gruyeresuisse

01/07/2017

Sarah Haugg : lapinades

Haugg.jpgPour Sarah Haugg les lapins servent autant de fond que de formes à ses images. Ils semblent sortis d’un rêve, des limbes ou d’une temporalité d’un ordre original. L’artiste crée une perturbation et une lutte obscure contre l’ordre établi. Les éléments flottent de manière impromptue, intempestive et drôle – toujours - d’une œuvre à l’autre. Nous sommes dans la communauté d’un clapier en folie et en couleurs jouissives.

Haugg 3.jpgIl s’agit d’entrer en un monde de rêves particuliers loin de la catastrophe mais où à l’inverse au-delà de la quiétude, le réel ne coïncide plus totalement avec ce qu’il est. Existe à la fois un abandon et un lieu de vigie. La métaphysique drolatique contamine la physique « lapinière » et l’image est donc bien différente d’une simple psyché.

Haugg 2.jpgLe réel est mis en abîme d’être : et ce entre durée et abyme comme s’il s’agissait d’atteindre une limite non du néant mais de la continuité de la durée qui paraît soutenir tous les temps et lui résister là où ce qui reste prend une plaisanterie particulière et moins non-sensique qu’il n’y paraît.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Sarah Haugg, « Rabbit, rabbit, rabbit » www.sarahhaug.com

30/06/2017

Joyce Tenneson : aurores de certains soirs

Tenneson.jpgPhotographe essentiellement portraitiste Joyce Tenneson crée un univers poétique, évanescent, énigmatique. Refusant le simple effet de surface elle cherche avec ses modèles des moments privilégiés, magiques au sein de jeux subtils de lumières. L’artiste photographie aussi des fleurs, arbres et coquillages pour à la fois trouver des instants d’arrêt mais dans lesquels la nature prend comme les portraits une sorte d’essentialité.

Par une photographie « lavis », la créatrice ne lave pas à grande eau le monde mais permet de faire de celui-ci un corps lumineux et étrange. Il se gonfle, déborde de possibles comme une femme enceinte, comme une terre en soulèvement. Chaque image semble accouchée, réengendrée, gorgée d'amour, chargé de l'avenir et de la mémoire.

Tenneson 2.jpgUne telle démarche provoque une autre présence. Soustrait aux prises habituelles, le portrait change mais en restant le même. C'est (aussi) une manière de retrouver une forme d'extase ou de ne pas la quitter. L’image trouble par l’association du rêve et de la réflexion en donnant à voir ce qui est à fleur de peau. Et au-delà. Ou en deçà.

Jean-Paul Gavard-Perret

Joyce Tenneson, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride.

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23/06/2017

Marie Mons : Île d’Elle

Marie Mons.jpgDécidée ou subie, la solitude des photographies de Marie Mons est pleine. Elle débride le vide par un nœud de contraintes trouvée dans les lieux nocturnes que la créatrice affectionne. Désormais c’est Islande en sa nuit polaire. La présence des portraits la réanime à travers un double littéraire et existentielle : manière de rappeler la violence dans la dé/repossession. A savoir ce qui touche à l’essentiel de l’être dans sa chair.

Ce double rappelle que la condition d’être n’a pas disparu : il suffit de la qualité d’un lieu, la lumière d’une mise en scène et un sens du rite. Dans la « nuit enfante » comparable aux journées dont parla Rimbaud, là où l’ombre fait barrage l’artiste ouvre à la vision par une révulsion particulière.

Marie Mons 2.jpgManière de faire le vide en quelque sorte mais aussi de faire le pas, renverser les rôles, accepter la perte, permettre s’accéder à la douleur de l’amour. Se mettre ainsi au coeur de la glace parce qu’il y aura toujours le trop brûlant du corps. Et celui de l’île. Il faut y suivre la créatrice en ses métamorphoses et césures, ses jeux d’abstraction et de figuration pour voir un visage qui n’ajoute rien, mais ne retranche rien de l’affolement dont il sort.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Mons, « I am Aurore Colbert said Marie Mons », ARP2 Publishing. Exposition aux Nuits photographiques de Pierrevert, 27 – 30 Juillet 2017.