gruyeresuisse

22/06/2021

Sandra Moussempès : la vie n'est pas un songe

Moussempes.jpgAvec Sandra Moussempès se découvrent  autrement les femmes de l'histoire. Il s'agit d’outrement voir  le féminin en le dégageant du flot du noir comme celui du rose de la couverture afin d’imaginer la lumière que les égéries en permettant de soulever bien des cothurnes. Il faut comprendre le vide du portait de couverture au sens latin : "vois". Découvrir de la sorte une machinerie obscure et détraquer les glas que les mâles font vibrer. Un tel féminisme poétique n'est constitué ni d'abstractions, ni de métaphores. Il projette au fond de l’impasse où la femme est réduite à un fantasme. Ici il s'écroule pour une autre histoire loin des mélancolies d'usage.
 
Moussempes 3.jpgRien dans ce texte si ce n’est l’attente de ce qui dresse à travers le passé vers un  ailleurs.  Sandra Moussempès remet en scène le féminin  sans se laisser séduire par les gentlemans farmers du "Bonheur est dans le Pré". Des rubiconds elles soupèsent la bêtise. "Nobody’s here but me" peut écrire la poétesse pour se définir tout autant que ses soeurs. Se  croisent Cindy Sherman et  Sylvia Plath.  Mais aussi une poupée de porcelaine qui lui ressemble et qu'Annie Besnard, liée à son père et amie d’Antonin Artaud lui offrit.
 
Moussempes 2.jpgElle réapparaît bien plus tard en mascotte d’exorcisme, en Barbie à peine défraîchie mais aussi en femme électrique comme Messaline et Salomé. Se forge la force collective des femmes, même des plus mythiques comme les plus anciennes sirènes et sorcières sans oublier la soprano Angelica Pandolfini, sa parente qui comme elle a défini le féminin. D'autres égéries perdurent : Lilith, Iphigénie, Artémis, les Emily  (Brontë et Dickinson).  Toutes deviennent pour elle des miroirs non de la vie en rose mais de la volonté d'être femme au-delà des traumatismes. Néanmoins la poétesse ne prétend pas s'en débarrasser par le seul effet d'un livre. Car si pour elle, la poésie est "une forêt remplie de songes précieux",  la vie n'est pas un songe. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion/Poésie, Flammarion, Paris, janvier 2021, 174 p., 18 e..

21/06/2021

Summer time : Svan Jacobsen

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"Like Birds"  ramène à une période insouciante de la  conscience de soi, bref à la jeunesse au sein d'un été plein d’aventures. Dans leur immédiateté, une dimension intemporelle se développe par des photographies surtout d'adolescentes qui patinent, sautent, courent, grimpent aux  clôtures, poteaux et dunes.
 
 
 
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Elles assument leur vitalité et une joie rafraîchissante dans une époque de claustration et en manque d'ivresse. Existe donc un chant à la vie sur planche à roulettes ou simplement en se dissimulant dans les hautes herbes
 
 
 
Jacobsen 3.jpgLes lacs, la mer ou les appartements représentés deviennent des lieux de mémoire collective. Les paysages sphériques captés de cette façon offrent des  instantanés de la jeunesse libre avec sa beauté, son chaos et parfois ses silences.  Si bien que sous une narration enjouée transparaissent des couches plus enfouies du subconscient.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Svan Jacobsen, "Like Birds", Hatje Cantze, Berlin,208 p., 24 E.

19/06/2021

Barbara Ellmerer : flowers power

Elllm.pngBarbara Ellmerer, "Sense of Science. Paintings", Scheidegger & Spiess, Zurich, 2021.
 
La monographie de Barbara Ellmerer rassemble ses peintures et travaux sur papier de la période 2010 - 2020. L'auteur y capte en coloriste les splendeurs de ce qu’on prend pour l'amorphe. Elle articule traits et taches, pans et attaches jusqu'à trouver une combinatoire qui fait d'éléments disparates une unité. Ces "fresh flowers" ont une autre ambition que celles de David Hockney même si les deux artistes voient la vie en rose.
 
Elm 2.jpgTraits et taches, pans et attaches créent une combinatoire fait d'éléments disparates pour offrir une unité. Surgissent de ses toiles une délicatesse et une fragilité. De l'obscurité et l'ombre qui fascinent  l'artiste retient avec les couleurs une nouvelle inflexion. Le poids se dissipe au profit d'une sorte de légèreté : celle de l'être peut-être qui devient ici une sorte de tissu printanier et primesautier.
 
Ellm.jpgNéanmoins cette peinture reste grave : Barbara Ellmerer crée d'étranges plastrons pour un espace renouvelé au sein d'une recherche capitale : l'artiste y explore l'espace et le "fond" du tableau en un même plan, elle joue de la précision mais aussi du flux dans un raffinement brutal mais calculé. Les toiles ont la capacité de retenir une douceur lasse, un murmure, une accalmie et une trêve au sein même de ce que le mouvement de peindre engage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret