gruyeresuisse

06/12/2019

Fabienne Radi : entendre les images

Radi.pngFabienne Radi, "Peindre des colonnes vertébrales ", Editions Sombres torrents, Rennes, 65p., 8 E.

Fabienne Radi aime parfois les artistes même pour leur nom et prénom. Pour preuve Hayley Newman. Mais aussi Paul ou Barnett (avec une préférence "pour l’acteur devenu roi de la vinaigrette plutôt pour que le chef de file de la Colorfield Painting)". La sémiologue suisse reste un phénomène littéraire : elle sait remettre au besoin les mamies de la performance - Marina Abramović, Valie Export, Gina Pane, Hannah Wilke, Carole Schneeman, Yoko Ono, Orlan - à leur place tout en reconnaissant leur apport.

Radi 3.pngQuestion happening et cinéma (mais pas seulement) elle en connaît un rayon. On peut la voir parler derrière un pupitre au Mamco, à Beaubourg ou ailleurs. Elle peut tout autant  être imaginée entrain de danser dans des clubs, prendre (un peu le soleil) ou préparer une soupe de légumes. Sa spécialité reste néanmoins la première des activité citées : conférences sans des dents verrouillées mais un esprit aiguisé pour mettre en salades composées ce qu'elle voit et lit et ce dans ce qui n'est pas loin de la performance.

Radi 2.pngElle livre sous la jaquette jaune de son volume quatre chroniques et un texte pour une exposition de Nina Childress. La première donne son titre au recueil, et s'épingle dans les tresses (peintes) par l'artiste américaine. Fabienne Radi joue des associations des mots et des références afin que sous l’observation tout devienne un détournement de questions ou d'idées reçues. Le livre donne à voir les objets ou images "cultes" qui ont sollicités l'artiste ( reproductions de peintures, de photographies d’enfants, de chiens, de gargouilles, etc.) Pour ne pas perdre son leur.trice l'auteur offre aussi en début d'articles des mots clés. Ils permettent déjà d'en rire même lorsqu'elle pose le problème des puces de lit , du foie gras et du dos nu. Le tout au nom d'un féminisme qui nourrit une pensée toujours originale par ces zébrures inattendues et sans délayage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/12/2019

Catherine Gfeller : abîmes paysagers

gfeller.jpgCatherine Gfeller, "Photographies. Vent sur les Paysages - Flux dans les villes", Galerie Rosa Turesky, Ports Francs et entrepôts de Genève, du 11 décembre au 7 février 2020

Gfeller 2.pngDes villes et des paysages, Catherine Gfeller saisit ce qui échappe au premier regard. Elle cherche à capter l’immobilité dans le mouvement, la contemplation dans l’effervescence. Afin d'y parvenir la plasticienne crée des collages et superpositions d’images pour mettre un effet d'abîme dans le paysage. Tout se mixe et s'hybride en d'immmenses tableaux où l'humain est toujours présent au milieu des territoires urbains ou plus campagnards.

Gfeller 3.pngPar de telles architectures le réel acquiert des résonances imprévues. Fixité et univocité y sont remises en cause. En rebond, existe une beauté particulière et parfois une ironie dans l'approche qui n’a jamais rien de trivial et reste un étrange "hors-lieu" de l'ici-même.

gfeller 4.pngPris en défaut de toute certitude, chaque "pièce" explore le réel dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de montages qui le sont tout autant. La vie se réinvente, la vie se «réimage» en histoires ou destins loin de tout lyrisme mais avec âpreté. Celle-ci  invite toutefois à la rêverie tant les échelles de mesure, les unités métriques sont distanciées selon divers rapports de position et créent un basculement dans l'onirisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/12/2019

Sarah Haug : Fly Rabbits, Fly

Haug.jpgSarah Haug sait transformer sa rage en fantaisies. Héritière de Sally Mann, proche de l'esprit de travail d'une autre Sallly (Cruikshank) à sa manière elle aime tester les possibilités des images : dessiner ce qu'elle nommait "des trucs débiles" lui a permis de dilater des idées et d'inventer un univers.

 

Haug 3.jpgIl permet de triompher du réel par une mise en abîme en des histoires imaginaires dont les lapins deviennent les princes prétentieux, malfaisants ou simplement amoureux dans un esprit cartoon, punk, pop-art coloré. Elle préfère rire du monde par ses transferts plutôt que de se lamenter de ce qu'il devient.

 

Haug 2.jpgExiste dans ses fables une suite de voyages mentaux où l'esprit part en une vacance mais où il peut tout autant se regarder. De telles images. montrent - en douce et en drôlerie - qui nous sommes et ce qui nous entoure dans une purge ludique. Elle devient une cure de brouilles, de compromis ou de partages là où allumer une cigarette n'est jamais interdit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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