gruyeresuisse

04/06/2017

Martine Demal : monstres de plénitude

 
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Percevant la sculpture comme une totalité, sachant que l'abstraction existe à cause de la figuration et vice versa, Martine Demal crée un langage obstiné : les formes touchent à une émotion et un épique particuliers. Ancrés sur un socle mais portés vers le ciel, ses hommes debout (en "ribambelle"), plus que d'illustrer une trame narrative, sont des signes de sur-voyance.

 

 

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Martine Demal ose donc une sorte de sublimation. Par le feu des métamorphoses, elle unit et sépare, avance dans l’inconnu, en n’oubliant jamais ce qui manque ou pèse : une autre vie au coeur de la notre. Bride lâchée à l'élan, jaillissent des revenants qu'on a jamais vus et qui vivent à la fois ni fusionnés ni désunis au cœur arrêté de l'agitation. Le dehors les entoure mais aussi s'y comprime.

 

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L'artiste saisit le secret de ces “ doubles” à travers d'illustres prédécesseurs qu'elle ne "copie" jamais mais que son œuvre rappelle: Giacometti et Chavignier. Dans l’âpreté de la matière le secret du souffle émerge en des propositions dressées et mentales. Soudain, l’espace intérieur sans fond prend forme à travers une représentation traitée comme signe et non comme formule essentialiste ou psychologisante. Une fiction qu'on nommera atomique et anatomique jaillit en une unité abstractive où rien n'est séparé du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Demal, "Chemin faisant", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, Rue Basse du château, juin 2017

01/06/2017

Marie-Claude Gardel et l’effusif

Gardel.jpgMarie-Claude Gardel, « Supports papiers », Impasse du Phoenix, Lausanne, 14 juin au 2 juillet 2017.

La gravure crée une confluence endiguée par le flux plus que le poids de la presse. Elle incorpore dans son avance les encres en alimentant le papier de couleurs en une « fuite » où l’impondérable garde son mot à dire. Un cortège de légèreté semble apparaître mais au nom d’une ascèse qui la comprime et pour la découverte surprise qu’implique cette pratique.

Gardel 2.pngDes incidents de parcours sont toujours possibles, la gravure peut connaître des tremblés, des attentes. Mais c’est ainsi que se franchit la frontière entre image et image « de », entre être et franchir. Chaque tirage bâtit une demeure, un nid indéfiniment suspendu.

Existe toujours quelque chose qui couve et se tient au chaud. La gravure devient une cachette : bientôt se dévoile son secret. De l’air il en reste toujours. S’il n’est pas inclus il est marqué. Il est ce sur quoi la gravure s’appuie et avec quoi elle se compose. Le tirage fait que la suspension d’un souffle devient figure : c’est un film arrêté sur sa propre réussite.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

31/05/2017

Ecarts et accords de Suzanne Kasser

Kasser.jpgSuzanne Kasser, « Supports papiers », Impasse du Phoenix, Lausanne, 14 juin au 2 juillet 2017.

Suzanne Kasser se pose parfois sur le front du paysage pour décider des incrustations qu’elle choisit de garder. Mais il est moins question de donner les informations sur le monde que de l’ « indécider » en des territoires qui révèlent de nouvelles distributions et mises en espace sans mépris du réel ni concession au décor.

Kasser 2.jpgCe monde plastique devient le nôtre parce que soudain notre regard doit intégrer les composantes que l’artiste présente dans des à-plats. Ils offrent le moyen de voir autrement à travers des trames et ce qui reste de « figure » et d’écriture. Certes, la « ronde » des images suit son cours ailleurs : néanmoins il faut retenir le chantier permanent que Suzanne Kasser fomente. Elle concentre une force qui ne se montre pas : il n’est pas aisé d’en surprendre l’alerte ou d’en obtenir l’agrément.

Jean-Paul Gavard-Perret