gruyeresuisse

12/09/2014

Laura Vazquez : la lame nue

 



 

Vazquez.jpgLaura Vazquez, « Le système naturel et simplifié », Editions Derrière la Salle de Bains, 10 €, 2014

 

Que faire avec les images sinon les transformer en mots lorsque là seule vision possible ne peut plus passer par elles. C’est pourquoi Laura Vazquez peut appeler son système « simplifié »  dans la mesure où il présente le plus complexe de la lutte entre dehors et le dedans  et entre les genres : la femme devient lame nue – donc objet contondant). Avec tout ce qui rentre et dépasse, tombe et qui appartient au corps autant qu’il ne lui appartient pas. Avec – donc – la maladie de l’amour et le mal de ventre. Ce qui l’habite dans la douleur sourde parfois et dans le plaisir qui mord. D’autant que les mots inventent l’image par leur musique. Une musique de nerfs plus que de sentiments.

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Une musique du corps sans forcément la sueur, sans un processus larvaire mais dans ce que toute essence du corps possède de mental. Bref c’est une musique de tête qui arrive moins du dehors que de dedans. Dans ce qui tient de la fugue dont le corps reste autant le départ que celui d’arrivée. Les corps s’y appellent sans nom dans l’incarnation du souffle.  Quelqu’un parle, quelque chose à travers ce système du fait (pas si  naturel que ça) où le lecteur se fraye un chemin  là où les mots relient, divisent, rameutent de leur brin d’acier des scènes redoublantes. L’écriture est la visiteuse, la marque d’une ouverture secrète, d’un passage étranger. Laura Vazquez le montre au plus profond, plus loin : c’est la marque jusque là manquante du mystère.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

08:08 Publié dans Femmes, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

10/09/2014

Aurélia Aurita la voluptueuse Méduse

 

 

 

 

 

aurita.jpgAurélia « exposition », BD-FIL et galerie Humus, Septembre 2014, Lausanne

 

Réédition (augmentée) de « Fraise et Chocolat » (Les Impressions Nouvelles)

 

 

L’éducation sexuelle rend de la bonne B-D érotique lorsqu’Aurélia Aurita s’en empare. Avec le presque autobiographique « Fraise et Chocolat » (aka Chenda et Frédéric) et le quasi reportage de «  LAP ! Roman d’apprentissage » le genre calorifique devient drôle et inspiré. La B-D trouve là  du toupet à l’âme et un cœur bien trempé dans un lit de fer que les amoureux font battre pendant qu’il est chaud. Dans chaque vignette il y a des tentations en merveilleux sous-bois de dentelles. Les jambes y sont belles et les mâles bien bêtes. Mais l’artiste  d’origine nippone ne s’en plaint pas : elle sait faire l’ange pour qu’ils le soient plus encore. Puis elle prépare  un café, regarde des livres, note au grand cahier ses rêves. Tous sont insolents mais rose tendre. Douceur oblige lorsque le ciel est un buvard bleu.

 

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L’éros part du cœur pour aller de bon corps jusqu’à la joie. L’homme y est sans majuscule dans celle de son prénom qui le confit en fraise et le rend chocolat. Aurélia Aurita pour le scénariser se fait somnambule, violoniste et au besoin presque incestueuse car elle devient mère des vices autant que femme  au parfum de menthe religieuse. Pyrowomane ironique et fétichiste elle ne crée ses dessins que sous le feu de la passion. Reportage ou apprentissage qu’importe : la femme est belle jardinière. Parmi ses fleurs. Barbie et barbichon ne sont pas réunis pour un duo des nonnes. Maîtresse des pleins et des déliés la nyctalope voit dans les nuits intérieures de ses zèbres. Afin de s’en moquer elle se fait mouette rieuse plus que chouette. Brisant le joug des corps elle libère les âmes arts. Surgissent alors bien des instants de faiblesse. Avouons qu’ils font bien notre affaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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03/09/2014

Invétérées vertébrées : histoires d'os de Fabienne Radi

 

Radi bon.jpgLes chroniques de Fabienne Radi : « Peindre des colonnes vertébrales », automne 2014, MAMCO, Genève.

 

 

 

Lire les « leçons » de sémiologie de Fabienne Radi est un pur délice. Elles restent les parfaits contraires de celles de Barthes. Arguant de plaisir du texte ce dernier renvoya ses propres exégèses  au rang de purges. Cultivant lors de ses études un certain ascétisme Fabienne  a néanmoins lu ces pensums. Mais ce fut comme prendre un  taxi pour rejoindre le centre ville de ses propres préoccupations. Entre autres la place de la femme dans l’art et l’idéologie. En son nouveau samizdat  l’iconoclaste n'y va pas par le dos de la cuillère. Elle préfère celui d’égéries dont elle est le fleuron. «  La féminité c’est du boulot » écrit-elle. Et que ça se passait jusqu’à des temps récents au niveau du dos n’était pas que la ciné-cure de soap-operas (qu’une Simone eut beau voir sans un certain recul avant de sacrifier à la prise photographique -entre autres - de son amant américain).

 

Radi 2.jpgLe plus profond dans l’image de nu étant la peau et ses pilosités la Genevoise rappelle comment l’histoire de l’art a provoqué des torsions du buste afin de cacher sans effet de voile ce qu’on ne saurait voir. Les séries américaines d’ailleurs jouent toujours de cette figure de style qui pallie parfois à l’absence de remontée de draps. Et sans oublier en des temps peu éloignés le fameux plan du « Mépris » de Godard.

Pour calfeutrer le pubis, l’évitement pas surrection du dos offre une colonne d’air aux fantasmes. Et Fabienne Radi de rappeler  que la féminité qui « était dans les nattes est partie dans les colonnes vertébrales ». Il y a là un certain suivi physique sauf  « qu’on ne tresse pas les colonnes vertébrales et qu’il n’y a pas de hernie capillaire »… Celles-ci rappellent forcément la nudité mais de manière obviée. Pour le souligner l’œuvre de Nina Childress vient judicieusement illustrer la thèse : hommes et femmes y ont bon et beau dos et semblent sortis des « nudies »  films hypocrites tournés à la va vite dans des camps de nudistes comme succès damnés afin de biaiser la censure des années 50-60 sous couverture (si l'on peut dire)  de reportages naturalistes propres à ravir les frustrés.

 

 Childress_2.jpgLes colonnes vertébrales gardent en effet l’immense mérite d’être complétées vers le bas par des fesses rebondies et parfois siliconées afin d’accentuer leurs vallées et promontoires. Reprenant l’histoire du corps dénudé tel qu’il fut décliné dans les arts populaires aux USA Fabienne Radi souligne l'astuce annonciatrice des prémisses de la contre-culture. L’auteure prouve que ce qu’elle nomme le « cucul la praline » grince tout en attendrissant ou cultivant le fantasme. Qu’importe si la femme affiche un sourire un peu forcé : le mal est fait et le mâle refait. Les vertèbres créent une colonne qui n’a rien de pénitentiaire. Sur la chaîne osseuse le regard pointe : « Voilà en tous cas un dos qui raconte pas mal d’histoires » dit Fabienne Radi : qu’ajouter de plus ?

Jean-Paul Gavard-Perret