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29/09/2019

Isa Sator : les éprises

Sator bon.jpgSérieuse et concentrée, mais parfois subtilement ironique et drôle, Isa Sator va au bout d’une promesse. La défense des femmes mais selon un engagement moins discursif que ludique. Elle ose toujours la mémoire de celles qui donnent le plaisir. Elle exhume au besoin  des ombres de jadis.

 

 

 

Sator 2.jpgMais si les fantômes ne changent pas, les femmes à l'inverse bougent par la manière dont Isa Sator les peint. Elle bouscule les vieilles images pour qu’on échappe au sommeil. Surgit la trouée du temps par la puissance d'un canyon d'une gorge profonde comme dans les zigzags des formes inédites. La créatrice reprend une paradoxale incarnation. Les femmes rient en un jeu de montre-montre comme de cache-cache.

Sator 3.jpgUne fluidité se libère. Elle se propage par ébranlements minuscules qui s'accomplissent en une succession de gestes picturaux et d'opérations plastiques. Ils n'altèrent en rien la fulgurance. Au contraire. Les lignes et les cadres contiennent et graduent l'énergie qui se déploie. Isa Sator induit une dramaturgie ouverte à la seule appréhension de l'inconnue - du moins celle que les mâles se plaisent à définir ainsi par peur plus que par défi.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isa Sator, "Women Artists itinerancy #02", Art exhibition, octobre 2019, New Hope (Galerie des Artistes) et New York (69 Eldridge Street).

26/09/2019

Les courants alternatifs de Kiki Smith

Smith bon.jpgPour son importante exposition à la Monnaie de Paris, Kiki Smith présente une série de travaux monumentaux ou plus petits à travers diverses matières. Ils lui permettent de dialoguer avec l'espace, le réel et les légendes de façon intempestive et ludique. Rien n'a plus lieu que ce lieu d'absurdité apparente où l'artiste multiplie ses propositions et où la femme tient souvent le premier rôle comme les animaux et en particulier les oiseaux.

Smith.pngDans sa mise en exergue de la féminité l'artiste propose parfois des bribes de paradis terrestre mais parfois des territoires bien plus hostiles. Le médusant répond au fascinant là où l’imaginaire renvoie à bien des égards la réalité à une fin de non-recevoir dans une quête de paradis terrestre sans pour autant que certains basculements dans «l’irréel» contredisent la pression sous lequel le monde ploie.

Smith 2.jpgEn dépit de sa pléthore de travaux Kiki Smith demeure plutôt ostracisée et marginalisée par une noria de censeurs. L'artiste - fille du scuplteur minimaliste américain Tony Smith et de la cantatrice allemande Jane Lawrence - transgresse tout édit de chasteté et ne cesse d’accorder à l’art - lorsque cela est nécessaire - les derniers outrages. Mais elle est aussi capable de retourner la lourdeur du monde. D’où une vision qui en isolant parfois le fond contextuel pour l'entrainer vers un ailleurs crée des courants alternatifs. Là où les oiseaux demeurent mais où l'homme peut rester un loup pour lui et surtout pour la femme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kiki Smith, Exposition, Monnaie de Paris, du 18 octobre 2019 au 9 février 2020.

25/09/2019

Une femme libre : Charlotte Perriand

Perriand.jpgL’architecte et designer Charlotte Perriand (1903-1999) a transformé à sa main la place de l'art dans la vie quotidienne. Pour cette pionnière du design, l'objet ne fut jamais traité pour lui-même dans une problématique "art pour l'art" mais pour ses utilisateurs : "Le Métier d’Architecture c’est travailler pour l’homme.» affimait-elle. A l'inverse d'une Andrée Putman elle s'intéressait à un public plus populaire. Elle voulut entre autre faire venir le public populaire dans les stations de ski de Savoie.

 

Perriand 2 bis.jpg

 

 

Très jeune elle étudie l'architecture avant d'ouvrir un atelier à Paris où elle fit du dessin avant de se tourner vers l'architecture. Son intérêt et sa curiosité pour le mobilier d'intérieur l'ont amenée à collaborer d'abord avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Elle travaille alors sur des réalisations majeures telles que la Villa Church, la villa Savoye, La cité du refuge de l’Armée du Salut et le Pavillon suisse à la cité universitaire.

 

 

 

 

Perriand 3.jpgCelle qui voulut changer le rôle de l'artiste dans et pour la société, après son séjour au Japon, revient avec le goût pour les lignes épurées. Elle créa aux Arcs des structures originales avec cuisine ouverte sur les autres pièces d'appartements accessibles clés en main avec le mobilier qu'elle inventa pour de tels espaces.

Perriand 2.pngL’importante rétrospective de la Fondation Louis Vuitton met en exergue ses liens avec les artistes (Miro, Calder) et offre une vision renouvelée d'une oeuvre caractéristique par son engagement et sa liberté. Elle fait ressentir l'aura, le charisme et la bienveillance d'une artiste d'exception et visionnaire. De plus cette monstration retrace l'importance pour l'artiste de la nature - et plus particulièrement la montagne - et propose des reconstitutions qui intégrent des œuvres d’art sélectionnées par la créatrice au cours de sa vie afin d’incarner sa vision de la synthèse des arts. Les textes du livre qui accompagne l'exposition évoquent cette expérience selon différents axes pertinents. Ils ouvrent bien des perspectives et cernent la complexité de l’oeuvre d'une artiste qui se moquait de la notoriété.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, "Le Monde nouveau de Charlotte Perriand", Édition sous la direction de Jacques Barsac et Sébastien Cherruet, coll. Livre d'art, Gallimard pour l'exposition Fondation Louis Vuitton du 2 octobre 2019 au 24 février 2020.