gruyeresuisse

15/04/2014

Christiane Grimm : le dehors renversé

 

 

 Grimm Bon.pngChristiane Grimm, « Still, the Film - Hors-Champ, Derborence »,  4 avril - 25 mai 2014, Centre de la Photographie, Genève.

 

 

 

L’espace de la photographie devient parfois chez Christine Grimm celui du passage, de l’entre. Et pas seulement entre deux gares. « Je ne parviens à rien faire d’autre que vivre l’entre : entre-deux, entre temps » semble signifier l’artiste. Ses clichés captent le temps qui défile en images. Spacieux et fluide, décomposé comme soufflé par une mouvance presque abstraite il est fait de champs de pans et de lignes. Christine Grimm sonorise l’air et les éléments que la vitesse ou à l’inverse le statisme  déconstruit pour les recomposer. Des vies inconnues, des paysages entrevus s’envolent. Le regard de la créatrice choisit le détail qui propose une prise épiphanique dans la plus grande simplicité. De telles présences créent une énergie légère, aérienne et cèdent où la ressemblance est remplacée par la séduction nécessaires de murs, de dérives de ciel aux pylônes de septembre.

 

 

 Grimm good.jpgLa photographie épate même lorsqu’elle se floute afin de résilier l’anecdote. Elle désire avant tout ouvrir une fenêtre qui, à travers le monde que l’artiste fait entrer, lui donne vue, lui donne vie. Comme elle nous avons besoin d’un ciel, d’un bruissement. Car la conscience n’aime pas l’invisible, elle n’aime pas non plus se dissoudre, se confondre dans le pur néant. Il lui faut une présence. C’est pourquoi sans cesse chez Christiane Grimm une ère visuelle doit reprendre. A coups d’impressions, d’esquisses, de structures  l’œuvre sous son apparent désir d’  « abstraire » va vers un espace qui ne peut se manifester que par le passage. Il y a là des trajets et des contre trajets. Tout est là non seulement dans l’étendue mais dans le mystère intime de l’émotion. Un « là » immense et intime. Ferme et fluctuant. Furtif et évident.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

09/04/2014

Le « cinéma » muet de Marion Tampon-Lajarriette

 

Tampon.jpgChaque photographie de Marion Tampon-Lajarriette propose voyage par forcément exotique. Loin de cette propension lorsqu’elle pourrait être possible l’artiste cherche à détruire le silence par une découverte des lieux les plus simples comme des panoramas les plus grandioses. Elle les montre en réinventant la perspective inventée par la Renaissance ou à l’inverse réduisant le champ par divers fragments. Face à l’éblouissement demeure un travail de résistance qui ponctue la simple exaltation. De  Genève la photographe réapprend au regardeur  à ouvrir les yeux. La sensation est océanique même au milieu des terres. La perception devient le rêve au moment où l'ici-même s'éteint au profit de l'ailleurs. Mais l’inverse est tout autant présent. Photographier devient une pensée sans discours.  

 

 

Tampon 2.jpgMarion Tampon-Lajarriette se fait sorcière par intelligence et affect face à l’impact des mondes. Son théâtre est un philtre d’atmosphères, d’effluves comme des fragments histoires qui font penser à des aventures cinématographiques : ses déserts rappellent  la  Vallée de la Mort  du « Zabriskie Point » d’Antonioni et ses scènes d’intérieur celles de Duras. Tout se passe moderato cantabile.  L’espace se consume sans se consommer. Il n’est pas nu, il est dépouillé afin d’ébranler les certitudes du fantasme et  de la réalité.  L’artiste retient ce qui se passe entre les deux. Chaque image devient le fragment d’un récit au conditionnel passé  plus qu’au futur antérieur. Reste le ludique et le cru -sans  voile mais sans exhibition. Marion Tampon-Lajarriette joue la rêveuse éveillée,  l’espionne dormante (la plus dangereuse) capable de provoquer des errances programmées, des dérives assumées. On pourrait dire qu’elle fait son cinéma. Mais un cinéma particulier : fixe et muet il bouge les lignes et parler le plus parfait silence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/04/2014

Les Instantanés d’Andrea Heller.

 

 

 

Heller 2.jpgAndrea Helller, Scheublein + Bak, Zurich du 16 avril au 30 mai 2014.

 

 

 

L’espace créé par Andrea Heller est une interrogation. Ce qui entoure libère, ce qui semble s’étendre librement crée un espace strict. Tout joue dans cette problématique sur le décalage. L’artiste saisit la puissance de l’artifice sur l’organique et ce qui se passe entre liberté et emprise. L’œuvre reste sur une ligne de crête : imaginaire et réel, abstraction et figuration, artifice et fait de nature crée des lieux étranges entre l’image et le monde.

 

 

 

Par de telles « fables » la créatrice cherche une symphonie plastique : l’ordre y règne mais il est renversant. C’est un théâtre chimique et alchimique. Le « spectateur » glisse d’un inconnu vers un autre.  Il y a des arrêtes, des plis, des vallons. Parfois, juste des pointes qui dressent leur pal. D’où les questions qu’imposent la contemplation de telles peintures : Où est dans ? Ou est le chemin dans ? Ce qui est devant nous n'a pas de dans mais fait semblant d'en avoir. L’œuvre d’Andrea Heller développe une suite de lieux intermédiaires et de change.  Le trajet de la langue plastique va du réel au virtuel mais c'est, à la base, un trajet physique. La difficulté d'en parler tient à ce réel et ce virtuel. Il y a déplacement de  l'un vers l'autre mais un déplacement-instant et dans le présent que le peinture fixe.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret