gruyeresuisse

02/06/2021

Ouvroir d'insanités très potentielles : Ursula Knobel

Knobel.jpgLes élues et leurs compères d'Ursula Knobel créent un  bestiaire acidulé. Nous comprenons très vite que parmi ces drôles de zèbres, des dodues ou des maigrichonnes optent pour l’assomption de leur mont de Vénus afin de prendre leur pied. Elles veulent enfin pousser la note bleue que Freud prit pour l’apanage des hystériques. Ursula Knobel  est plus lucide : ses personnages les plus masculins et velus sont capables de mêmes contre-uts. Notons au passage que l'artiste les met souvent en marche et en quête de masseuses perverses pour qu'ils puissent se refaire une santé aussi bien mentale que charnelle.
 
Knobel 2.jpgDans chaque aquarelle, côté mercure, la température est au plus haut. Si bien que l'on peut se demander si l'artiste - pour sa technique - n'utilise pas de l'eau bouillante plutôt que de l'eau bénie de fonds baptismaux. Ici les messes sont câlines. C'est pourquoi il est demandé aux amateurs de romantisme de passer outre.  Les créatures dépotent un maximum. Et pour ses portraits hirsutes et souvent riches en pilosité l'artiste savonne la planche où ils glissent afin d’aller d’un lit de stupre à une autre de fornication. Qu'ils soient gigolos ou belles de cas d'X n'a que peu d'importance.
 
Knobel 3.jpgReste une collection drolatique de satrapes plutôt que de trappistes. S'y découvre une strip-teaseuse de la barre pour peu qu’elle ne soit pas oblique.  Et ses glandes mammaires deviennent des pétards affriolants.  Bref le régal est à chaque dessin. Si bien que sur les racines grecques et chrétiennes de l'art poussent des rhizomes imprévus là où l'ange cultive la bête et la seconde le diable dans ces facéties premières et altières.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Orlan : se dépouiller

Orlan.jpgOrlan ne cesse d’ordonner le désordre et de désordonner l’ordre du monde, des choses, des genres, des images, de l’art et donc d’elle-même par le regard que l’artiste porte sur eux et sur elle.  Cela revient à créer et recréer sans cesse une sorte de méthode non-méthode qui rappelle la façon de ramasser les haricots : il y a de belles rangées, l’ordre semble évident mais il faut aller d’un pied à l’autre, d’un pays à l’autre : des lignes imaginaires se croisent et se recroisent mais de la cueillette surgit déjà une possibilité de cuisine particulière.
 
Orlan 2.jpgCela permet d’envisager l’oeuvre dans une perspective de continuité sans insister sur sa fragmentation. A chacun de ses temps  se développent un conflit, des tensions entre plusieurs modalités temporelles et géographiques que l'artiste  rappelle.  Mais le fil de l’oeuvre se déroule paradoxalement sur le fond de permanence d’une image intérieure et en marque les strates. Les diverses surfaces changeantes de l’artiste en leurs modifications et mises en scènes ne font pas regretter au regardeur de s'apercevoir qu’il demeure encore et encore de l’inexprimable et de l’invisible. Mais à lui ensuite, comme la créatrice, de trouver un chemin.  
 
Orlan 3.jpgTout est physique, terrestre, visuel. Pas la peine de chercher plus loin. Même si parfois  du symbole ironique montre le nez. Mais l'éphémère est tout ce qu'on possède. Orlan imagine encore des ruelles bardées d’enseignes de la Toison d’or, du Rat Botté, des Lacs d’amour, du Renard Bardé, de la Harpe, du Bout du Monde. Elle reste liée par un signe qui ne trompe pas, la présence d’un globe aphrodisiaque qui est une sorte de réplique d’une poupée gigogne interne comme si elle était nommée  la reine de Saba. La sphère pour elle est la forme parfaite :  féminine mappemonde d’un désir particulier. Il la fait renouer les fils ésotériques qui relient l’enseignement de la cabale à l’enseignement des sciences occultes au christianisme, au judaïsme et aux croyances primitives à travers cette forme parfaite et terrestre - même s'il est vrai que des sphères il y en a aussi dans le ciel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Orlan, "Strip-tease. Tout sur ma vie, tout sur mon art, Collection Témoins de l'art, Gallimard, 3 juin 2021, 352 p.

30/05/2021

Selina Baumann : conversion de la céramique

Baumann  bon.jpgSelina Baumann réalise des sculptures en céramique figuratives ou abstraites, décoratives mais bien plus. Parfois démesurées et architecturales, les sculptures de l’artiste invitent à questionner les limites entre art et artisanat. Elles permettent aussi la découverte des formes révolutionnaires qui font de la sculpture contemporaine.

 
Baumann bon 2.jpgL'artiste ne cesse de travailler dans un processus créatif en constante évolution et en un dialogue avec l'espace et le regardeur. Au silence des surfaces colorées s’immisce l’ombre de secrètes résistances. Surgissent de fragiles équilibres, s’énonce la joie souvent spectaculaire et poétique.
 
Baumann 2.jpgLa créatrice ouvre des fenêtres par ses plantations de pièces uniques dans leur suintement de lumière de poèmes des mains aux veines de plaisir en couleurs. Elle conçoit pour Salon 21 des dessins sur céramiques, dont les traits révèlent une palmeraie fantasmée. La jeune artiste Bâloise présente également une nouvelle série de dessins brodés sur tissus. Les oeuvres sont ensorceleuse ou méduses et semble voguer au fleuve d'un plaisir visuel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Galerie Laurence Bernard, juin 2021  et Salon 21 Genève,  29-30 mai 2021.