gruyeresuisse

05/02/2021

Les chassées de Claire Genoux - nuit et brouillard

Genoux 1.jpegClaire Genoux est née à Lausanne.  Elle y publie en 1997 son premier livre de poésie, Soleil ovale, aux éditions Empreintes. Elle poursuit une œuvre qui explore le deuil et la mémoire, entre présences fugitives et évocations des lieux de l’enfance, marquées par l’hiver et la tombée de la neige. Elle publie aussi des fictions dont le superbe "Lynx" en 2018 aux éditions José Corti. La créatrice n'admet pas les flétrissures voire bien plus que les maîtres laissent aux femmes.  
 
Genoux.jpegEt "Les seules" sont les prisonnières d’un paysage d’hiver, entre les baraquements, les barbelés, les coups, la neige, les arbres, les corps tombés des wagons. Elles disparaissent, entre les cris des hommes, les fusils et les chiens de guerre. Privées de mère deviennent les jouets de l’Histoire et de sa violence. L'auteure n'ignore rien de leurs supplices, de leur angoisse. Toutes restent à peine des rescapées : juste des survivantes de glaçantes épures aux lueurs d'incendie là où bien des rois Lear n'ont que faire de leurs diphtongues meurtries.
 
Ces femmes renvoient bien sûr à la Shoah mais l'auteure en étend le cercle. Fantômes que fantômes, les hommes les traversent et "Les seules restent là, à ne peser plus rien que le poids des âmes oubliées entre les arbres." Mais dans une sorte de sourde résistance là où les hommes "ne viennent jamais rechercher ce qui reste" et veulent les arracher à la mémoire, à leur enfance, violer leur passage, franchir leurs sexes et leurs langues, Claire Genoux leur redonne voix. Elle rappelle une porosité pour les chassées de l'histoire générale du monde et la valeur d'usage que celle-ci leur accorde. Existe donc le chant des échouées de divers camps où sont exécutés des sentences en un hiver qui a tant duré que nous ne savons plus dans quel passé gît la honte à venir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Claire Genoux, "Les Seules", Editions Unes, Nice, 2021, 136 p., 21 E..

Anne Slacik à l'Archipel Butor

Slacik.jpgDe plus en plus, Anne Sla­cik cherche des domi­nantes du temps et de l’espace qui résonnent en elle. Sa pein­ture les absorbe pour les res­ti­tuer au moment où le monde de la pein­ture tombe dans le vir­tuel en trans­for­mant le réel en ersatz.

 
 
 
Slacik 2.jpgL’artiste retrouve et cherche à com­prendre les visions glo­ba­li­santes en adap­tant des « cli­ma­to­lo­gies » oubliées par les cou­rants qu'elle instaure. Contre les myo­pies elle impose sa cos­mo­go­nie très par­ti­cu­lière. Pas de grandes envo­lées mais une fouille où, dans une forme de flou, rien ne se confond. Existent des fusions impro­bables. En naît une pen­sée par des images qui remontent aux aubes de l’émotion pre­mière selon un magné­tisme particulier.
 
Slacik 3.jpgAffirmant qu’une démarche plastique authentique se refuse à l’arbitraire, l'artiste  ne fait nullement référence à la quête de l’image « juste » (ou réaliste) ou à l'inverse à juste une image. Mais il s'agit de l’interroger en  ses différentes significations et  sa qualité plastique. Cela  procède du constat de l’irréductibilité de l’image ou du livre  à la seule  fonction d’expression, de communication qu’on lui attribue.
 
jean-paul gavard-perret
 
 

Anne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - peintures et livres peints", Archipel Butor, du 10 octobre 2020 au 15 mai 2021. Lucinges.

03/02/2021

"Quoi de neuf pussyhat ?" - la vie des autres

Pussy.jpgCinquante ans après l’instauration du suffrage féminin en Suisse et malgré des avancées réelles, l’égalité entre femmes et hommes reste plus que douteuse  sur les plans du salaire, de l'évolution de carrière, de légitimité de parole, de liberté du paraître et bien sûr de partage des tâches domestiques.
 Certes l’évolution de la société tend vers plus d’inclusivité. Mais normes et stéréotypes continuent à peser sur les représentations de genre et conditionne toujours les femmes.  Le mouvement #MeToo, la marche des femmes et la grève du 14 juin 2019 prouvent la multiplicité des attentes et des revendications portées par un renouveau féministe qui a besoin de différencier et diversifier ses assises.
 
Pussy  2.jpgLe Musée Historique Lausanne va illustrer ce vaste programme dans sa nouvelle exposition temporaire "Quoi de neuf pussyhat ?" Il s'agit d'une vaste une réflexion sur la construction des rôles et des identités de chacun.e.  L'exposition sera enrichie par des conférences, une visite guidée à l'heure du déjeuner ainsi que des visites flash consacrées à une œuvre.  L'exposition prouvera aussi que les inégalités de genre touchent aussi les médias.
 
Et en guise d'introduction, le mercredi 11 février Valérie Vuille, Directrice de DécadréE, experte en étude genre présentera une conférence : "Femmes et médias, les clichés ont la vie dure". Elle illustrera comment dans la représentation des femmes  ou dans la façon dont on parle d’elles les stéréotypes sont encore bien présents, perdurent et parfois même se renforcent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Musée Historique de Lausanne, mars-avril 2021.