gruyeresuisse

30/10/2019

L'éclat et l'écart : Sissi Farassat à Zurich

Sfarassat 3.jpgissi Farassat propose à Zurich des autoportraits et des photographies de membres féminins de sa famille. La plupart des clichés sont transformés par la présence de perles, cristaux, paillettes et fils. Existe - en une sorte de "sous-traitance" - mais aussi de rehaussements - une histoire qui remonte les traditions chères à l'artiste : du nouage et de la broderie de tapis persans à l’art et au design viennois.

 

farassat 2.jpgL'artiste crée diverses cadrages, décadrages et combinaisons subtiles pour transformer le regard  sur la femme comme sur l’art de la broderie, du tissage et donc de la culture attachée au féminin. Une imagerie en recouvre une autre dans un contrat tacite. Il accentue plus qu'il ne cache ce qui paraît caché. L'écart crée un éclat selon un art très particulier de ce qu'on nomme l'ornemental.

 

Farassat.jpgL'Iranienne installée à Vienne, par ses photographies "brodées" , ne cesse d'inventer des images qui débordent des normes. Paradoxalement elles ne sont plus mangées par l'ombre. La femme y paraît plus libre. Chaque image devient une porte qui ouvre sur des chemins de subtiles effractions et du rêve. Les œuvres éclairent le moi profond des femmes par des séries d'éléments  diffractés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sissi Farassat, "Hotel Orient", Bildhalle, Zurich, jusqu’au 24 novembre 2019.

29/10/2019

Isabelle Bonte et les ballets improbables

Bonte Bon.jpgIsabelle Bonte, "Fil de fer et tarlatane", Galerie Isabelle Brand, Carouge, Genève, novembre 2019.

 

"Dessins dans l’espace, filaires de volumes. Ma palette est intimiste. Proche des matériaux. Brun du fil, café de tarlatane, blanc de nuage" écrit Isabelle Bonte. Apparemment le monde devient un monde de rêve. Il est léger et presque aérien. Les couleurs sont foncées, les formes souples et l'alacrité est de mise. "Le modelage est au service de sensations de liberté" écrit encore la créatrice. Elle sait tirer les ficelles. Chaque pièce va jusqu'aux éthers et leurs nuages plus qu'elle ne grimpe aux rideaux. La rigueur est défaite. L'esprit bat la campagne.

 

Bonte.jpgPourtant l'univers de l'artiste, dans sa fragilité, est plus complexe qu'il n'y paraît. A le regarder de plus près nous comprenons que se créent des impératifs qui échappent à la conscience même de l'artiste. Tout est tiré vers le haut. Existent des oasis du féminin. Et ce ballet improbable ne signifie pas forcément que la vie est légère. Mais la sculptrice poursuit son entreprise pour notre plaisir. Sous l'humour et la légèreté un clair-obscur rend parfois dubitatif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/10/2019

Florence Andoka : fats et cochères

andoka.jpgPlutôt que de prétendre dresser ce qui nous habiterait dans la caserne de notre prétendue pureté, Florence Andoka met à nu nos animaux qui persistent. Les bêtes fabriquent une perspective que nous voulons ignorer mais que l'auteure rameute à travers nos déserts d‘ennui. Sans cesse elle les fait glisser vers le tronc de nos heures. Nos félidés sont "indociles" et un "scarabée iridescent en guise de caillou" tremble sous la langue. Mais il est aussi en nous des "chiens plus doux que des humains" et un marcassin peut servir de partenaire à une vieille dame. Pas de quoi en faire un fromage.

Andoka 2.pngCela apaise nos hantises, leurs coloris, leurs cris, leur "crinière". La mémoire ou l'oubli - comme on voudra, - dans les instants où, écrasant la pensée, la poésie se concentre pour percer la peau fuyante de l'inconscient. La hantise primitive de l’animal demeure. La pensée dans ses champs de fouilles voudrait la déjouer, lui imposer le silence. Mais prise en revers le subconscient signe son extension. Et Florence Andoka en provoque l'opération. Dire ne revient donc pas à se défaire de la bête. Bien au contraire. Une telle nudité peut mettre au moins au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu (à laquelle chacun peut trouver "un charme fou".)

Jean-Paul Gavard-Perret

Florence Andoka, "Trop bête pour toi !", Editions Mediapop, 2019, 5.00 €.