères démesurés des aventures extraordinaires. La fille est oubliée : la mère est plongée en une histoire indienne "dans la poussière du fort de Lucknow assiégé par les rebelles". Le thé croupit dans la tasse et "les roues d’un tracteur passant sous ses fenêtres sont celles du char qui transporte les morts vers la fosse". La pauvre fille ne fait pas le poids. Pour preurve elle s'éclipse avant de revenir plus tard vers nous pour évoquer d'autres moments drôles, émouvants, incisifs. C'est un régal.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir aussi : "Safari" et "Fonds d'écran d'artistes",  art&fiction, Lausanne, 2020.

Claire Guanella : sérénades matinales

guanella.pngClaire Guanella, galerie Hostetter, Fribourg, du 14 mai au 13 juin 2020.

La peinture de Claire Guanella ne vient ni de la main, ni de ses outils, ni même de la tête. Elle vient de l'intensité et de la rigueur préparative et muette d'un esprit qui ne savait rien de l'heure où elles seront mises à jour mais qui sont déjà en acte pendant le sommeil de la créatrice.

guanella 2.png

Existent en conséquence des sortes de sérénades, des chants à l'apparent et son mystère. Elles s'adressent au visible ou plutot à la visibilité qui résonne dans l'espace et s'y établit comme des "objets" concrets, tangibles.

 

Guanella 3.pngL'artiste désarçonne par les incongruences sémantiques là où s'instruit un sens sans chercher à tout prix à construire quelquechose de linéaire. Vient le plaisir de la profération où les formes se succèdent et se renforcent les unes les autres, subordonnant à la syntaxe visuelle une puissance évocatoire en des translations, des opérations d'innocences selon une force qui appelle la protection du songe dans un regard de l'aube.

Jean-Paul Gavard-Perret