gruyeresuisse

08/07/2021

Charlotte Herzig et les mystérieuses présences

Herzig.jpgCharlotte Herzig, "I like a bigger garden", Kunstmuseum Luzern, jusqu'au17 octobre 2021.
 
Le curatrice de l'exposition a demandé à Charlotte Herzig de créer une immense peinture murale pour accompagner ses autres tableaux et travaux. L'ensemble métamorphose le lieu par de telles surfaces troublantes.
 
Herzig 2.jpgL’errance est programmée en superpositions et effacements. Demeurent  d’étranges frottis dont l’artiste devient moins  narratrice que  poseuse de  questions. L’accoutumance n’a plus de prise. Les couleurs déteignent en un dégel espiègle. Tout crée des présences mystérieuses.
 
Herzig 3.jpgCrescendi et decrescendi, parenthèses jamais refermées et constellations ou nébuleuses font que tout se déboîte sans se couper du présent. L’ensemble attend on ne sait quel bris de glace. La lumière s’étale, la couleur s’efface. Le regardeur y cherche son chemin là où la peinture balafre jusqu’à sa presque disparition dans une recherche d’absolu.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2021

L'art urbain de Barbara Cardinale

Cardinale.jpgBarbara Cardinale, "Transfert", coll. Varia, art&fiction, Lausanne, 2021, CHF 40.00.

Barbara Cardinale vit et travaille à Lausanne. Diplômée après un passage à l'ENSBA de Paris,, de l’EDHEA et de l'HAED (Genève)  elle participe à des expositions collectives en Suisse et à l’étranger. Elle a monté plusieurs expositions en solo et en duo dans des galeries et ses travaux figurent dans plusieurs collections publiques en Suisse et France. L'irruption de l'art urbain est donc préservé en de tels lieux.

Cardinale 2.jpgCar l'artiste est en effet reconnue pour ses affiches. Elles se retrouvent dans les rues de Lausanne et d'ailleurs. Ce sont des transferts qui se réalisent strate après strate. Y apparaissent des guerrières et des chimères comme métaphores à la beauté sauvage d'une lutte féminine et pleine d'humour. Placés sur les murs ils  dansent et s’enrichissent parfois de dessins et de lourdes sentences incongrues à l'épreuve du temps qu'ils subissent. Certains sont mêmes arrachées par des collectionneurs.

Cardinale 3.jpgEt en 2019 l'artiste a réalisé un court-métrage ("Dons urbains") sur son travail de rues. Cette édition ajoute une empreinte à son oeuvre première. Elle recèle deux posters sérigraphiés à partir de photographies d’affiches capturées dans leur contexte urbain. Existe donc ce que Barbara Cardinale nomme "une reproduction du dehors pour une installation en dedans". C'est aussi une mise en abyme de son expérimentation en un hymen du précieux et du vernaculaire. L'art urbain et sa rhétorique y trouvent une nouvelle emprise en déplaçant les hiéroglyphes de conjuration d'un espace à un autre.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/07/2021

Linda Tuloup : le feu et la forme

Tuloup 2.jpgAvec son premier film,  la photographe Linda Tuloup entraîne dans un univers de grâce et de solitude et  pose la question "de quel feu sommes-nous nés ?" à travers la scénarisation du corps féminin, un corps magnétique dont la source tient au feu et la vie à l'envol
 
Tuloup.jpgLinda Tuloup crée ce qu'elle nomme une "élégie, une mélopée de nuit mêlant souvenirs tremblants et photographies." Elle remonte l'existence au-delà d'une simple narration intimiste dans une ode aux lueurs d'incendie.
 
Tuloup 3.jpgDe la nuit profonde, originelle, immémoriale - celle que Quignard nomme "la nuit sexuelle" - surgit la voix et la présence d'une femme ailée qui transcende "la terre rouge des origines et la cendre des mots". Le film de la Savoyarde revient donc à cette nuit où nous avons cessé de dormir. Dès lors et comme elle l'écrit ce film-souffle "C’est toi, c’est moi, c’est nous." C'est donc bien plus qu'une vulgate pour les corps l'un à l'autre étrangers.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Linda Tuloup, "Feu", film photographique, Festival Paris l'été, Du 15 au 31 juillet 2021, Lycée Jacques Decour, 75009 Paris.