gruyeresuisse

08/01/2020

Albertine : insolitudes

Albertine 2.jpgAlbertine, "les solitudes", Galerie Ligne Treize, Carouge, Genève, du 11 janvier au 7 février 2020.

Albertine est dessinatrice et peintre. Elle connaît déjà une renommée autant en  Suisse  qu'à l'étranger. En tant qu'illustratrice elle a déjà reçu de nombreux prix dont la Pomme d’Or de Bratislava pour "Marta et la bicyclette", le Prix Jeunesse et Médias pour "La Rumeur de Venise" et le Prix Sorcières pour "Les Oiseaux", ouvrage sélectionné comme un des 10 meilleurs livres de l’année par la New York Times Book Review en 2012.

Albertine.jpgPressentant l'illusion picturale comme la seule source féconde de remise en cause de la réalité elle en offre une autre présence, un autre contenu, une autre façon de la regarder dans ce qui tient d'une fausse naïveté. Lignes et couleurs surgissent avec alacrité là même où la solitude devient l'objet de la création.

Albertine 3.jpgUne telle oeuvre dégraisse les éléments superfétatoires. Il ne s'agit plus d'accrocher aux cimaises des pans du leurre mais de créer le temps d'une solitude présentée avec ironie subtile et fraîche. Par ses  gouaches sur papier la créatrice ne cherche pas les "coups" dans lesquels certains artistes s'épuisent pour rien. Le regard pénètre des paysages ou des lieux aussi évidents qu'inconnus. De la compacité démembrée/reconstruite surgissent des soubresauts du sensible, des signes d'une sorte de convulsion d'un fini renversé. La peinture n’est plus un pur néos. Elle ne se mure pas dans l'apprêt mais s’en éloigne.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

23/12/2019

Paysages et portraits d'Anna Pizzolante

Anna.pngEntre images-vérités et scènes fictionnées Anna Pizzolante crée une photo expressionniste aux couleurs défaites ou recomposées. Celle qui croit aux nuits croit aussi aux jours. Elle est sensible à d'autres chemins que le sien. Qu'importe alors si les fleurs n'apprendront jamais à voler (à moins d'ête attachées à une femme qui n'existe peut-être pas). Mais les photos "disent" à leur manière les blessures de la vérité (par le mensonge de la fiction) et le réel du monde qui se délite (femmes ou paysages) à travers ses reportages.

 

Anna 4.jpgDans de telles oeuvres la lumière ne procure pas que de la chaleur mais elles donnent du courage, de la volonté. En filigrane un message semble serpenter : l'amour est le paradis vécu en un enfer perpétuel. Il s'agit de triompher du temps et trouver peut-être une forme de salut. C'est une manière de se changer  par l'attention aux autres.

 

Anna 3.jpg

Sans cesse Anna Pizzolante jette des indices comme des projectiles pour rattraper ce qui fut détruit ou perdue. L'histoire n'est donc jamais finie. La photographie continue à en remonter la trace et à en donner des états pour rêver un éternel retour. Existe une manière de mesurer le silence quelque part entre les ombres et le jour au sein d'une lente obstination afin de créer une fascination inquiète en un pont entre le passé et le présent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/12/2019

Mélanie Leblanc : effet du prince (charmant)

Leblanc.jpgMélanie Leblanc écrit le poème des attentes : « Je sais que tu es tout près – presque je vole – j'ai peine à respirer – ne restent que quelques pas – là derrière cette porte – je vais te trouver – j'essaie de reprendre mon souffle – en vain – voilà que j'ose – je gratte à peine – j'entends ton pas qui approche – suspends mon souffle. » Preuve que chercher à être reste plus important qu'être.

 

 

 

Leblanc 2.jpgL'énergie est attente et latence. Plus même. C'est la recherche de quelque chose de pur et de premier qui effacerait certaines pages du passé. C'est. Ce qui dépouille pour oser la nudité devant un regard d'homme. Bref Mélanie Leblanc descend dans le silence des femmes. Leur blancheur touche les mots presque impossibles, ceux d'avant.

Leblanc 3.jpgC'est son calendrier d'immédiateté. C'est. L'approche du nous qui dépasse. Il crée un savoir des images "avenir" dans la langue. C'est la préséance de l'Aleph, du A de l'amour et de son paradis. Peut-être avant l'enfer car nul ne sait de quoi est fait le charnel obsédant. C'est le récit impossible de ce qui peut arriver. La femme est attente. De ce qui n'existe pas encore. Ou trop.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mélanie Leblanc, "Presque je vole", Editions de la Salle de Bains, Rouen, 2019, 5 E..