gruyeresuisse

02/03/2020

Claire Guanella : le regard de l'aube

Guanella.jpgClaire Guanella, galerie Hostetter, Fribourg, du 6 mars au 4 avril 2020.

 

Dans ses travaux de préparation - voir, contempler, remarquer, photographier dans sa tête - Claire Guanella entame son processus créatif avant de les réaliser dans ses différents ateliers : deux en ville, un en France voisine. 

 

 

Guanella 3.pngMais - et tout autant -  dans son lit pendant ses insomnies, entre rêves, cauchemars et éveil, elle cherche déjà des thèmes, échafaude ses projets, en cherche couleurs, formes et angles. Au besoin elle décompose des images de ses travaux réalisés et de nouvelles possibilités apparaissent. Jour venu elle peint et imagine. Et ce afin que "L'usage du monde" cher à Nicolas Bouvier prenne un nouveau sens à travers ce qu'elle transforme.

Guanella 2.pngL'apparent se dissout en un chant plastique qui s'adresse au visible : la peinture résonne dans son espace et s'y établit comme un "objet" concret, tangible même si elle reste pourtant et théoriquement plus indicible  que le réel. Le tout en des chemins sapientiaux et sensoriels qui allaitent les translations dans des opérations où la force apparemment superficielle de la peinture appelle la projection du songe pour des vision désobstruées et afin de créer un regard de l'aube.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/03/2020

Les ciseaux et les rêves : Lydie Planas

Planas.pngA la césure du souffle, dans l'affrontement du dire "S’enchapent les mains, (..) / S’engloutit la mémoire à l’archet du temps /S’entrelacent les signes à la mesure de l’écho" de ce qui ne se dit que sous forme d'ébauche dans la pudeur des sensations perdues. Reste la rocaille du basculement dans les pénombres du passé. Quelqu'un manque et soudain comme disait un autre poète tout disparait. Mais tout se brosse aussi - comme la couverture du livre- de violet. 

 

Planas 2.jpgMais sans bouquet que Lydie Planas aimait pourtant cueillir. De l'amour ne reste que les traces. Pas même le verbe aimer quand " me tourne l’aile d’elle sans retour d’elle, s’ourle l’elle sans aile à lui, rouet qui m’entourne, m’enroule, me roule à tordre le rire du fil de lui". Entre les déroutes et les éboulements du désir et ses anciens enroulements et soulèvements "se démembre l’ombre du corps au ressac de mes jambes". 

Planas 3.pngDe ""l'autiste silhouette", de la folle admiration qu'elle causait ne demeure qu'un non lieu sans terre, eau, ciel. Et c'est à peine si les plus pudiques des larmes s'émettent en suspens là où la solitude démesure le temps une fois que ses cordes se sont retirées et que tout se dit dans le vide et  à tristes tires d'ailes. C'est ainsi que Lydie Planas répond maintenant que rien n'oblige sinon d'un nécessaire abandon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lydie Planas, "Je anatomique suivi de Dites", Richard Meier, VOIX éditions, 2020.

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29/02/2020

Les décalages nécessaires de Vénus Khoury-Ghata

Vénus.jpgLe monde de Vénus Khoury-Ghata est celui des atrocités du monde d'hier comme d'aujourd'hui. Mais l'auteure pour les dire invente une poétique de déphasages faite d'humour (parfois) et de gravité (surtout) afin d'éviter les simples effets de surface de la sensiblerie. L'intelligence est toujours au rendez-vous dans ce qui veut paraître les exercices de sapience des plus élaborées pour tordre le cou à la guerre et ses conséquences : exils, meurtres, mépris des femmes.

La poétesse évoque celles-ci sans faire de sermon mais pour les faire sortir du silence lorsqu'elles servent de torchon ou de repos au guerrier. Le féminin avance là où le gouffre de l’être se transforme en une maison aux mythes et empreintes aussi archaïques qu’utopiques. L'artiste ose une forme d’«incompossible» pour un passage à la conscience.

Venus 2.pngLa poésie se refuse au chant lyrique pour que sa symbolique et sa lutte soient plus fortes jusque sur les draps qui sont moins maculés d'amour que du sang des assassins. Vénus Khoury-Ghata reste à la fois toutes les femmes et la nageuse d’un seul combat là où le monde ne connaît que les mémoires étouffées, noyées, brûlées. La créatrice les réanime.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vénus Khoury-Ghata, "Demande à l'obscurité", Editions Mercure de France, Paris, 100 p., 15 E., 2020.

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