gruyeresuisse

13/06/2015

Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud sur orbite

 

 

 

Mermoud bon.jpgBarbara Cardinale & Sylvie Mermoud, « Capsule périphérique », art&fiction, Lausanne,8 planches de tailles variables
sous emboîtage, CHF 135 / € 135

 

 

Capsule périphérique est constituée de huit planches de formats variables présentant des dessins (encre et transfert) de Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud. Tout a commencé par une histoire de boîtes aux lettres : les deux artistes s’y passaient les dessins à compléter selon un jeu à quatre mains à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent de manière métaphorique la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans les jeux de dévoilement. Les artistes entre complexité et légèreté  fondent une traversée. Arrimées à leurs propres ombres et ses lumières elles renversent le jeu classique de la représentation et de la construction. Discrètes elles pénètrent l’intime moins par effet d’évidence que de voile et d’aporie. Elles instaurent une communion à la fois lyrique et austère.

 

La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes et par la retenue de « narrations » ironiques.  La lumière semble parfois quitter la nuit et « sortir d’un cauchemar avec l’envie que la journée à venir soit belle » (S. Mermoud). Pour ce faire, les deux plasticiennes entrainent dans un monde chargé d’émotions qui matérialisent un processus de vie.  Du bord du Léman surgit donc une œuvre duale qui est tout sauf superficielle et qui n’a rien d’un passe-temps. Y transparaît une envie de se battre avec persévérance tout en laissant place à la disponibilité du regardeur. Le partage est donc le maître mot d’une œuvre où le désir de faire est bien supérieur à celui de se distinguer à coups d’« effets ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08/06/2015

Près de la frontière : la peinture hiératique de Patricia Broussaud

 


 

Broussaud.jpgPatricia Broussaud crée des œuvres très spécifiques. Leur abstraction géométrique aux "morphologies" longilignes est ponctuée de cercles qui en atténuent la rigueur. De tels ensembles, se retient paradoxalement une douceur poétique. Le "rigide" se transforme en abandon dans une création qui semble issue de l'école de Zurich. Tout se joue en une retenue partielle au sein de couleurs d'ambre et d'ombre qui n'excluent en rien la lumière. Quoique abstrait le langage plastique reste le plus proche possible des sensations et de la perception de l'existence par la création d'interférences multiples et subtiles.

 

La créatrice le fait jaillir du domaine de la "spectralité". Emane une forme d’éternité ardente et pudique. La signification de l'œuvre échappe  à tout pathos ou désir larvé et dépasse de mille lieues une simple illustration de la condition humaine. Tout se joue entre une présence à venir  et l’ombre que chaque œuvre doit  retenir afin de ne pas prétendre à une illusion de vérité. Patricia Broussaud depuis, Annecy le Vieux, ouvre l’art à un espace spécifique :  il ne donne sur rien, semble se poser sur rien et pourtant il arrache à la nuit, traverse le jour de son lever à la nuit tombante, du crépuscule à l’aube dans un univers mystérieux, onirique et vaste. Les lignes se marient à une fluidité sans fond. Pas de certitude. Pas de symbole. Le regard retourne à son origine. L’art se mesure à ce qu’il est  : l’ébranlement de la pensée par le trait ou des masses à la fois tendres et cendrées,  inflexibles et douces.

                                                                            Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Les incises intercalées de Lisa Beck

 

 

 

 

Beck 3.jpgLisa Beck, « The Middle of Everywhere » - proposition de Caroline Soyez-Petithomme°, du 6 juin au 11 juillet 2015,  Circuit, centre d’art contemporain, Lausanne.

 

 

 

 

Cherchant toujours un lien entre l’individuel et le collectif, l’expressionnisme et l’impressionnisme transfigurés par l’abstraction, Lisa Beck invente une hantise des lieux : celle-ci prend de nouvelles formes en jouant sur l’espace d’exposition lui-même. Toute perception est filtrée et transfigurée  par le travail de la couleur et de la forme abstractive, le jeu de la platitude et de la profondeur. La créatrice cherche non à accentuer les oppositions mais plutôt à les intégrer dans des formes basiques et géométrique :  plans, sphères - le tout pour jouer entre le vide et le plein.

 

 


 

BECK 2.jpg

Face aux extensions que l’art peut proposer et entre le stable et l’instable l’artiste choisit sa voie sans renoncer aux ajustements, aux accidents que la peinture génère lors de sa création qui intègre  bi-polarité et symétrie. Le jeu des strates offre un spectre particulier dans la présence du noir et d’autres couleurs au sein de la répétition, d’un ordre et de divers systèmes de réflexion où les œuvres sont en miroir. De ces travaux minimalistes abstraits surgit une profondeur de mémoire comme il y a une profondeur de vue dans la répétition à l’intérieur d’un thème ou d’une stratégie picturale.  Qu'il s'agisse d'effacement ou de surgissement, d'apparition ou de disparition, tout se distribue entre deux couleurs comme entre deux rives en la profondeur d'une sorte de sous-bois esthétique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret