gruyeresuisse

26/05/2020

Lydie Dattas : Raging Bull

Dattas.pngLydie Dattas préfère la puissance du cœur au prestige de l'intelligence. Elle a toujours laissé libre cours à son aventure existentielle et poétique - on peut presque dire que les deux se confondent. Sont réunis ici trois de ses textes majeurs. D'abord le "Livre des anges" qui marque (et fut remarqué) par sa force lyrique. Le chant navigue entre mysticisme, sensualité et féminité revendiquée.

 

 

Dattas2.jpgDans "La nuit spirituelle", écho de ses relations ambivalentes et tourmentées avec Jean Genet, et le plus récent "Carnet d'une allumeuse" (dans une version nouvelle) Lydie Dattas lutte pour la force créatrice de la femme et dénonce tout ce qui la nie en l'enfermant dans le statut d'objet de séduction et de plaisir. Si bien que "L'Allumeuse" prend ici un sens particulier. Se transformant en "goutte de nitroglycérine" la femme en touchant l’homme l’éviscère tout en feignant de répondre à ses espérances.

 

Dattas3.pngD’autant qu’aux marivaudages Lydie Dattas préfère les gouffres obscurs de la poésie et la beauté de l’existence telle qu’elle est : "Percé de soleil rouge, mon verre de grenadine m’était une Sainte-Chapelle". Au besoin son héroïne se délecte de ses larmes. Néanmoins servant d'alibi sublime à la poétesse, l’adolescente expérimente l’avidité irrépressible du mâle pour en connaître les tenants et aboutissants. Elle peut se laisser faire lorsqu’un mâle force ses cuisses d’un genou en mâchonnant ses lèvres sous un porche.Mais qu'il prenne garde...

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lydie Datas, "Le livre des anges suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d'une allumeuse", Préface De Christian Bobin, Collection Poésie/Gallimard, Gallimard, 2020

24/05/2020

Joanna Ingarden-Mouly :décalages

Mouly.jpgLa galerie Esquisse expose pour la quatrième fois les oeuvres de Joanna Ingarden-Mouly. Elle y poursuit sa technique d'aplats et de pans de couleurs auxquels elle superpose désormais des découpes, collages et toujours les griffures qui signent son langage plastique mystérieux et harmonieux  mais dans un certain décalage.

En une sensorialité subtile ses superpositions ne sont en rien des excroissances. Une douceur étrange envahit le plan hors sentimentaliste. Car l'artiste reste prudente sur ce plan et refuse certains débordements.

Mouly 2.pngUn tel travail possède le mérite d'apaiser sans édulcorer mais sans forcément rapatrier dans un éden artistique ou sentimental, la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière en écartant la tentation de la sophistication et du raffinement superfétatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Ingarden-Mouly, Exposition du 28 mai au 21 juin 2020, "Esquisse galerie d'art", Rue de Rive 33 - 1260 Nyon

23/05/2020

Tempêtes dans une rivière froide : Martin Eder

Eder.pngLa dernière série de Martin Eder "TranceLucense" est peuplée de créatures ailées, dragons enlacés et autres êtres mythiques. En référence à L’Apocalypse de Dürer, l'auteur crée toujours en état de rêve et de transe. Mais il précise : "Je n’ai pas l’impression d’être en transe, bien que je sache que je le suis. En hypnothérapie, les gens doivent parfois être mis hors de transe – mais ensuite glisser dans la suivante, qui est peut-être plus saine et plus productive. Personne ne peut être en transe. La vie est elle-même, la réalité est une transe."

 

Eder 4.jpgMartin Eder est un artiste multidisciplinaire et appartient à la liste de "EIGEN + ART" de Judy Lybke depuis le début et bénéficie d'une renommée internationale pour ses peintures. Mais il est aussi photographe et fait de la musique avec son groupe de Black Metal / Drone RUIN. Il pratique aussi des lectures de tarot et des séances d’hypnose. A coté de la peinture la photographie est très importante pour l'artiste et garde sa propre vie et ce depuis sa première série "Die Armen" (2008) où de jeunes femmes sont exposées dans un décor minimaliste sur assise en cuir ou devant rideau en velours.

Eder 3.jpgL'artiste fait beaucoup de photos de nu mais en même temps s'insurge contre sa vision classique et ambiguë : "À une époque de clics croissants sur les sites pornographiques, un nouveau puritanisme émergeait dans de nombreux coins du monde. Malgré l’accès facile au porno et à la nudité, la réalité de la nudité est devenue quelque chose à cacher et à ne pas voir." L'artiste a alors compris que la réalité était la partie la plus intéressante de la nudité. Il a donc publié des images non retouchées "avec des ecchymoses et des boutons. Peau grasse et saleté" devenus des signes d’honneur et de lutte pour la survie dans un monde surdimensionné.

Jean-Paul Gavard-Perret