gruyeresuisse

22/12/2019

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

20/12/2019

Katia Gehrung : voies et voix des silencieuses

Katia 2.jpgLe monde de Katia Gehrung saisit par ses déphasages empreints d'humour et de gravité. L'intelligence est toujours au rendez-vous dans ce qui veut paraître des "exercices d'imbécilité" (Novarina). Et ce n’est pas un hasard si Vénus sort de l’eau ou se plante au milieu de route à ses risques et périls. Néanmoins les voyeurs courent les même danger là où l'artiste forge sa propre symbolique et sa lutte. Elle est à la fois toutes les femmes et la nageuse d’une confrontation où le monde ne connaît que le féminin et ses mémoires silencieuses que la créatrice réanime.

Katia.jpgCette quête reste un combat. Les narrations et leurs actrices en impriment l’impulsion là où le propre «je» de l'artiste piste celle qui il est pour un devenir germinatif au sein de propositions qui restent des insurrections. Katia Gehrung évoque la femme sans faire de sermons. Et elle multiplie les apparitions intempestives pour faire sortir du silence celles qui ont servi de torchon ou de repos du guerrier. Le féminin avance là où le gouffre de l’être se transforme en une maison aux mythes et empreintes aussi archaïques qu’utopiques. L'artiste ose une forme d’ «incompossible», le passage à la conscience comme au désir qui lisse jusqu’au creux du ventre où se fatigue la salive d’une langue récoltée.

Katia 3.jpgIl n'existe dans de telles mises en scène ni haine ou amertume. Juste la puissance de la poésie surréaliste comme alternative aux statuts-quo. Le féminin imprime des vagues dont Katia Gehrung prolonge les ondes et l'écume loin de tout caractère impressionniste ou expressionniste. L'artiste ne crée pas "sur" les femmes, ce sont elles qui semblent inventer l'image - même si l'officiante est bien au commande. C'est pourquoi la représentation réaliste - perdant pied - avance vers ce qui se voudrait énigme mais peut modifier les leçons de l’histoire écrite jusque là par les mâles. C'est une manière de réinventer l'occident.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

18/12/2019

Eleni Kougionis : un autre regard

Koigionis 3.jpgNée en 1988 Eleni Kougionis est une jeune photographe de Bâle. Elle s’empare de l’outil photographique comme reporter et ethnologue - par exemple auprès des groupes punk en Indonésie. L'image constitue pour elle la matière mentale la plus plastique. Mais il n’en est pas qui soit si  résistante pour autant. Elle libère une énergie sans pour autant que la créatrice limite ses prises au domaine de la rêverie et de la fiction.

Kougionis2.pngSes travaux facilitent l’accès à  la connaissance mais loin d'un vieux fond intellectualiste (ou tenu pour tel) qui pousse ceux qui se piquent d'ethnologie ou de sociologie  à privilégier le texte par rapport à la photographie comme s’ils craignaient de voir leurs travaux entachés d’un substrat "touristique". Pour la Bâloise la photographie est un instrument afin de lutter contre les images fausses car elle ne se limite pas à n'enregistrer que la surface des choses. Ces prise ouvrent à la profondeur.

Kougionis.jpgDe telles prises deviennent des objets plus de réflexion que de témoignage. Le regard d'occidentale n'empêche en rien  la créatrice de chercher et de trouver des clichés symboliques. Ils offrent le passage d'une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues. Ils interrogent les relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les oeuvres deviennent les puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en devient la porte-empreinte.

Jean-Paul Gavard-Perret