gruyeresuisse

08/06/2020

Les accueils de Connie Hüsser

Husser.jpgConnie Hüsser, "Objects with love", Galerie l'Elac, Renens, Du 10 juin au 3 juillet avril 2020,

Magasin de curiosité in situ et hors cage  : tel est ce que propose celle qui a été couronnée par le Grand Prix suisse de design 2019. Journaliste et styliste Connie Hüsser est fascinée par les jeunes talents et le design. Elle aime le fait-main, le coloré et l'inattendu et les présente  ici sur des plateaux fantastiques.

Husser 3.jpgElle a eu l'idée aussi simple qu'originale de rassembler  et de mettre en espace ses objets préférés dans une exposition  où l'intime rencontre l'extime avec fantaisie mais aussi un certain sens du rituel. Le désign des choses prend ici une dimension inattendue, prégnante et belle. Sous ce qui pourrait n'être qu'un bric à brac, Connie Hüsser propose un "ordinare" à la fois surprenant, drôle et documenté.

Husser 2.jpgCette exposition à sa manière est une perfection. S'y ressentent les motivations et les goûts instinctifs et conscients de la metteuse en scène d'un superbe ensemble. Les objets, s'ils n'abolissent pas le hasard que la créatrice organise, créent des rencontres. Ils peuvent parfois tenir au coeur de la main et ils instaurent le jeu de la vie, à l'appel de la jetée. Ce sont comme de petits mots du matin là où l'objet ne biffe par l'être mais lui procure des plaisirs.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/06/2020

Selina Baumann et l'ironie du réel

Baumann.jpgSelina Baumann, "Variété", Galerie Laurence Bernard, Genève du 11 juin au 25 juillet 2020.

 

La galerie Laurence Bernard présente la première exposition personnelle à Genève de l’artiste Bâloise. Double lauréate du prix Kiefer Hablitzel elle propose ses sculptures de céramique aux formes très différentes les une des autres - ce qui n'enlève en rien la cohérence de son travail à la fois figuratif, abstrait, ornemental même si l'oeuvre garde une propension expérimentale.

Baumznn bon.pngSous l'aspect "artisanal" de son travail, l'artiste joue néanmoins dans la cour de grands artistes car elle est  à la recherche de formes inédites. Elle appuie sur le registre de la jubilation dans ce qui tient néanmoins d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement et la surprise.

Baumann2.pngEn dépit de la multiplicité des formes Selina Baumann retourne  vers un certain dépouillement même lorsque la surcharge semble s'imposer. Des structures fondamentales et premières résistent là où le fantastique pointe son nez mais reste néanmoins bridé. La créatrice souffle le chaud et le froid, la légèreté et la profondeur, bref elle jette le trouble. Comment tant de possibles peuvent affleurer dans ses sulptures ? On ne peut le dire, mais un rayonnement perdure et efface les pensées de néant ou à l'inverse de Dieu en introduisant soudain non à l’origine mais de l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’inventer. Surgissent à travers les sculptures des fantômes : ceux qui nous habitent et dont nous mêmes nous ne possédons pas forcément la clé tant l’inconscient nous trompe et nous domine.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2020

Quand la préciosité n'a rien de ridicule - Patricia Glave

Glave.jpgPatricia Glave, "Les Gracieuses", Abstact - artcontemporain Lausanne, Exposition du 7 juin au 4 juillet 2020

Après un séjour de six mois de résidence en 2018 dans la capitale internationale de la porcelaine à Jingdezhen (Chine) puis un an plus tard au EKWC (Hollande), Patricia Glave propose une recherche des plus sophistiquées dans un dialogue entre matières (verre, céramique, bronze, etc.) et l’Occident et l’Orient.

Glave 2.pngPoursuivant une recherche esthétique et philosophique inspirée de diverses mystiques la Lausannoise développe sa réflexion sur le rapport au corps (et sa représentation symbolique) à travers des sortes de métaphores pour en souligner les forces et les faiblesses.

Glave 3.pngSon travail avec le temps s'éloigne d'une certaine crispation qui était là pour jouer parfois du grotesque, de l'humour et de la sensualité afin de souligner le cynisme d'un certain patriarcat. Désormais ses "Gracieuses", comme "Les Précieuses" ou "Les Délicieuses" deviennent comme elle le précise des " Memento Mori qui font prendre conscience qu’une « vanité est une catégorie particulière de nature morte dont la composition allégorique suggère l’évocation du caractère transitoire de la vie humaine". Mais parallèlement, ces visions offrent une présence du corps de la femme aussi charnelle, précieuse qu'envoutante.

Jean-Paul Gavard-Perret