gruyeresuisse

18/02/2016

Nadia Maria et la nuit sexuelle

 

 

nadia maria.jpgL’œuvre de Nadia Maria multiplie le réseau du mystère de l’être et une mythologie de l'incarnation féminine. Il ne s’agit plus et simplement «  de rappeler l'être aux choses spirituelles par le mystère de son corps » (Saint Thomas d’Aquin) : mais de distinguer ce qui est féminité et ce qui est Femme. La photographe introduit divers types de mutations par surimpressions dans lesquelles le chemin à parcourir est immense. Car imaginer n’est jamais restreindre  mais développer les enveloppes charnelles. L’artiste ne s’en prive pas. Surgissent en échos une fête païenne et un rituel aussi érotique qu’austère. La femme est déjà fée car sortie de sa chrysalide mais son efflorescence et l’éclat de sa magie sont parcourus de fantômes dont l’animal est parfois l’incarnation.

 

nadia maria 3.jpgDentelles, remous, fragrances sont au prise avec lui. Le royaume féminin est - à travers lui - habité d’ombres qui apprivoisent l’exaltante suavité s’emparant du corps à la vitesse du plaisir qui monte. Mais la rose de personne est cachée dans les plis. L’étoile de mer reste transparente comme l’est sa robe de dentelles. Demeure dans l'épreuve du désir une transgression qui n’a rien de basique dont la sylphide devient la " pierre vivante". nadia maria 2.pngNadia Maria crée une liturgie qui possède le pouvoir mystérieux de transformer le corps physique, vulgaire, en corps du mystère. L'érotisme s'élève contre tout effet de simplification. Un rien naturalisée la féminité apprend à se méfier de sa propre séduction. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’origine et de la « nuit sexuelle » (Quignard) dont on ne saura jamais rien sinon ce que l’artiste en suggère en des « sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/02/2016

Cratères et affleurements d’Anaelle Clot

 

Clot 2.jpgAnaelle Clot, « Entre les fissures », galerie Kissthedesign, Lausanne. jusqu'au 24 mars.

 

Anaelle Clot réorganise le monde pour qu’en émerge des profondeurs au dessous de son écorce. Chaque ogive de la créatrice crée des songes au sein même de paysages, de personnages et animaux propres à fomenter une féerie d’un nouveau genre. La lumière jaillit par le jeu d’un dessin parfait. Tout se passe comme si l’artiste déchirait un rideau d’apparence afin  que jaillissent des courants, des mouvements, des grouillements en des narrations drôles, imprévues, poétiques, envoutantes.

 

Clot.jpgPar le quasi monochrome des abîmes s’allument, un bestiaire s’anime.  Des fables aussi. Restent des cratères d’éruption où germent des constellations. Le ver n’est plus forcément dans le fruit. Il est sur la tête et la rend bien pleine d’humour, de vie, de splendides et subtiles digressions ou transgressions. L’éternité d’histoires inédites se convulse ou se dépose doucement comme un oiseau afin que le dessin s’envole. Au passage il ronge le mystère, maraude une vie inconnue. C’est pourquoi les corbeaux se mêlent aux esprits célestes. Au besoin l’artiste les épingle sur diverses boîtes dont la crânienne. Mais on ne sort pas du monde : il se pénètre. C’est une réussite superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/02/2016

Nouveaux exercices de paranoïa critique : Christine Steuli

 

 

Streuli.pngChristine Streuli,“ Hello paranoia!“, Mark Müller Gallery, Zurich, 15 janvier - 27 février 2016

 

Avec Christine Streuli les couleurs et les formes claquent dans un délire organisé et une monumentalité impressionnante. Craquements, résonnances, lyrisme tout est en rang de bataille dans le vif et le vrai. Aux modalités habituelles du goût l'artiste impose les sauts polymorphes d'un langage autonome et intime. La fécondité créatrice ne cesse de créer un monde hybride et libre. Tout remue en une telle sidération loin des annonces canoniques de la postmodernité. Un néo-symbolisme sauvage est en marche. au milieu d’un fleuve plastique qui charrie divers épisodes.

 

Streuli 2.pngCouleurs et formes s’accumulent dans un mouvement labyrinthique sans jamais étouffer le regardeur. L’art l’emporte sur sa mort annoncée : il n’en est donc pas la chronique. Au temps humain succède le temps exclusif et inouï de l’image. Existe un parfum de vie dans de tels renversements. Ils permettent saillies et béances au sein de traces bouillantes et brouillantes. Elles font se redresser certains membres avant qu’ils ne durcissent sous terre. Le renoncement : jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret