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25/09/2019

Une femme libre : Charlotte Perriand

Perriand.jpgL’architecte et designer Charlotte Perriand (1903-1999) a transformé à sa main la place de l'art dans la vie quotidienne. Pour cette pionnière du design, l'objet ne fut jamais traité pour lui-même dans une problématique "art pour l'art" mais pour ses utilisateurs : "Le Métier d’Architecture c’est travailler pour l’homme.» affimait-elle. A l'inverse d'une Andrée Putman elle s'intéressait à un public plus populaire. Elle voulut entre autre faire venir le public populaire dans les stations de ski de Savoie.

 

Perriand 2 bis.jpg

 

 

Très jeune elle étudie l'architecture avant d'ouvrir un atelier à Paris où elle fit du dessin avant de se tourner vers l'architecture. Son intérêt et sa curiosité pour le mobilier d'intérieur l'ont amenée à collaborer d'abord avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Elle travaille alors sur des réalisations majeures telles que la Villa Church, la villa Savoye, La cité du refuge de l’Armée du Salut et le Pavillon suisse à la cité universitaire.

 

 

 

 

Perriand 3.jpgCelle qui voulut changer le rôle de l'artiste dans et pour la société, après son séjour au Japon, revient avec le goût pour les lignes épurées. Elle créa aux Arcs des structures originales avec cuisine ouverte sur les autres pièces d'appartements accessibles clés en main avec le mobilier qu'elle inventa pour de tels espaces.

Perriand 2.pngL’importante rétrospective de la Fondation Louis Vuitton met en exergue ses liens avec les artistes (Miro, Calder) et offre une vision renouvelée d'une oeuvre caractéristique par son engagement et sa liberté. Elle fait ressentir l'aura, le charisme et la bienveillance d'une artiste d'exception et visionnaire. De plus cette monstration retrace l'importance pour l'artiste de la nature - et plus particulièrement la montagne - et propose des reconstitutions qui intégrent des œuvres d’art sélectionnées par la créatrice au cours de sa vie afin d’incarner sa vision de la synthèse des arts. Les textes du livre qui accompagne l'exposition évoquent cette expérience selon différents axes pertinents. Ils ouvrent bien des perspectives et cernent la complexité de l’oeuvre d'une artiste qui se moquait de la notoriété.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, "Le Monde nouveau de Charlotte Perriand", Édition sous la direction de Jacques Barsac et Sébastien Cherruet, coll. Livre d'art, Gallimard pour l'exposition Fondation Louis Vuitton du 2 octobre 2019 au 24 février 2020.

23/09/2019

L'image reste la même - Paul Graham

Mack.jpgA travers la seule image de sa mère Paul Graham explore la fin de vie et les lents ravages du temps. Ces portraits montrent la figure maternelle endormie, yeux clos dans presque chaque photo. Au coeur de ce travail l'enfant et sa parente voient leurs rôles inversés : ce n'est plus elle qui veille sur lui, mais lui sur elle et celui qui fut créé devient le créateur.

 

 

 

Mack 2.jpgElle est toujours asssise sur la même chaise et la lumière l'enveloppe à travers la fenêtre. De telles poses révèlent une tendresse pudique et presque ineffable en dépit d'une vision frontale pleine de résonnances subtiles au sein de détails où les émotions sont juste caressées.

AMack 3.jpgvec une rigueur géométrique et un rythme emprunté au silence les photographies invitent en leurs camaïeux de couleurs grises et bleues à une méditation par l’entremise des rais lumineux. Rien n’est dit. Mais certaines images valent mieux que mille mots.

Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Graham, « Mother », Mack, Londres, 2016, 60 p., 40,50 £.

21/09/2019

Transports de Fanny Gagliardini

Gagliardini bon.jpgFanny Gagliardini, "Dedans Dehors Dehors Dedans", Orangerie du Chateau de Voltaire, Ferney-Voltaire, du 26 au 28 septembre 2019.

 

N'ayant pas - et à juste titre - décroché de certaines avancées du siècle dernier (comme celle de "support/surface"), Fanny Gagliardini crée  des féeries impressionnantes selon une forme d'abstraction qui n'est pas forcément au service d'une métaphysique mais à la recherche de formes géométriques.

Fanny Gagliardini 2.pngL’anonymat est décliné sous aspects de structures en pans, fragments voire parfois coupures.  Les oeuvres créent une énergie paradoxalement festive à la fois dans ce que l'artiste nomme "un opéra de lumière" ce qui n'empêche en rien à cet art de "penser".

 

 

Gagliardini 3.jpgLa puissance immobile, épurée est chargée de silence. Tout suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. L'oeuvre est dégagée de facticité aguicheuse ou de pure « façade ». L’imaginaire graphique permet de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret