gruyeresuisse

18/12/2019

Eleni Kougionis : un autre regard

Koigionis 3.jpgNée en 1988 Eleni Kougionis est une jeune photographe de Bâle. Elle s’empare de l’outil photographique comme reporter et ethnologue - par exemple auprès des groupes punk en Indonésie. L'image constitue pour elle la matière mentale la plus plastique. Mais il n’en est pas qui soit si  résistante pour autant. Elle libère une énergie sans pour autant que la créatrice limite ses prises au domaine de la rêverie et de la fiction.

Kougionis2.pngSes travaux facilitent l’accès à  la connaissance mais loin d'un vieux fond intellectualiste (ou tenu pour tel) qui pousse ceux qui se piquent d'ethnologie ou de sociologie  à privilégier le texte par rapport à la photographie comme s’ils craignaient de voir leurs travaux entachés d’un substrat "touristique". Pour la Bâloise la photographie est un instrument afin de lutter contre les images fausses car elle ne se limite pas à n'enregistrer que la surface des choses. Ces prise ouvrent à la profondeur.

Kougionis.jpgDe telles prises deviennent des objets plus de réflexion que de témoignage. Le regard d'occidentale n'empêche en rien  la créatrice de chercher et de trouver des clichés symboliques. Ils offrent le passage d'une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues. Ils interrogent les relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les oeuvres deviennent les puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en devient la porte-empreinte.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/12/2019

Alice Winocour : embarquement presque immédiat

Winocour.pngCe film d'espace - qui se déroule sur terre dans des centres d'entrainement aux voyages spaciaux de Cologne et de Baïkonour -, en dépit de son caractère possiblement de quasi science-fiction  reste avant tout et paradoxalement un film féministe. Pour preuve la femme culpabilise de quitter son enfant. Les hommes pas.

 

Winocour 2.pngEt Eva Green réussit parfaitement l'incarnation de l'héroïne. Le film reste aussi précis que lyrique. Sous couvert de reportage sur cette femme en mission, la fiction illustre - et bien plus - ce qu'est que le métier de vivre lorsqu'il s'agit de s'arracher - à la terre, comme à la mère.

Winocour 3.jpgImpressionniste par son regard, la réalisatrice Alice Winocour sait créer une émotion latente et subtile. Si bien que ce film surprend autant par son côté document que  sur la méditation qu'il donne au sujet du sens des actes entrepris par celles et ceux qui s'y engagent. Et c'est une réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Proxima d'Alice Winocour

16/12/2019

Annie Cohen in petto

Coheb.jpg"Petite rivère" presque morte et enterrée "comme la Bièvre", après son A.V.C. Annie Cohen va quitter son lit et continuer le rouleau de sa propre Torah et ses kilomètres de phrases. C'est une manière non pas de renaître de ses cendres mais de se régénérer même si le monde n'est qu'un vestibule. Y témoigner de l'amour sauve tout du moins ce qui peut l'être.

Si bien que l'accident vasculaire peu à peu est tenu à distance en une quête de l’absolu comme de l’instant. Il existe toujours une densité, une extension contrôlée là où 'écriture fouille l’interne et le silence pour en exhausser des pépites. De vieux fantômes réactivent non la détresse du passé mais la nostalgie de nouveaux ailleurs. Le tout au sein d’une perfection vers laquelle Annie Cohen ne cesse de cheminer pour remplacer par son journal ce que la fiction ne pourrait exprimer.

Cohen 2.pngSans cesse père et mère et tabac créent une boule au plexus lorsque ce n'est pas l'âme mais le corps qui fait tache dans le décor au moment de l'engloutissement au coin des rues où claudiquer. Bien tenir dans les ascendants - un territoire ne valant que s'il est quitté. Et passer des journées à redevenir juive errante fidèle au trou noir des racines là où l'hiver n'étais pas un pays.

Jean-Paul Gavard-Perret

Annie Cohen, "Puisque voici l'aurore", editions des femmes - Antoinette Fouque, Paris, 2020, 128 p., 14 E.. Parution le 16 janvier.