gruyeresuisse

24/08/2015

Les super-positions d’Alexandra Nurock

 

 

Nurock.pngAlexandra Nurock, "ça peut toujours être utile », Milk-shake Agency, Genève, à partir du 28 Aout.

 

Réalisatrice de documentaires, performeuse, scénographe la Genevoise Alexandra Nurock  offre des plaisirs délicats à travers ses travaux de céramique. C’est un moyen de regarder avec humour le monde. Le titre « ça peut toujours être utile » montre combien l’artiste ne se monte pas la tête. Elle préfère monter par superpositions divers vases en porcelaine et émail. Certains sous formes géométriques élémentaires (créé selon la technique  du « montage à la plaque ») ou des tubes d’aspect organique agencés à la main. Le face à face entre l’artiste et la matière permet une élaboration qui s’invente en avançant. Mixant des émaux de natures différentes l’artiste découvre la disposition finale qu’après la cuisson et ses aléas.

Nurock 2.jpgSurgissent des turgescences plus ou moins complexes rappelant autant le féminin (vases) que le masculin (portions de phallus)  et mélangeant leurs fonctions d’autant que les formes en s’émancipant de leur caractère normatif débordent de secrétions plus ou moins intempestives. Il ne s’agit pas seulement de leur refuser  « une vulgaire mission de servitude domestique car ils sont certifiés parfaitement étanches » précise l’artiste. Manière surtout d’ironiser des objets scénarisés au Milk-shake Agency sur des tables basses faites de plaques de verre et de portions de vagues copies  de chaises "designées" par Mart Stamm et Marcel Breueren. Manière d’ajouter un niveau supplémentaire à la critique des objets qui d’utilitariste deviennent aussi des fétiches de réflexion  sur monde contemporain par leur force poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/08/2015

Manon : rites de passage

 

Manon.jpgManon, Centre de la photographie, Genève, 18  Septembre – 21 novembre 2015.

 

 

« Après avoir trouvé le néant j’ai trouvé le beau » : ce qu’a écrit Mallarmé, Manon peut l’affirmer en  « fixant  » des transferts à la poésie particulière qui naît de situations aussi limites qu’ordinaires. Née à Saint Gall en 1946 l’artiste est une pionnière de la Performance en Suisse et crée des installations et des photographies. Elle s’est fait connaître dès les années 70 avec « The Salmon coloured boudoir » (1974). Elle a lutté pour une nouvelle distribution des rôles des femmes et a défendu la libération sexuelle. Dans ses séries  « Woman with shaved head » et « Ball of lonelinesses »  elle illustra la construction d’une nouvelle identité. La plasticienne a reçu de nombreux pris dont le « Meret Oppenheim » en 2008. Depuis sa présentation à la Galerie Écart en 1979, elle n’avait plus été exposée en  Suisse romande. Après ses expositions au Helmhaus à Zurich, au Swiss Institute à New York, au Kunstmuseum de Saint-Gall et au Kunsthaus d’Aarau, l’exposition au CPG met en exergue son travail photographique et les points importants de sa création.

 

Manon 2.jpgContrairement à beaucoup d’artistes féministes Manon n’a jamais cultivé la provocation ou le militantisme outrancier. Elle a toujours opté pour une approche fantasmagorique non sans luxe et une forme de volupté qui évoque autant le rêve que le cauchemar. L’artiste s’intéresse - âge venant  - au vieillissement et à la mort contre lesquels elle oppose un certain éros S. F. Plutôt que de réduire le monde au  presque au néant elle est animée d’une ironie poétique. Sous leurs « enveloppes » ses femmes sont  sensorielles et recèlent une beauté certaine. Le ciel devient terrestre. Une beauté cachée surgit d’étranges cocons moins funèbres que lumineux en dépit de quelques éléments inquiétants. Feinte d'incarnation, détour sont les deux opérations conjointes de l'image chez Manon. Entendons par là ce qui la fait accéder au statut de lieu où le visible transfiguré, transformé est livré au vertige virtuel comme l'être lui-même est offert à ce trauma perceptif là où il est retourné comme un gant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/08/2015

Maxine Helfman faces et interfaces

Helfman 3.jpg 

Par ses portraits subversifs Maxine Helfman  réinterprète  les notions de couleur, genre et classe. Dans sa série des « geishas » elle remplace les japonaises pas des afro-américaines. Dans sa série « Fabrication » elle propose des portraits de jeunes noirs qui portent des habits féminins. Dans la plupart de ses séries il s’agit de revisiter l’art du portrait tel qu’il était décliné dans l’art occidental. Inspirée par différentes périodes de son histoire elle la réinterprète selon un point de vue contemporain. « Les modes et les cultures changent désormais tellement que les diverses influences et catégorisations sont de plus difficile à définir » écrit l’artiste. Helfamn 2.jpgEt plutôt que d’en tenter une impossible nomenclature elle préfère offrir une surenchère iconoclaste afin de créer de manière pertinente une série de fausses pistes.

 

Genres et «races » sont redéfinis dans une entreprise qui montre combien les vieilles normes sont de moins en moins opérationnelles. Ce qui est d’une certaine manière réconfortant. L'artiste reste autant provocatrice qu’habile stratège. Son théâtre  qui ne bascule jamais dans l'obscène propose même l'inverse : helfman 1.jpgune rédemption réparatrice aux vieilles nomenclatures. Elle se double d’un pied de nez au monde de l’art. Mais il faut moins y voir une farce que la création d'une œuvre  "classique" dans sa forme et originale par son propos. Il pousse à bout ses ambiguïtés en donnant à l'humanisme et/ou à l'humanité un nouveau sens.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret