gruyeresuisse

01/09/2020

Les messages chuchotés de Carla Demierre

Demierre.jpgCarla Demierre, "Qui est là ?", coll. SushLarry, Art&fiction, Lausanne, 2020, 156 p.

La plupart des histoires de ce corpus ont paru dans trois fanzines publiées et distribuées par l’auteure à son entourage entre août 2017 et juin 2018. Elles offrent des voix qui traversent le temps et l'espace. Et celle qui - après ses études aux Beaux-arts de Genève et un premier livre chez "Héros-Limite" ("Avec ou sans langue ?) - se fit remarquer par "Ma mère est humoriste" (Léo Scheer, 2011) nous entraîne en différents périples : au bord de l’Orénoque en compagnie d’un ethno-musicologue et ses magnétophones, à Genève au tournant du 20e siècle en compagnie de spirites, etc.

Demierre 2.jpgL'auteure a enregistré des histoires de voix avant de les reprendre littérairement de manière magistrale. Si bien que les textes de cet ensemble - sorte d'exquis cadavre fait de cadavres exquis - deviennent autant d'exercices de décompositions et recompositions "Entre précis de communication avec le monde invisible et déambulation aveugle dans une forêt de sons". Le tout "par impulsions médiumniques / magnétiques" afin de proposer une poétique des voix enregistrées par le support de l'écriture.

Demierre 3.jpgCes dix histoires - de "la fréquence Jürgenson" à "une tombe qui parle" en passant par "la nuit du phonographe", l'"Archéologie d'un média mort" et bien sur "Qui est là ?" proposent un récit jouissif de captation de la voix humaine et de sa diffusion dans différentes situations, natures et locuteurs vivants ou morts. Mais elles offrent tout autant la présence d'étranges visions sonores et cinématographiques. Le tout à l'image du héros de son premier texte aussi chatoyant, drôle, incifif surprenant, inquiétant et prenant que les autres. Celui qui est venu en son temps (comme Knut Viktor plus tard) enregistrer à Stockholm le chant des oiseaux, met - via la narratrice -   la lectrice ou le lecteur en état d'hallucination et interférence entre chant des pinsons et une voix d'outre tombe. Mais pas d'outre timbre... A bon entendeur, Salut !

Jean-Paul Gavard-Perret

29/08/2020

Alexandra Leykauf : la transformation du paysage

Leylaud 2.pngAlexandra Leykauf, "Both Sides Now", Villa du Parc, centre d'art contemporain, 12 rue de Genève, Annemasse, du 5 septembre au 20 décembre 2020 et La Nuit remue / La Bâtie - Festival de Genève

Pour son exposition de rentrée La Villa du Parc présente les travaux d'Alexandra Leykauf. Elle y monte un parcours de ses récents travaux autour du paysage. La créatrice dérange les conventions explicites ou implicites du regard masculin qui a toujours monté de tels paysages à travers divers médiums. Tout ici s'irrégularise dans des images autant en réfraction que réfractaires.

Leylaud.pngAlexandra Leykauf se répappropie de telles images "officielles" et redonne à l'œil une position critique pour offrir une esthétique inédite. Dans ce but elle manipule et approfondit les codes visuels et culturels en utilisant par exemple les peintures des plus grands musées (Corot, Crespy Le Prince, Hodler, etc.).. Ell s'y introduit à travers le prisme d’éléments tangibles de sa perception quotidienne : table de travail, atelier, smartphone....

Leylaud 3.pngSont présents des dispositifs de mixages, de trompe-l’œil, de kaléidoscopes et l’ensemble de ses Faces, "paréidolies photographiques d’une animalité cachée qui affleurerait inconsciemment à la surface des paysages harmonieux et canoniques de l’histoire de l’art". Si bien que le paysage comme objet d'émotion esthétique et de représentation philosophique du monde se transforme afin que nos propres interprétations - grâce aux "schèmes" de l'artiste - prennent le relais.

Jean-Paul Gavard-Perret

Giorgia Bellotti : du côté du mystère

Bellotti 2.jpgGiorgia Bellotti vit dans les hauteurs de l’Apennin toscan-émilien. Depuis son enfance elle travaillait le dessin et la peinture mais c'est en découvrant la photographie comme médium que sa création a trouvé son impulsion génératrice. Commence bien des enquêtes filées sur un passé en piété ou imprévisible. Centrée sur une recherce de sa propre indentité et de son univers intérieur, Giorgia Bellottit transforme l’autoportrait pour se voir, se chercher.

Bellotii 3.jpgMais son visage reste caché là où une suite de visions surréalistes rappellent les univers des photographes de Man Ray et de Claude Cahun mais selon un apport de couleurs et de mises en scène.Un tel partage touche en conséquence à la vie intérieure et à la pensée au sein d'une vision esthétique et intellectuelle.

Bellotti 4.jpgElle reste la plus sure volupté de perdre pied et de lâcher le possible pour l’impossible. Gardant caché son secret ou son énigme, par chacune de ses photos, passe  moins un "Regretio ad uterum" qu'un sens consumé de l'humour. Il aiguise  la beauté et le mystère. Un tel "propos" n'est jamais une mascarade mais une volonté de scénariser ce que les mots ne peuvent exprimer.

Jean-Paul Gavard-Perret

https: //opendoors.gallery/artists/giorgia-bellotti