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31/01/2017

Nan Goldin : femmes au bord de la crise de nerfs


Goldin 3.jpgEn 700 diapositives de 1985 retravaillées 20 ans plus tard, Nan Goldin propose son installation la plus célèbre à New York. L’œuvre est une sorte de journal intimiste et libre où les femmes sont montrées sans fard dans leur quotidien parfois très rude (euphémisme). Goldin 4.jpg

L’ensemble est aussi critique, caustique que sourdement nostalgique. S’y retrouve le coup d’œil spontané et incisif de la photographe.

Goldin.jpg

 

L’artiste découpe sa vie  en thématiques accompagnées de diverses musiques. Détachées du discours féministe pur et dur les œuvres se rapprochent parfois d’une forme particulière de fantastique quotidien voire d’un certain grotesque aussi involontaire que programmé. Goldin 2.jpgLes failles du monde occidental sont mises en évidences. La femme n’est plus montrée comme sujet à fantasmes. Elle est « l’objet » mal mené des hommes et de leurs désirs prédateurs.
Jean-Paul Gavard-Perret

Nan Goldin, "The Ballad of Sexual Dependency", MOMA, New York, du 11 juin 2016 au 12 février 2017.

16:47 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

30/01/2017

Ayline Olukman et le refus de l’hypocrisie

 

Olukman 4.jpgA l’inverse de tant de peintres qui cachent le fait que leurs œuvres ne sont qu’un barbouillage de photographies, Ayline Olukman revendique cette origine. Elle reste donc autant photographe que peintre. Elle joue sans cesse des résurgences de l’image première à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur.

Olukman 3.jpgIl s’agit de mettre en exergue le seuil de la visibilité photographique par quelques éléments capables de créer une évaporation. Elle va jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que l’image originale dans ses « magasins de curiosité ».

 

 

 

 

 

 

 

Olukman.jpgLes œuvres d’Ayline Olukman sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la photographie comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : la peinture, en rebond, les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l’artiste  et exposition  actuelle à la galerie Bertrand Gillig, Strasbourg.

 

29/01/2017

Lady Skollie : tout ce qui reste

Skollo 2.jpgLe trajet de l’œuvre de la Sud-Africaine Lady Skollie obéit à un dessein. Les ogives qui en jaillissent ont des valeurs symboliques. Il en va de même pour les fesses et les mamelles peintes de manière volontairement « naïves » en hommage aux œuvres de son ethnie d’origine (les Khois) et qui avant d’être réduite à 100 000 individus fut la plus important de la terre.

Skollo.jpgDes chatoiements violents provoquent l’œil afin de s’opposer à la formule de Léonard qui voulait que la peinture fût « parete di vetro », obstacle transparent, cloison que les yeux et l’esprit traversent doucement. L’œuvre de Lady Skollie est à l’inverse un mur de caverne. L’artiste se moque de l’herméneutique savante pour se cogner fort selon une littéralité néanmoins poétique. Les surfaces colorées, simplifiées en aplats monochromes juxtaposés tendent vers l’abstraction ou une symbolique en rien décorative. Il ne s’agit pas de raffiner la figure.

Skollo 3.jpgLes formes rudes, évocatrices de la femme « animalisée » à dessein ne la réduisent pas à la bête mais lui apprennnent à se défendre. Dans des formes esquissées n’existe aucune complaisance érotique : juste un peu d’humour contre les mâles et leurs appétits qui ne portent pas moindre attention pour leur partenaire. La peinture de Lady Skollie est dure. Elle ne fait pas dans le détail : elle cogne et les couleurs résonnent. Face à l’impossible humanité ? Un peu sans doute. Certainement même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lady Skollie’s “Lust Politics” jusqu’au 4 mars, Tyburn Gallery, Londres.