gruyeresuisse

04/09/2015

Rachel Labastie : avec le temps

 

 

 

labastie.jpgA travers ses mises en espace de ses œuvres ambitieuses, profondes, habitées et dans leur radicalité, Rachal Labastie crée un appel du temps. Mais sans vision passéiste. Les objets exhumés sont moins des reliques que des « opérateurs » capables de pousser à la réflexion. Dans leur théâtre de majesté coulisse par fragments (ailes, roues de charrettes par exemple) de quoi toiser le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse, qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elle rameute tout en signalant  le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse.

labastie 2.jpgLes travaux de Rachel Labastie ont donc beau être des fantômes : dans leur fixité ils secouent le regard. L’artiste ne cultive pas le charme mais des visions  dont il faut subir l’impact.  Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever dans son interrogation sur la notion de temps. Les vestiges du passé suggèrent une critique de notre époque malade de ses doutes et de ses peurs. De telles œuvres  ne servent pas à « faire joli ». Elles tapissent l’espace de leur présence, de leur empreinte afin de créer l’arête du seuil entre passé et présent et contre l’oubli.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste est représentée en France par la Galerie Odile Ouizeman (Paris) et en Suisse par la Galerie Analix Forever (Genève).

 

01/09/2015

Dispositions de Donatella Bernardi

 

 

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Donatella Bernardi, « Same same but different », Hard HatMultiples & Editions, rue des Bains, Genève, 17 septembre – 25 octobre 201

 

 

 

Bernardi 3.jpgLe travail de la Genevoise Donatella Bernardi prend la forme d'installations éphémères, de performances et de publications. Fille d’un botaniste taxonomiste elle tente de résister  aux classifications et très souvent mêle les sciences naturelles comme les vestiges du monde industriel  aux arts. L’artiste n’est pas pour rien commissaire d’expo et enseignante (au Royal Institute de Stockholm). Elle aime des plans pour entrer dans ses comètes. Trop peut-être : théoricienne elle n’a pas l’alacrité d’une Fabienne Radi, créatrice elle  n’a pas la puissance d’un Philippe Fretz à s’extraire des carcans qu’elle s’impose. Néanmoins son travail reste toujours passionnant. Donnant la parole aux objets qu’elle recueille comme aux documents qu’elle rassemble elle leur fait dire autre chose que ce qu’ils sont. A leurs langages premiers et par ses « dispositions » l’artiste permet d’identifier des situations intéressantes et qui dérangent. Ses travaux deviennent des tremplins vers l’avenir, des inscriptions fugitives.

 

 

 

Bernardi 2.jpgDonatella Bernardi  adapte médias et formats au gré de ses propos et de la localisation de ses interventions. Pour elle, création et  critique vont de paire : la culture vernaculaire, un féminisme actif ouvrent une vue sur l’anthropologie, l’histoire des pouvoirs et leur colonialisme. « Hard Hat » propose - en une suite à « Morgenröte, aurora borealis and Levantin: into your solar plexus » à la Kunsthalle - Berne, 2015 - de découvrir les dernières recherches autour de la place de l’art dans l'histoire industrielle italienne. La firme Olivetti y tient une place centrale en tant que créatrice de « machines » propres à instruire une inscription particulière. Une série de conférences double l’exposition afin de situer les liens entre création contemporaine et utopie industrielle. Une fois de plus, à partir de la réalité immédiate Donatella Bernardi illustre ainsi combien le réel est instable, transitoire. Elle cherche néanmoins à lui donner des lignes de force au sein de ses destructions et reconstructions. Ni souvenir ni rêve ne remplacent la présence : voilà qui rend la mémoire dérisoire semble dire celle qui prouve comment la maison de l’être féminin n’est plus grâce à elle dans l’abandon. Elle est dedans. Une distance est prise avec les poncifs du temps.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

27/08/2015

Isabelle Battolla l’amphybiolite

 

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Isabelle Battolla crée une filiation des songes. Le blanc fait basculer le poids du monde. De cette blancheur il faut retenir l'énigme par la matière sensation, la matière émotion. Une étendue progresse. Une intimité naît à la faveur des recoupements de courbes, arêtes, ravins,  promontoires et autres « intimités » particulières. A travers de tels empreintes et cassures surgissent des attractions, des poussées. La créatrice ne se limite jamais à des effets de surface. Un centre se creuse et appelle les spasmes. En une suite de fissures l’infigurable prend corps.  Vagues fixes et ramifications proliférantes. En des emmêlements de convergences se fomente une matière de jouissance. La fixité est trompeuse. Tout peut toujours se détruire pour être recomposé en des renaissances, en un nouveau mariage blanc.

 

 

 

Battola 2.pngLa Genevoise ne croit pas à la spontanéité du geste. Elle travaille beaucoup. Elle détruit sa facilité. L'imagination élude la figuration, du moins l’idée qu’on s’en fait. Très vite l’artiste a abandonné l’image qu’elle ne considère pas comme un signe (au sens ou ce dernier transmet une signification). Ses structures, ses empreintes n’appartiennent à aucun lexique ou registre. Elles ne sont ni idéogrammes, ni symboles ni réalité fossilisée. L’œuvre est le témoignage  d’une présence plus que d’une figure. Chaque œuvre navigue entre la fragilité et la force.  Des masses flottent dans ce qui les recouvre et en tient lieu d’abri.  Entre fixité et errance,  chaque sculpture est comme désireuse de rentrer en elle-même. Pour que dans la matrice quelque chose de neuf se passe de plus en plus complexe et simple à la fois.  L’art d’Isabelle Battolla est mouvement, virgule, boucle, accent, croche, moutonnement. Par ses séries le parcours peut continuer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret