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29/08/2021

Catherine Meurisse à Bâle, entre humour et sagesse

Meurisse bon.jpgCatherine Meurisse, "L’humour au sérieux", Cartoonmuseum, Bâle, du 6 novembre 2021 au 20 mars 2022.
 
Catherine Meurisse est l’une des dessinatrices françaises les plus connues d’aujourd’hui. Elle dessine des caricatures sur l’actualité, a créé des reportages de bandes dessinées et plusieurs romans graphiques, ainsi que des livres pour enfants. C'est à l’âge de 18 ans que pour elle tout commence avec la visite de l’école Estienne, à l’occasion des journées porte ouverte.  Les élèves de l'institut lui donnèrent "l’impression d’être les apprentis de Daumier et Doré".
 
Meurisse 2.jpgSes professeurs de collège et de lycée l’avaient toujours encouragée à faire quelque chose de son coup de crayon. Car comme tout dessinateur professionnel, elle fit de nombreuses caricatures de profs à l’école et n’a jamais lâché le crayon même si elle ne pensait pas en faire un jour un métier. Etant de nature assez inquiète, elle a d’abord voulu gonfler son bagage universitaire au cas où sa carrière dans le dessin tournerait court. La provinciale monte à Paris et bientôt ses œuvres paraissent dans "Le Nouvel Observateur", "Libération" et d’autres journaux. Depuis elle est devenue la première caricaturiste membre de l’Académie des Beaux-Arts.
 
Meurisse 3.jpgL’exposition au musée du dessin animé de Bâle présente des dessins originaux de toutes les œuvres de l’artiste souvent distinguée. Celle qui travaille depuis 2001 pour "Charlie Hebdo", en 2015 échappa de justesse à l’attentat contre le magazine satirique qui tua onze de ses collègues. Depuis, elle cherche d’autres thèmes et images dans la beauté de la nature et des arts. Elle a créé deux romans graphiques avec des traits autobiographiques : "La Légèreté" et "Les grands espaces". Quant à "La facilité", l'album décrit de manière touchante comment elle se bat pour revenir à la vie par la perte et le deuil. Et avec "Delacroix", Catherine Meurisse réalise en 2019 une magnifique mise en scène des souvenirs d’Alexandre Dumas à Eugène Delacroix.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

27/08/2021

Mémoire et dystopie : Jacqueline Merville

Merville 2.jpgComplexe et dense ce grand (quoique court) roman est grevé de terribles événements tels que la terreur de la Shoah ou encore du tsunami que l'auteure avait relaté déja dans "The Black Sunday (des femmes-Antoinette Fouque, 2005). Mais il y plus car le livre nous ramène au présent.
 
 
Merville.jpgSans apparaître stricto-sensu  la pandémie du Covid-19 rampe  au moment où la rêveuse et "survivante" finit par se réveiller. Son songe reste d'une actualité percutante au moment où bien des questions demeurent : "J’ignore ce qu’est devenu le monde dont je me souviens." Mais d'ajouter aussitôt : "De ma mémoire je me méfie aussi. Est-ce bien la mienne ?". Pour le savoir - écrit-elle - "Il faudrait que je puisse parler avec celles et ceux qui n’ont pas eu la tête lessivée. Alors je saurais que le monde dont je me souviens est réellement le monde".
 
Merville 3.jpgDes questions demeurent et occupent la narratrice à chaque pas et courent sur le clavier.  Le roman ne cesse d'interroger d'autant que l'artiste se plaît à brouiller les pistes. Non par perversité mais pour renvoyer le monde à sa confusion et son chaos là où l'auteure pousse plus loin la sidération, le courage des femmes et en ouvrant la porte en dernière page à une sorte de sortie peut-être commisérative.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jacqueline Merville, "Le Courage des rêveuses", Editions des femmes - Antoinette Fouque, Paris, 2021, 96 p., 10 E.. Parution le 14 octobre 2021.

25/08/2021

Les présents gnomiques de Marie Bovo

Bovo.jpgMarie Bovo, "La saison des pluies", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 2 septembre au 30 octobre 2021.
 
"La saison des pluies" donne à voir la tombée de la nuit à Marseille, à Alger, au Ghana. Les couleurs et l'atmosphère en grand format sont captées à la chambre en argentique et en lumière réelle même lorsque celle-ci est parcimonieuse. Elles créent par exemple de fascinantes visions des murs de la cour d'un immeuble marseillais du quai de la Joliette saisi en contre-plongée parfaite.  Des fils à linge dessinent des lignes à travers l'espace, reliant les quatre murs. Les vêtements vus à la verticale paraissent presque abstraits. Existe ainsi tout un réseau de relations qui symbolises le lien entre les habitants absents mais dont de nombreux indices annoncent qu'ils ne sont jamais loin.
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Les longs temps de pose que l'artiste s'impose créent une atmosphère étrange, comme si le temps s'arrêtait. Et celle qui est née à Alicante et vit à Marseille multiplie des moments de prise entre chien et loup car la lumière y est particulière et magique - que ce soit à Marseille ou à Alger au moment où les lumières commencent à s'allumer sur les façades en vis-à-vis. Des taches de lumière signalent une vie que rideaux et persiennes avaient jusque-là cachée. Les vues sont présentées deux fois, avec de subtiles variations des couleurs.
 
Bovo 3.jpgCe qui intéresse l'artiste reste néanmoins  le quotidien, l'intime de groupes humains en un patchwork de couleurs chaudes. Et dans un village du Ghana, Marie Bovo s'est intéressée aux cours situées devant les maisons, lieu essentiel de la vie quotidienne. Un mortier en bois, une bassine en aluminium, un bidon en plastique, du linge accroché, un brasero évoquent la vie humaine. De telles prises créent des décors étranges dans des lieux qui parfois vont être détruits. Avant la nuit le monde palpite là où les portraits restent aporiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret