gruyeresuisse

19/08/2021

Mireille Fulpius : structures poétiques pour digressions urbaines

Fulpius.jpgArt en plein air, Môtiers du 20 juin au 20 septembre 2021, "Avoir" lieu, 3 installations à Chambéry et aux Charmettes du 15 juillet au 30 octobre 2021
 
Fulpius 2.jpgDans son land-art Mireille Fulpius crée  des compositions sculpturales et des installations in situ. Auparavant, dans une ancienne forge, à Marchissy, entre Genève et Lausanne,  elle soudait d’importantes pièces métalliques géométriques. Depuis, elle a changé de lieu, de pays, de matière. Elle prépare ses oeuvres en  son atelier à Seyssel, en Haute-Savoie, dans une ancienne friche industrielle des Ateliers de la Poudrière. La franco-suisse pour transformer le bois devient   bûcheron, charpentier, architecte, designer, sculpteur, peintre, graveur. Reliée au réel dans une approche concrète elle fait de son atelier un laboratoire expérimental, S'y préparent ses installations de grande envergure en milieu naturel ou urbain. Elles sont éphémères et façonnées de façon réfléchie et ludique  en un "art constructif modulaire, libre et inventif"  écrit l'artiste.
 
Fulpius 3.jpgSon lieu de création se divise en un atelier d’art graphique avec  presse à rouleau et de l'autre un immense espace  où elle élabore ses sculptures à la tronçonneuse dans les essences de bois les plus variées : chêne, cèdre, acacia, peuplier. Progressivement les planches de pin, bambou ou épicéa sont émincées en fines et longues lanières pour être ensuite tressées, métamorphosées en compositions inattendues dans l’atelier. Quant à ses  travaux sur papier, ils  se déclinent sous la forme d’esquisses à la pierre noire sur papier coréen, d’empreintes de bois, de dessins glacés spatulés d’encre.
 
Au besoin  la sculpture devient le plus abstrait des arts.  Ses ensembles monumentaux créent des, montages capables de proposer divers types d’interactions entre l'espace et les passants. Ils sont saisis par le rythme que crée de telles "partitions" avec leurs traits  multidirectionnels, leurs effets de reliefs et comme une symbolique rattachée à la culture orientale. Cela demande sans doute un effort de reconstruction chez les regardeurs au moment où ils avancent entre formes et traces en divers types de progressions.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

17/08/2021

Bruno Stettler : le photographe et sa muse

co 3.pngBruno Stettler, "Corinne", Every Edition, Zurich, 160p., 2021. 
 
Bruno Stettler propose 80 paires de photographies prises dans les années 80 à Zurich et dont l'objet ou plutôt le sujet fut Corinne Corinne (aka Colli, Coco, Acid) que l'artiste présente ainsi : "Tu étais ma muse. Vous m’avez initié au monde de la musique pop et rock. Vous m’avez amené dans les coulisses après des concerts en direct. Vous étiez ma groupie. Vous m’avez initié aux drogues. Vous n’avez jamais eu peur (...). Tu étais ma copine, mon premier amour et mon modèle nu. Vous m’avez fait me sentir comme un vrai photographe. Vous m’avez accroché au mode de vie sauvage des années 80. Vous m’avez souvent touché le cœur. Vous avez façonné et enrichi ma vie de votre beauté, de votre humour et de votre amour. Je vous remercie infiniment »
 
co.pngCette série  devient une investigation dans la dualité du monde et de l’aliénation mais aussi des fragrances culturelles et urbaines par la mise en scène photographique capable de créer par sa structure des dissonances. L’objet physique de l'image et la situation de la muse qu’elle dépeint semblent se démettre en un dialogue entre le réel  et ce miroir. Une langue visuelle et gestuelle propose à la fois un plaisir et une angoisse. Ils ne dépendent autant de l’authenticité du sujet que de la pertinence de la construction photographique comme outil d’investigation.
 
co 2.pngStettler souligne un écart entre le visage et le portrait. La photographie prend en charge un certain dévoilement de l'identité et ouvre de nouveaux horizons sur une icône disparue. Le créateur est capable de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation. Les portraits offrent une "visagéité" (Beckett) qui souligne la "fausse évidence" des figures "réelles". Ce "face à face" fait éclater les masques et prouve que tout grand artiste est celui qui se dégage de la fixité du visage pour plonger vers l'opacité révélée d’un règne énigmatique dont il ouvre les portes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16/08/2021

Mali Lazell et Julia Haenni : du reportage à la poésie activiste du réel

All.jpgMali Lazell est photographe. Elle a développé une curiosité insatiable pour le portrait d’art contemporain à la fois visuellement et théoriquement, examinant ses sujets avec une précision intemporelle unique, alors qu’elle communique les paysages émotionnels et psychologiques complexes de chacun de ses sujets.
 
All 2.jpgElle aborde également notre apparence, les personnes que nous admirons et les secrets que nous essayons de garder, jusqu’à ce qu’elle les saisisse doucement avec son appareil photo et les transforme en art. Et dans ce livre (avec  Julia Haenni réalisatrice, écrivain et interprète) elle documente - et bien plus - la grève féministe du 14 juin 2019 en Suisse. Cette grève fut  historique. Plus d’un demi-million de personnes ont manifesté dans les rues et ont uni leurs appels à l’égalité entre les sexes.
 
All 3.jpgMali Lazell et Julia Haenni, étaient présentes et ont dépeint plus de 90 femmes en mots et en images le jour de la grève à Zurich. Le livre parle de ces grévistes. De leur force, de leur diversité, de leur solidarité. Et de leur courage de défendre leurs droits, de se mettre au centre de l’image. Elles font entendre leur voix, les femmes disent  sommes nombreuses et veulent plus, veulent tout. Et ce livre devient leur chant qui transforme leurs cris.
 
Jean-Paul Gavard-Perret