gruyeresuisse

19/01/2015

L'élégance de la lumière - Anne Blanchet

 

blanchet.jpgLe travail d’Anne Blanchet est  inspiré par l'art minimal et conceptuel des années 1960. Elle l’a découvert aux Etats-Unis et la Genevoise s’est très vite située dans la suite de Donald Judd  et Carl André dont elle partage les réflexions sur l'espace, le choix de matériaux industriels et  la création plastique orientée sur la structure et non sur le geste. Proche aussi des recherches  sur la théâtralité, la blancheur (ou plutôt le "blank" de l'anglais)  et sur la disparition d’un Beckett elle propose sa propre déclinaison par l'utilisation des technologies de pointe et le mouvement. 

Blanchet 2.jpgLa neutralité supposée  lutte contre bien des doxas. L’image ni ne "s'envisage" ni  se "dévisage" : tout se passe en une froideur qui provoque paradoxalement une présence fascinante. Chaque œuvre devient une évocation "orpheline" du monde, proche du silence mais où le vide n’est pas forcément mortifère. Peu encline à l’effusion l’œuvre propose des gouffres mais affiche tout autant des féeries au sein du quotidien banal. S’élevant contre tout ce qui dans l'art  préside au désastre croissant de l'imaginaire la créatrice provoque des érections de lumière en passant de l'endroit où  tout se laisse voir (comme sur un écran)  vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance du réel incisée de nouvelles présences.  Une cristallisation,  une scintillation giclent par la force de la blancheur.  Il faut savoir contempler de telles œuvres comme un appel intense à une traversée du  temps et du  réel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/01/2015

Dais clairs de Zoé

 

 

Zoé 3.jpgQuatrième intervention dans les vitrines des Mouettes. « Des femmes en forme », Zoé de Soumagnat et Esther Girard, Visible depuis l’extérieur jusqu’au 1er mars 2015, Collectif RATS
1800 – Vevey

 

 

 

 

 

Zoé de Soumagnat.jpgZoé de Soumagnat accompagne de bleu le bleu, le blanc de blanc en constituant  des mythes sans référence et des mimétismes qui ne renvoient à rien. L’acte n’est pourtant pas gratuit mais échappe à bien des déterminismes. Chaque image devient métaphore des métaphores. Dans son caractère « mineur »  elle crée ce que le directeur du Mamco Christian Bernard nomme lorsqu’il se mue en poète « de regains instants frisants sans autre suite ».  L’image garde la lourdeur infinitésimale d’un battement de jambe dans l’eau, le coup mat d’un oreiller sur la tête. La lumière à peine accompagnée de ciel fait que l’anxiété paradoxalement s’éloigne. La couleur de la transparence devient un alphabet iconographique présent pour brûler les paroles.  Preuve qu’un certain plaisir n’appartient qu’à ce qui échappe et dont Zoé de Soumagnat offre la libération loin de toute torpeur ou de gangue en ses fouilles et  frondaisons aquatiques ou non.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:02 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2015

Poésie plastique d’Anouchka Pérez

 

Pérez 2.jpg

 

Anouchka Pérez, « Hiver 2015 », La Place des Arts, Lausanne, du 22 janvier au 7 février 2015.

 

 

 

Une fois que le regard s’est posé sur les œuvres d’Anouchka Pérez il ne les quitte pas.  La pensée court, cherche un sens dans les intentions du défi plastique et « littéraire » de l’artiste.  Les mots prennent en notre imaginaire des prolongements car il se nourrissent de celui de l’artiste.  La sensualité remplace tout propos discursif. Elle se glisse dans des tableaux où support et surface ne font qu’une seule « étoile ».  Ils ne sont plus une dualité mais ramènent à l’ambiguïté essentielle de tout langage. Entre image et mot il y a donc moins contraste qu’hymen. Au principe du double se substitue  l’union intime par la matière et le choc émotif qu’elle crée. A partir des mots l’image devient captivante, suggestive et précise. Nulle littérature  en cela mais de la poésie pure par la conjonction des mediums et des langages. Doublant verticales, horizontales et obliques  les mots font masses plastiques selon une maçonnerie ou une menuiserie imparables. Comme l’écrivait André Pierre de Mandiargues lorsqu’il évoquait les mots dans la peinture, ceux d’Anouchka Pérez « salent » voire pimentent très fortement la notion même d’image pour la métamorphoser. Nous pouvons que plaindre ceux qui préfèrent manger fadasse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret