gruyeresuisse

02/05/2019

Barbara Polla : après Weinstein

Polla.pngPolla 2.jpgDans son nouvel opus, sorte de suite à "Femmes hors normes, Tout à fait femme, Tout à fait homme", la genevoise Barbara Polla examine les nouvelles donnes du féminisme : intersectionnel, LGBTIQA, pro-sexe, pro-désir, antipsécisme, entrepreneurial, etc.. Chaque fois avec clarté l'auteure fait un point précis des nouveaux enjeux, leurs espoirs mais aussi leurs risques et manques afin d'éviter certaines impasses. 

La séduction et le désir y sont examinés dans les divers lieux du monde et les données inhérentes à leurs cultures. L'auteure ne tombe jamais dans le goût des dogmes ou du manifeste. Elle cultive une liberté de pensée impertinente pour dire tout ce qui ne se pense pas ou si peu en reprenant des textes majeurs : de "La nuit sexuelle" de Quignard aux livres de Maïa Mazaurette. 

Polla 3.pngSans la moindre posture face aux impostures - celle qui a appris à n'être obligée de rien ouvre des voies au sein même des corpus théoriques qui entraînent en dépit de leur propos une réduction du corps. Contre les machismes, sexismes, partiarcats, racismes, homophoblies, enfermements, etc., Barbara Polla n'oppose jamais femmes et hommes : elle sait que "balancer son porc", n'est qu'une impasse : "j'aurais préféré que l'on parle de ma dignité plus que de mon porc". D'où un appel au "nous" plutôt qu'à l'exarcerbation des "contraires". C'est par ce nous que passe toute autonomie nécessaire à une nouvelle démocratie des corps et des esprits. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, "Le Nouveau Féminisme", Editions Odile Jacob, Paris, 2019, 272 p..

 

 

01/05/2019

Le minimalisme merveilleux de Julie Brand

Brand.jpgJulie Brand, "les lents arpenteurs", galerie Ligne Treize, Carouge, du 2 au 26 mai 2019.

Julie Brand propose à la galerie Ligne Treize un pan peu connu de sa création toujours atypique. Revenant aux racines de l'art (le dessin) elle crée un univers de lignes pures aux figurations aussi simples qu'originales. Son graphisme - issu de sa formation de designer - propose un univers où  le juste retour des "choses" vient à bout du rêve selon un réalisme très particulier.

 

Brand 2.pngChaque œuvre délimite un étrange espace choréïque. Rien de ce qui est habituellement "exploitable" en tant qu'image est utilisé. Chaque dessin reste proche d'un conceptualisme éloigné de l'ornementation. Tout se montre avec pudeur et sans provocation dans un mouvement de pénétration et d'interrogation. D'une succession de présences surgit un émoi particulier à la surface du support. Dans le morcellement se crée un double jeu des formes. Où tout finit. Où tout commence. La force fascinante ne cherche ni à agresser, ni  à  séduire : elle parle du dehors, du dedans, de l'envers et de l'endroit.

Brand 3.jpgNous passons d'une épreuve purement physique à une épreuve mentale et qui doit rester comme telle. Sans idéalisme marqué l'artiste ne met pas le monde sans dessus dessous. Elle ne l'endort pas pour autant. Demeure le tonus discret d'un merveilleux minimaliste entre précision et indécision. Le dessin échappe à l'uniformité : il éclaire la conscience. N'est-ce pas le meilleur moyen de parvenir à la connaissance de qui ou de si nous sommes en un jeu de traces ?

J-P Gavard-Perret

29/04/2019

Monique Mercerat : cahiers de l'obscur - voir dedans.

Mercerat 3.jpgMonique Mercerat, "Les fenêtres-tiroirs", Galerie Andata / Ritorno, Genève, du 17 au 26 mai 2018.

 

Joseph Farine, directeur de la galerie Andata/Ritorno, permet de présenter l'oeuvre de Monique Mercerat créée au rotring sur des feuilles de papier. Les compositions, aux structures précises et complexes, témoignent d’un art de la "broderie" à l'espace saturé dans un certain esprit "art brut" auquel ce travail peut être rattaché.

 

Mercerat 2.pngNée en 1944 à Courgenay dans le Jura, Monique Mercerat est atteinte d’une malformation de naissance. Sa vie est ponctuées de séjours à l’hôpital ou chez ses parents. Après leurs décès elle est accueillie chez sa sœur à Genève et intègre, en 2011, la Fondation Aigues-Vertes, où elle vit aujourd’hui et dessine régulièrement dans sa chambre, ainsi qu’à la Fondation Cap Loisirs. Ici, elle est accompagnée par Nicole Reimann, responsable culturelle de l’espace34, qui conserve et archive ses dessins depuis de nombreuses années.

 

Mercerat bon.jpgMonique Mercerat trouve refuge et réconfort dans le dessin. Elle y développe un univers onirique  dans lequel se distinguent des paysages familiers (sapins, chalets, trains, etc.). Existent des transferts, des rattachements, des isolations en des mouvements  liés à l'essieu du rotring. L'image se multiplie mais où la scène reste vide. Quelque chose bée puis se scelle. Des traces se sont réfugiées dans la page surpeuplée pour exhaler sans le trahir ce que l'artiste - et pourquoi pas nous mêmes - avons sur le coeur.  Elles sont aussi des vieux songes qui reviennent - frais comme des gardons en une traque de signes et griffures - vers la première image et le trou noir dedans, comme miroir de la nuit par cette fenêtre du support (fermée-ouverte). L'encre n'est plus la graphie sur le blanc mais la biffure dans le noir. Les traces vibrent d'un bourdonnement d'insectes mais d'insectes qui ne disparaitraient pas lorsque la lampe s'éteint.

 

Jean-Paul Gavard-Perret