gruyeresuisse

07/06/2021

Katrin Plavčak, naïve - mais pas trop

Plavack 2.jpgKatrin Plavčak, "Peinture naïve", Galerie Mezzanin, Genève, du 29 mai au 10 juillet 2021.
 
Katrin Plavčak, née à Gütersloh, Allemagne en 1970, vit et travaille à Vienne. L'aspect naïf de ses peintures n’est « que » le point de départ d’une démarche plus ample. Chaque peinture devient une partition qui permet de rejouer de nouvelles mélodies exotiques ou non révélatrices d'une situation, d'une perte de réflexe, d'un débordement. Depuis le début de son travail elle cherche à confronter les points de vue afin de développer des pistes auxquelles on n’avait pas forcément pensé
 
Plavack 4.jpgDans l’interstice entre les genres picturaux un lien prend forme et sens au fil du travail. Un certain nombre de facettes peuvent évoluer en permanence.  La manière dont l'artiste vit l'imaginaire ne l'empêche pas de s'immerger dans une réalité qu'elle revisite en privilégiant la frontalité, la tentation du récit est évincée au profit d'une réflexion sur la notion d'image même si elle garde la capacité à introduire de l’événement dans un autre : celui de la peinture d'où tout part et tout revient.
 
Plavack 3.jpgL'artiste donne à voir le travail de sape salutaire de la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace loin des stances qui habillent d'impudiques fioritures un regard "douteux". L'impudeur de l'artiste est autre : elle ne fait plus de la femme le trophée lumineux de l’orgueil masculin
 
Jean-Paul Gavard-Perret

04/06/2021

Renée Jacobs : la traversée de Paris 

jacobs4.jpgRenée Jacobs  sait, comme elle l'écrit, que "Pendant si longtemps, on a dit aux femmes de cacher leur sexualité ou de prétendre qu’elle n’existe pas, ou de la faire exister uniquement pour vendre du savon ou des shampoings, mais pas pour posséder la fierté et le pouvoir qui se cachent derrière." 

Elle transforme la donne dans une traversée de Paris. La sexualité est incroyablement puissante. Et les rues de Paris deviennent des chapelles en plein air  pour les saintes sexy en fruits  et fleurs.

 

Jacobs 3.jpgLes femmes sont fières de leur corps et affichent leur liberté. "Je ne m’excuse pas pour l’érotisme des femmes sur mes photos" dit celle qui collabore avec ses modèles "pour créer ces images pour nous." et qui depuis longtemps se l'était promis.

Jacobs 2.jpgLa femme n'est  ni simple objet de décoration ni allégorie. L'artiste en refusant de masquer la sexualité, la révèle dans un  souci de délectation. La splendeur diversifiée des égéries prend le plus large spectre là où elles nesont plus des spectres mais des sphinges en embuscades et où leur images deviennent celle d'une vie libre. Sans leur nudité que serait la vertu d'un lieu ?

Jean-Paul Gavard-Perret

"Renée Jacobs' Paris",  Galerie Vevais, Paris, 2021, 49 E.
 

02/06/2021

Ouvroir d'insanités très potentielles : Ursula Knobel

Knobel.jpgLes élues et leurs compères d'Ursula Knobel créent un  bestiaire acidulé. Nous comprenons très vite que parmi ces drôles de zèbres, des dodues ou des maigrichonnes optent pour l’assomption de leur mont de Vénus afin de prendre leur pied. Elles veulent enfin pousser la note bleue que Freud prit pour l’apanage des hystériques. Ursula Knobel  est plus lucide : ses personnages les plus masculins et velus sont capables de mêmes contre-uts. Notons au passage que l'artiste les met souvent en marche et en quête de masseuses perverses pour qu'ils puissent se refaire une santé aussi bien mentale que charnelle.
 
Knobel 2.jpgDans chaque aquarelle, côté mercure, la température est au plus haut. Si bien que l'on peut se demander si l'artiste - pour sa technique - n'utilise pas de l'eau bouillante plutôt que de l'eau bénie de fonds baptismaux. Ici les messes sont câlines. C'est pourquoi il est demandé aux amateurs de romantisme de passer outre.  Les créatures dépotent un maximum. Et pour ses portraits hirsutes et souvent riches en pilosité l'artiste savonne la planche où ils glissent afin d’aller d’un lit de stupre à une autre de fornication. Qu'ils soient gigolos ou belles de cas d'X n'a que peu d'importance.
 
Knobel 3.jpgReste une collection drolatique de satrapes plutôt que de trappistes. S'y découvre une strip-teaseuse de la barre pour peu qu’elle ne soit pas oblique.  Et ses glandes mammaires deviennent des pétards affriolants.  Bref le régal est à chaque dessin. Si bien que sur les racines grecques et chrétiennes de l'art poussent des rhizomes imprévus là où l'ange cultive la bête et la seconde le diable dans ces facéties premières et altières.
 

Jean-Paul Gavard-Perret