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18/02/2020

Les métamorphoses montagnardes de Charlotte Perriand

Perriand 3.jpgEn prolongement de la grande exposition à la Fondation Louis Vitton, , l'Académie des Beaux Arts de Paris présente une sélection de photographies de l'architecte et designer Charlotte Perriand (1903-1999). La créatrice explore le monde paysan, la montagne savoyarde et donne à voir un aspect plus méconnu de son œuvre. Il révèle un sens de la composition et une poétique très singuliers empreints de douceur et d'éblouissements.

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Une telle femme libre, féministe, pionnière de la modernité se révèle admiratrice de la nature. Ses photographies reflète son étonnement face à la grandeur des paysages et la profondeur des regards des montagnards.

 

Perriand 2.jpgLa photographe transforme la texture alpine dans une langue plastique qui en ses représentations de l'espace fait de chaque construction un aître : à savoir l'endroit où la question du lieu se retourne sur la question de l'être. Elle inscrit la théâtralité d'un grand récit aussi plastique que poétique. Apparaissent des lambeaux de sérénité, des perles de nuages, des bouchées cosmiques de tranches de bois. Ces métamorphoses sont autant de bijoux qui honorent la montagne par rebondissements ou échos.

Jean-Paul Gavard-Perret

Charlotte Perriand : Photographies, Académie des beaux-arts de Paris, du 13 février au 22 mars 2020.

16/02/2020

Claire Bretecher : rebellion, distance et liberté

Bretecher.jpgClaire Bretecher aura apporté à le B.D. via le dessin de presse à la fois un mixage de Ronald Searle et du "Petit Roi" d'Otto Soglow (série bien oubliée). L'humour complexe et la modernité graphique - par exemple des "Frustrés" son chef d'oeuvre - sont le fruit d'un travail plus conséquent qu'il n'y paraît et plus proche qu'on pourrait le penser de Sempé. Les deux sont les plus grands metteurs en scène de notre monde.

Bretecher 2.jpgPeintre (trop méconnue) de portraits jamais tendres et surtout au pastel, l'artiste par le dessin est devenue une star singulière. Elle montre combien le monde "ne fait pas bien les choses" - qu'il s'agisse de Dieu, la nature ou des parents. Son parcours atypique est celui d'une femme indépendante, observatrice solitaire et sauvage pour mieux se défendre depuis son nid d'aigle de Montmartre.

Bretecher 3.jpgNon militante et ignorant le mépris, l'artiste fut pourtant une féministe majeure quitte à se faire épingler par certaines d'entre elles. Tout passe chez elle par le dessin : "Le destin de Monique" (1983) anticipe par exemple des problématiques d'aujourd'hui (PMA, monoparentalité). L'ironie est chez elle complexe et demande une certaine éducation à l'humour.

Bretecher 4.jpg"Plus une histoire est bête meilleure elle est" disait celle qui a fait de l'absurde le moyen implacable de s'approcher au plus près de la vie. Barthes la désigna sociologue (elle est bien plus) et Bourdieu la loua. Bretecher pouvait se passer de telles béquilles : son oeuvre se suffit à elle-même jusque dans son invention non seulement graphique mais parfois langagière quand la parole flotte dans l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/02/2020

Béatrice Helg : retour et perspectives

Helg bon.jpgBéatrice Helg, galerie Sonia Zannettacci, Genève, jusqu'au 15 février 2020. Monographie chez 5 Continents Editions.

Béatrice Helg est née à Genève où elle vit et travaille. Après des études de violoncelle au Conservatoire de Genève, elle étudie la photographie dans des institutions de premier plan en Californie puis à New York. Ses prises vont dans le sens d'une épuration et d'une simplification. Elles présentent des univers d’ombre et de clarté d’une étrange beauté aussi poétique que spirituelle.

Helg.jpgEn ce sens l’œuvre de Béatrice Helg occupe une place singulière dans la tradition de la photographie construite et constructiviste. Loin des images hyperréalistes ou narratives, les cibachromes et tirages offrent des formes abstraites et des univers lumineux étranges empreints de spiritualité et de poésie où l'espace, le temps et l'architecturation jouent un rôle majeur.

Helg 2.jpgExposée dans le monde entier, elle fait son retour à Genève où elle n'apparaissait plus depuis la fermeture de la galerie fondée par Jan Krugier. L'artiste présente des oeuvres du passé mais surtout des pièces nouvelles en grands formats. Beatrice Helg poursuit un travail de simplification, d' épuration, d'abstraction moins conceptuelle qu'on le dit. Se retrouvent ici ses petits théâtres métalliques proches de l'architecture ou de la sculpture. Mais les nouvelles œuvres qualifiées de «Résonance» se rapprochent plus de la peinture là où les formes et la lumière interagissent.

Jean-Paul Gavard-Perret