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19/01/2018

Anne Peverelli : physique et métaphysique du dessin

Peverelli.jpgFrançoise Jaunin, « Entre les lignes. Conversation avec Anne Peverelli », 68 pages, Art&fiction, Lausanne, 2018, 68 pages, CHF 22,50 / € 18

 

 

 

 

 

Peverelli 4.jpgL’œuvre d’Anne Peverelli est un travail de suspens afin d’aller plus loin dans la connaissance de soi et du monde par le développement d’une pratique particulière. L’atelier reste à ce titre une boîte à mystère et un abri : retirée du monde l’artiste à défaut de tirer ses propres ficelles fomente le travail du dessin quel qu’en soit l’outil. Huile, gouache, lavis, laque, goudron, ruban adhésif, Tipex ne sont que les vecteurs disparates de cet art premier puisque d’avant le langage.

Peverelli 3.jpgL'approche est aussi tactile que conceptuelle, intelligente que pulsionnelle, charnelle que mystique pour atteindre - par des jeux de points et lignes, de traces et coulures - espaces incertains, architectures improbables, damiers énigmatiques. L’artiste en recouvre ses cahiers d’atelier, des papiers divers collectionnés ou ramenés de ses voyages. Ils deviennent parfois la première étape d’un processus ouvert à des relations d’incertitudes.

Peverelli 2.jpgL’artiste en tire des assemblages multiples. Le regardeur pénètre dans une série de nomenclatures particulières qui permet de saisir ce qui jusque là était perçu comme inconsistant. Ce travail - extrait des complaisances de vue et d’entendement - offre l’opportunité de faire palpiter de l’inconnu en permettant sortir de la pénombre ce qui se situe - entre un rêve de réalité et une réalité rêvée. Dans l’entre deux la rythmique et la structure des œuvres créent des « bruissements » intimes et ceux du monde.
Jean-Paul Gavard-Perret

16/01/2018

Magali Latil : anéantissement et exaltation

Latil.jpgMagali Latil crée une recherche picturale dans laquelle sont éliminés les surcharges rhétoriques et effets de métaphores par l'utilisation d'une série d'ellipses, de soustractions, de mouvements et de lignes contradictoires. Tout joue entre exaltation et anéantissement. Le regardeur n’a plus l'impression de se situer devant la toile ou les calques mais "au-dedans", au milieu de ces traits qui pénètrent la surface sans jamais la conquérir.

Latil 2.jpgUne forme d’effacement exprime moins du  négatif qu'elle ne dégage simplement l'exprimable pur en une sorte d’évaporation jusqu'à la transparence où rien ne peut être réel que le presque rien. Pour Magali Latil les images doivent être autre chose que la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne, elles se sont fourvoyées dont le prétendu réalisme est la forme la plus détestable.

 

 

 

 

Latil 3.jpgLe dessin permet à l’art de devenir abstracteur de quintessence en éliminant tout wagnérisme pictural. La seule peinture est celle qui ouvre sur un vide qu’il s’agit de cerner. L'Imaginaire pictural trouve la puissance paradoxale de creuser le monde. L'oeuvre se démet de tout chaînon expansif : un énoncé pictural est presque dissout dans la plénitude lacunaire de ses blancs, comme si la matrice pesait de tout son poids sur les lignes et leurs effets de trames dans l’émergence d’un « à peine, à peine » cher à Beckett.

Jean-Paul Gavard-Perret

Magali Latil, « La couture du blanc » ; Editions Remarque

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret