gruyeresuisse

04/07/2020

Joan Haseltine : voyages en solitudes

Haseltine_Joan 2.jpgJoan Haseltine propose le début d'histoires. Tout reste dans l'ordre d'un certaine suspense et d'une attente. Personnages et objets sont isolés dans le cadre et tout est présenté de manière aporique. La photographe présente de la manière suivante son objectif : "une exploration du veuvage, créée à travers la lentille d’influences cinématographiques."

Haseltine_Joan.jpgS'intéressant à "l’objectivation des femmes dans le cinéma dans les années 50 et 60", l'artiste les transforme en métaphores de son propre voyage dans des endroits qu'elle ne connaît pas. De tels lieux émanent la solitude, un isolement et la douleur qui est suggérée suite peut-être à des peines de coeur.

Haseltine_joan 3.jpgCouleurs, lumières et un certain stylisme créent des narrations sans début ou fin. Reste une état de latence qui, rappelle Joan Haseltine, "parle de ce que j’ai vécu." La créatrice décrit des états de vulnérabilité mais dans lesquels se perçoit une beauté dans la banalité. La création s'enracine en une solitude parfois nimbée en un certain confort toujours provisoire. Toutes les femmes de l'artiste semblent de passage mais rivées à un isolement sans fin. Vibre une discrète lumière. Les visages restent néanmoins  avides d'impalpables demains. Virevolte sourdement l’invincible jouissance qui tient encore au corps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Joan Haseltine, "La fille en Robe Rouge et Autres Histoires", 2020.

27/06/2020

Entre elles : Isabella Sommati

Sommati.jpgA sa manière et en photographiant les femmes d'une équipe de football Isabella Sommati leur donne un répit et un autre campement.  Le rôle que la société leur impose est changé grâce à l'aire de jeu.  Les sportives sont saisies ici backstage : à savoir dans le repli de leur vestiaire.

Sommati 2.jpgEt si parfois un dos anonyme est nu l'Italienne ne cherche pas pour autant à théâtraliser des scènes implicitement lesbiennes comme c'est souvent le cas dans le shooting du football féminin - en ce sens plus libre que son grand frère chez lequel l'homosexualité reste un tabou. L'artiste et ses modèles ne cherchent pas plus la pose et la beauté marmoréenne. La sueur au corps le fruit autant de la conquête d'un trophée que le plaisir de se retrouver dans un espace de liberté et de partage entre femmes.

Sommati3.jpgElles viennent des hauts ou des bas quartiers de la ville, de divers milieux et sont d'âges bien différents. Le vernis du glamour éclate. Le temps est à un hors cadre social loin du capot des robes et des fards. Plutôt que d'essayer les recettes de séduction les femmes redeviennent amazones en s'attribuant un sport par essence patriarcal dont elles transforment l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

20/06/2020

Vicky Martin et l'image "saccharine" des femmes

Martin bon.jpgVicky Martin est une photographe reconnue dans son pays d'origine (Royaume uni) comme à l'international. Son travail continue remporter de nombreux prix et nominations. La plasticienne explore l’identité et les émotions qui sont créées par ses scénarios. Ils mélangent le réel et l'imaginaire avec humour. De tels récits explorent l’attitude envers la beauté. Certains soulignent la nécessité de passer ouvre les attentes sociales, d’autres explorent comment ces stéréotypes entrent en conflit avec ce que signifie être une femme.

Martin.jpgDivers conflits entre la réalité et son fantasme forcent le regardeur à se poser des questions. Chacun y apporte ses propres perceptions et grilles de lecture. L'objectif de l'artiste est toujours le même : "Mon intention est de transmettre ces émotions et de les combiner avec des sentiments contradictoires d’ambivalence et de défi, car mon personnage est submergé par la pression sociale pour se conformer à l’idéal féminin." à travers portraits et natures mortes.

 

MarTin 2.jpgVicky Martin illustre la poursuite de cet idéal inaccessible de l’identité féminine. Dans cette série la créatrice ramène aux années 50 qui ont souvent conduit des femmes à ressentir des sentiments intenses de solitude et d’isolement. A cette époque elles ont été façonnées pour devenir "une image saccharine de la femme parfaite, de la femme parfaite et de la mère parfaite." dit-elle. Sa protagoniste et ses clones continuent de ressentir la même pression dans la société actuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vicky Martin, "(great) Expectations", www.vickymartinphoto.co.uk